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Affrontements de Ersal : ferme soutien de Mikati à l'armée

Liban "Toute main dirigée contre l'armée sera coupée", martèle le général Kahwaji ; adieux émouvants au commandant Pierre Bachaalani.
olj.com
03/02/2013

Après une réunion dimanche avec le ministre de la Défense Fayez Ghosn et le commandant en chef de l’armée Jean Kahwagi, consacrée aux affrontements entre la troupe et des éléments armés vendredi à Ersal (est du Liban), le Premier ministre libanais Nagib Mikati a assuré que l’institution militaire bénéficie de tout le soutien et de la couverture politiques, appelant les habitants de Ersal à coopérer avec elle.

 

Prenant la parole au ministère de la Défense, le chef du gouvernement a en outre appelé à livrer le plus vite possible les accusés qui ont tiré sur les membres des services de renseignements de l’armée.

"Il faut permettre à l'armée de régler l'affaire avec sagesse, loin de toute provocation, a ajouté M. Mikati. Nous refusons qu'une partie libanaise se sente visée, mais cette crise ne doit pas s'amplifier. L'armée est le gardien de la patrie".

 

De son côté, le patriarche maronite Mgr Bechara Raï a déclaré dans son homélie dominicale que "les deux martyrs de l’armée libanaise, Pierre Bachaalani et Ibrahim Zahraman, sont les victimes de ladite +sécurité à l’amiable+". Le chef de l’Eglise maronite a ainsi tenu toutes les parties pour responsables de leur mort du fait de la  couverture politique assurée à de telles attaques contre l’armée et les forces de sécurité et de l’atteinte au prestige de l’Etat." Mgr Raï a également appelé l’Etat à mettre un terme à de tels actes et à se débarrasser des armes illégitimes sur tout le territoire.

 

Des blindés de l'armée libanaise à Ersal dans la Békaa. AFP/STR

 

Condamnant vivement l'incident, le président Michel Sleiman a pour sa part appelé samedi l’armée à empêcher toute action qui pourrait porter atteinte à la sécurité du pays. "Toute atteinte à la sécurité sera combattue fermement", a déclaré M. Sleiman, appelant le commandement de l'institution militaire à empêcher toute attaque "contre les officiers et les soldats".

 

Les affrontements de vendredi ont aussi été condamnés par le leader des Forces libanaises (FL) Samir Geagea, le chef des Marada Sleimane Frangieh, le mufti de la République cheikh Mohammed Rachid Kabbani et le Hezbollah qui a estimé que l'attaque contre l'armée porte atteinte au prestige de l'Etat.

 

Envoyée en mission pour arrêter un suspect recherché, Khaled Hmayed, accusé d’actes terroristes, une unité des services de renseignements de l’armée s’est heurtée vendredi à un groupuscule armé formé des habitants de Ersal, une localité sunnite située dans l'est du Liban, non loin de la frontière syrienne.
Selon plusieurs versions concordantes, les habitants du village s’en sont pris aux éléments de l’armée qu’ "ils n’avaient pas reconnus au départ, puisque ces derniers se sont présentés au domicile du suspect en tenue civile, conduisant des voitures banalisées", comme l’atteste une source à Ersal.

 

(Lire aussi : Ersal en ébullition après une opération sécuritaire de l'armée)


 

Les membres des services de renseignements auraient "tendu une embuscade à la personne recherchée et l’ont tuée sur le coup. Ils ont aussi tenté de prendre le corps avec eux, ce qui a provoqué le courroux de ses proches qui s’en sont pris aux membres du commando", a-t-on appris de même source. 
 


C’est à ce moment-là que les accrochages aux armes automatiques ont commencé, les habitants "croyant toujours avoir affaire à des éléments du Hezbollah", selon une source sécuritaire, ou "à des services de renseignements du régime syrien", selon une source locale. D’après une première version, Khaled Hmayed aurait péri dans les échanges de tirs, et non à la suite de la perquisition de son domicile. Résultat : au moins trois personnes, dont deux militaires, ont été tuées hier dans les heurts. Huit autres soldats ont été blessés au cours des affrontements, dont certains grièvement.

 

Mais le ministre de la Défense Fayez Ghosn a assuré samedi que certains éléments des services de renseignement de l'armée étaient en tenue militaire, et qu'il était donc impossible qu'ils ne soient pas reconnus comme l'affirment les habitants de Ersal. M. Ghosn n'a par ailleurs pas écarté la possibilité que des membres de l’Armée syrienne libre aient pris part aux affrontements. Selon lui, l'incident de Ersal est une preuve de la présence d'el-Qaëda dans la région

 

Par ailleurs, les médias locaux ont rapporté que la troupe massivement déployée dimanche aux entrées de Ersal se préparait à une série de perquisitions à la recherche de suspects.

Samedi, l’armée a arrêté plusieurs personnes qui étaient pour la plupart en possession d'armes, a rapporté l'Agence nationale d'information (ANI, officielle). Selon certains médias locaux, le fils du chef de la municipalité de Ersal, Yehya el-Hojeiry, aurait été également arrêté.

La troupe a en outre renforcé sa présence dans la région et dressé des points de contrôle.

 

Dans un communiqué, les ulémas musulmans ont pour leur part condamné la mort de Khaled Hmayed, appelant l’armée à lever le siège de Ersal.

 

 

Emouvants adieux

Du côté des familles des deux militaires décédés, le temps est aux derniers adieux.

Ainsi, c'est dans une atmosphère très émouvante que le corps du commandant Pierre Bachaalani est arrivé dimanche matin à son domicile à Ballouneh, au Kesrouan, en provenance de l’hôpital militaire de Beyrouth. Le cercueil du commandant a été tenu sur les épaules par ses proches qui l'ont escorté jusqu’à son domicile. Le militaire tué a été salué par une danse de cercueil sur fond de musique militaire et de feux d'artifice.

 

Le convoi funèbre s'est ensuite dirigé vers Mrayjate, le village natal de Pierre Bachaalani, où il été accueilli par un rassemblement populaire massif sur fond de tirs nourris avant les funérailles à l'église Saint-Georges. Plusieurs collègues du militaire étaient présents ainsi que le commandant en chef de l'armée qui s'est rendu sur place pour présenter ses condoléances. 

 

"Le crime de Ersal a été planifié à l'avance. Nous refusons toute tentative d'atténuer sa portée", a par ailleurs mis en garde le général Kahwaji dans l'ordre du jour. Et de marteler : "Toute main dirigée contre l'armée sera coupée."

 
Georges Bachaalani, le père du commandant Pierre Bachaalani a exhorté le président de la République Michel Sleiman à frapper les responsables de ce crime d'une "main de fer"  et à ne pas tolérer ceux qui portent atteinte à la loi ou à la sécurité du pays. "Nous demandons que la justice prenne son cours et que les reponsables soient arrêtés (...)", a-t-il dit lors des funérailles.

Quelques minutes plus tard, le chef de l'Etat s'est rendu à Mrayjate pour présenter ses condoléances à la famille Bachaalani. "Je savais que vous alliez venir", lui a lancé le père du militaire, visiblement ému, à qui Michel Sleiman a promis de retrouver les coupables le plus vite possible.

La même atmosphère de tristesse mêlée de colère régnait samedi au Akkar lors des obsèques du soldat Ibrahim Zahraman, deuxième victime de la troupe.

"L’armée est une ligne rouge et lui porter atteinte c'est souiller l'honneur du pays", ont scandé ses proches, exigeant que ses tueurs soient arrêtés et punis.

 

Depuis le début du soulèvement en Syrie en mars 2011, des incidents parfois meurtriers ont éclaté à la frontière nord et est du Liban, où transitent de nombreux réfugiés fuyant les violences, mais aussi des combattants hostiles au régime de Bachar el-Assad.

Selon les services de sécurité libanais, des heurts ont régulièrement opposé l’armée syrienne à des groupes armés favorables à la rébellion anti-Assad. Des affrontements ont également eu lieu entre des groupes armés et l’armée libanaise, qui tente d’empêcher l’infiltration de combattants.

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Ali Farhat

Basta! Il faut mettre un terme à la complaisance avec des voyous et des tueurs qui trouve refuges et soutien dans le confessionnalisme néfaste et des partis politiques genre moustakbal (de hariri) and co. Il serait temps que l'armée appelle un chat, un chat.. sans avoir peur de blessé la sensibilité des criminels internes (par opposition aux criminels externes sionistes et leurs amis proches et lointains). Bref, Pas touche à l'armée.. c'est tous ce qui nous reste, autrement où c'est qu'on ira trouver le prochain président (...)??

Sabbagha Antoine

L’armée libanaise devra agir en force de frappe,et dire adieu à ce slogan sécurité à l’amiable.



Antoine Savbbagha

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