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Nos lecteurs ont la parole

Quand la sagesse du président déteindra-t-elle sur les décideurs politiques ?

Salim F. DAHDAH
Il est incontestable que le parcours du président de la République depuis son accession à la première magistrature de l’État est tout à fait atypique. Il fut élu au forceps dans une conjoncture trouble et délicate, avec l’approbation du tuteur syrien et de ses représentants sur la scène politique intérieure et sans l’opposition des partis nationalistes. Les deux premières années de son régime se sont déroulées dans le flou, et sa recherche des meilleurs moyens à mettre en place pour pouvoir gérer la chose publique de façon libre, souveraine et indépendante s’est avérée difficile, amère et pleine de pièges. Carrément encadré par le parti de Dieu et les alliés chrétiens de ce dernier, le sexennat s’est trouvé entièrement bloqué par les intérêts régionaux et stratégiques du tuteur syrien et n’a guère profité des périodes de grâce dont bénéficient généralement les présidents élus au début de leur mandat pour asseoir leur régime et lui donner la meilleure orientation pour consolider l’État et ses institutions. Les détracteurs et les pions ont profité de cette situation pour dénigrer et se permettre de déverser leur venin, mais comme dit le dicton : « ...et la caravane passe ».
Lentement mais sûrement, le président est devenu, après un travail de fourmi et trente mois d’efforts, un arbitre juste, courageux et modeste. Ses interventions publiques sont espacées mais nécessaires ; leur impact est réel sur bon nombre de sujets. Son insistance à traiter ou ignorer certains et encourager d’autres découle de son rôle constitutionnel et de son évaluation consciencieuse de leur intérêt au niveau national. Il est en effet le premier président après la fin de la guerre libanaise à avoir essayé de gérer l’État démocratiquement, appliqué en toute indépendance l’esprit de Taëf, et cherché à respecter les accords et conventions internationales signés par le Liban, et ce malgré les flambées de violence et les crises profondes qui secouent le monde arabe, et spécialement la Syrie dont les retombées risquent de remettre à tout moment le feu aux poudres. Il n’a pas toujours réussi à aller jusqu’au bout de ses souhaits ou de ses aspirations, mais il a quand même toujours tenté. C’est pourquoi il dérange et indispose les formations et les partis politiques qui auraient voulu continuer à utiliser la scène libanaise comme « boîte postale restante » et terrain d’entraînement pour tous types d’opérations régionales douteuses. Sans vouloir rentrer dans le détail de ses actions et y apporter une évaluation appréciative, car cela serait prématuré étant donné que le mandat présidentiel n’est pas encore terminé, il serait toutefois bon que les décideurs politiques libanais prennent acte de cette démarche et s’y adaptent en l’améliorant quand ils le peuvent, au lieu de la bloquer en la critiquant. Ce serait là un acte de sagesse et d’honnêteté citoyenne et un choix strictement nationaliste.
Cette réflexion n’a pas pour but de faire l’apologie du président, seuls ses actes le jugeront au regard de l’histoire. Elle cherche, à ce tournant crucial de notre République, à lui reconnaître, malgré la délicatesse des circonstances, une gestion nationale sincère, équilibrée et sage, et aux politiques un devoir de solidarité avec lui, pour un traitement efficace des sujets nationaux et des choix utiles pour les citoyens. Elle se veut surtout un témoin honnête des moyens constitutionnels actuels, mais aussi critique et interprétative de la façon de les réactualiser au mieux, pour pouvoir défendre les intérêts supérieurs de la nation en lui assurant les outils indispensables pour protéger son indépendance, sa souveraineté, ses libertés et sa démocratie. N’est-ce pas après tout le rôle uniquement d’arbitre dévolu au président de la République par Taëf en lui ôtant des pouvoirs essentiels qui lui étaient octroyés précédemment par la Constitution de 1943, qui est la cause des dites « faiblesses » que certains cherchent à lui faire assumer ? Il est indéniable que le pays doit très vite s’atteler à faire un ménage constitutionnel qui, tout en maintenant les options fondamentales de son identité nationale, pourra, au vu de son expérience politique de soixante-dix ans et de sa géopolitique actuelle, réhabiliter son infrastructure vétuste et ses supports opérationnels largement dépassés, afin de s’immuniser contre toutes les tentations de dilution, d’enfermement ou de changements identitaires déstabilisateurs profonds. Nous profitons, à la veille de ce chantier potentiel, pour inviter toutes les composantes de la nation à aborder simultanément une étude approfondie de tous les éléments fondateurs (tous domaines confondus) et nécessaires pour l’adoption d’un statut éventuel de neutralité du Liban. Ce sujet a d’ailleurs été maintes fois analysé et souhaité par des personnalités de tous bords, des partis et même des nations étrangères tout au long de l’histoire de ce pays. L’intérêt d’en reparler aujourd’hui provient de son « momentum » qui est tout à fait spécial tant au niveau national que régional. Il pourrait en effet offrir une occasion certainement unique de trouver une solution sérieuse et peut-être définitive aux divisions et désaccords qui minent ce pays depuis de longues années et le maintiennent à découvert sans aucune défense.

Salim F. DAHDAH
Il est incontestable que le parcours du président de la République depuis son accession à la première magistrature de l’État est tout à fait atypique. Il fut élu au forceps dans une conjoncture trouble et délicate, avec l’approbation du tuteur syrien et de ses représentants sur la scène politique intérieure et sans l’opposition des partis nationalistes. Les deux premières années de son régime se sont déroulées dans le flou, et sa recherche des meilleurs moyens à mettre en place pour pouvoir gérer la chose publique de façon libre, souveraine et indépendante s’est avérée difficile, amère et pleine de pièges. Carrément encadré par le parti de Dieu et les alliés chrétiens de ce dernier, le sexennat s’est trouvé entièrement bloqué par les intérêts régionaux et stratégiques du tuteur syrien et n’a...
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