Côte à côte, un colonel français et un colonel malien répondant aux questions d’une nuée de journalistes. Joe Penney/AFP
L’armée française a consolidé hier ses positions au Mali, avec un but clairement affiché par Paris, « la reconquête totale » du pays en partie occupé par des islamistes armés. « L’objectif, c’est la reconquête totale du Mali. On ne va pas laisser des poches » de résistance, a ainsi martelé hier le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui a toutefois espéré que la force régionale africaine en cours de déploiement constitue rapidement le « relais » de l’intervention française.
Sur le terrain, les militaires français intensifient leur intervention aux côtés d’une armée malienne sous-équipée, et auraient bombardé ces jours derniers les bases arrière des groupes islamistes dans les régions de Gao et de Tombouctou pour éviter qu’ils ne se ressourcent, a également déclaré M. Le Drian. « Le déploiement vers le Nord des forces de l’opération Serval, entamé il y a 24 heures, est en cours, vers les villes de Niono et de Sévaré, où elles sont arrivées », a précisé le lieutenant-colonel Emmanuel Dosseur, le conseiller en communication de l’armée française au Mali. Niono (350 km au nord-est de Bamako) se situe à 60 km au sud de Diabali, localité prise lundi par les islamistes qui, selon l’armée malienne, l’ont abandonnée après des bombardements français. M. Le Drian a d’ailleurs indiqué hier que Diabali n’avait « pas encore » été reprise par les forces maliennes, mais qu’elles patrouillaient dans ses environs. « Tout laisse à penser que l’évolution de Diabali va être positive dans les heures qui viennent », a-t-il cependant ajouté. Sévaré (630 km au nord-est de Bamako), qui dispose d’un aéroport, est une ville-clé d’où peuvent être menées des opérations plus au nord. Elle n’est qu’à 50 km de Konna, reprise jeudi par l’armée malienne aux jihadistes. Konna, tombée le 10 janvier, avait précipité l’intervention de la France qui redoutait une percée des groupes islamiques liés à el-Qaëda au Maghreb islamique vers le sud et Bamako. Deux mille soldats français sont en tout cas déjà déployés au Mali et leur nombre va atteindre 2 500, peut-être davantage, selon Paris.
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Le groupe islamiste armé Ansar el-Dine a affirmé pour sa part avoir tué 60 soldats maliens et abattu deux hélicoptères français depuis le 10 janvier, reconnaissant la perte de huit « moujahidine ». Les autorités maliennes avaient fait état de la mort de onze soldats dans des combats autour de Konna, tandis que Paris avait annoncé la mort d’un pilote d’hélicoptère. Plusieurs sources font état d’un repli des islamistes du centre du pays vers Kidal, dans l’extrême nord-est (1 500 km de Bamako). Kidal avait été la première ville conquise, en mars 2012, par les rebelles touareg et les islamistes, qui avaient ensuite évincé leurs anciens alliés.
Promesses d’aide
En attendant, de nouveaux pays ont répondu hier aux demandes d’aide logistique et financière de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) pour le déploiement de la Misma (Mission internationale de soutien au Mali). Berlin, qui a déjà annoncé l’envoi de deux avions de transport, a promis une aide financière supplémentaire aux pays africains pour la réunion des donateurs prévue le 29 janvier à Addis-Abeba. Moscou a de son côté proposé à la France d’acheminer des troupes ou matériels français tandis que le Canada prendrait en charge une partie du transport de la force africaine au Mali.
Les États membres de la Cédéao ont, eux, été appelés à fournir « sans plus tarder » les troupes promises à la force qui a reçu mandat de l’ONU pour aider le Mali à reprendre le contrôle de sa partie nord occupée depuis plus de neuf mois par des groupes armés islamistes qui y ont multiplié les exactions. Quelque 2 000 membres de la Misma doivent donc être déployés d’ici au 26 janvier. Plus de 150 soldats sont déjà arrivés à Bamako, dont une cinquantaine de Sénégalais sur les 500 promis par Dakar. Le président tchadien Idriss Deby Itno a visité hier le premier contingent de 200 soldats de son pays, sur 2 000 promis, stationnés sur une base militaire à Niamey (Niger) avant qu’ils n’aillent au Mali. Les Tchadiens, aguerris et rompus au combat dans le désert, devraient apporter une forte plus-value à la Misma. Le Bénin va, lui, envoyer 650 soldats au Mali, au lieu des 300 annoncés dans un premier temps, pour participer à la force africaine, a déclaré hier un haut responsable militaire.
Dans ce contexte, le groupe islamiste Ansaru a revendiqué hier au Nigeria une attaque ayant tué la veille deux soldats nigérians, affirmant avoir agi en représailles à l’engagement du Nigeria à fournir 1 200 hommes pour l’intervention au Mali.
Le Canada a par ailleurs évacué le personnel non essentiel de son ambassade de Bamako au Mali, ainsi que leurs familles, en appelant les ressortissants canadiens à quitter immédiatement le pays dont le Nord est aux mains de groupes islamistes armés.
« Implacable »
Au niveau diplomatique, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a déclaré hier que « face au terrorisme, il faut être implacable. Le terrorisme ne vise pas un État, c’est vraiment un mal absolu. Les méthodes (pour le contrer) peuvent différer selon les moments, les circonstances, mais il faut une fermeté absolue. C’est à l’ensemble de nos sociétés démocratiques de se défendre », a-t-il affirmé au micro d’Europe 1. Le ministre a toutefois refusé d’établir un lien entre la prise d’otages en Algérie et l’intervention française au Mali, comme ce fut le cas ces derniers jours. « Une opération comme celle-là (la prise de centaines d’otages) n’a pu être montée qu’avec beaucoup de précautions et plusieurs semaines à l’avance à un moment où il n’y avait pas eu d’intervention (française). Donc, je ne crois pas » qu’il y ait un lien, a-t-il dit.
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Sur ce point, un des principaux chefs jihadistes algériens, Mokhtar Belmokhtar, a revendiqué au nom d’el-Qaëda la responsabilité de la prise d’otages sur le site gazier de Tiguentourine, dans le Sahara algérien, et s’est dit prêt à négocier si la France met fin à ses raids aériens au Mali.
Du côté de l’Allemagne, l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer a critiqué l’absence d’une intervention plus importante de son pays aux côtés des Français dans l’opération militaire au Mali, dans une interview accordée au magazine Der Spiegel. « On ne peut pas dire que le déploiement d’el-Qaëda au Mali est une menace pour l’Europe et laisser les autres faire le travail », déclare l’ancien chef de la diplomatie du gouvernement Gerhard Schröder (1998-2005). Selon M. Fischer, qui s’est retiré de la vie politique en 2005, l’Allemagne « devrait soutenir la France ». Pour l’heure, Berlin, qui a exprimé à plusieurs reprises son soutien à la France sur son intervention au Mali, a envoyé jeudi soir deux avions de transport de type Transall en soutien logistique à la Cédéao, et a également annoncé apporter une aide humanitaire d’un million d’euros à destination des réfugiés dans les pays voisins du Mali, ainsi que l’envoi de personnes pour former les troupes africaines. De même, Berlin proposera une aide financière supplémentaire aux pays africains engagés dans l’opération militaire au Mali, lors de la réunion des donateurs prévue le 29 janvier à Addis-Abeba, en Éthiopie, a affirmé hier son ministre des Affaires étrangères Guido Westerwelle, sans donner de précisions sur l’ampleur de cette aide.
Sur le terrain, les militaires français intensifient leur intervention aux côtés d’une armée malienne sous-équipée, et auraient bombardé ces jours derniers les bases arrière des groupes islamistes dans les régions de Gao et de Tombouctou pour éviter qu’ils ne se ressourcent, a également déclaré M....


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