Cette préoccupation doit être aussi la nôtre dans ce malheureux Liban où il est tant question d’un dialogue supposé arrondir quelque peu les angles. Comment, en effet, engager un dialogue alors que nous ne nous comprenons pas mutuellement, les termes ayant toujours des sens opposés?
Preuve en est donnée par les exemples suivants où les mots sont appréhendés dans des sens très différents. D’où la grande difficulté du dialogue.
Liban
1. Première acception: Pays ayant une histoire fertile et que Michel Chiha définissait comme un pays de commerçants depuis plus de quatre mille ans et qui n’a point changé sur ce plan. À ajouter que sa situation géographique a encouragé le passage de nombreuses armées et civilisations et l’installation subséquente d’une pluralité de cultures.
2. Deuxième acception: Pays qui n’a point connu la liberté, l’indépendance ou la pleine souveraineté à l’époque contemporaine. Gouverné par les Ottomans pendant cinq siècles de ténèbres et d’oppression, il a été placé ensuite sous le mandat français, puis déclaré indépendant mais en fait gouverné par les maronites, puis par les Palestiniens (comme l’a reconnu Yasser Arafat lui-même) par l’entremise des sunnites, puis par les Syriens et les Iraniens par l’entremise des chiites. Il vit à présent un conflit entre ses communautés et ce conflit a transformé son peuple en plusieurs peuples. L’émigration gonflée par les anciennes famines et les nouvelles guerres est son trait caractéristique. Elle a fait que la diaspora est équivalente en nombre au triple ou au quadruple de la population résidente.
Résistance
1. Première acception: Mouvement patriotique armé luttant contre l’occupant étranger en vue de libérer le pays, ledit mouvement rassemblant toutes les forces politiques, avec leurs contradictions et leurs divergences, en un front unique.
2. Deuxième acception: Nom d’une milice armée n’engageant pas de combat avec l’ennemi, une paix des plus sûres régnant en fait dans le Golan et le Liban-Sud où l’on n’enregistre aucun heurt, même minime. Ladite milice n’est préoccupée que par le renforcement de son pouvoir dans le pays. Elle a été, à un moment, palestinienne et elle cherchait à libérer la Palestine en passant par Jounieh et Ouyoun el-Simane. Elle a été, une autre fois, syrienne et elle cherchait à libérer la Palestine en passant par Tariq el-Jedidé, Bab el-Tebbaneh et surtout les villes syriennes où il fallait commencer par combattre le peuple de ce pays. Elle a pris le pouvoir au Liban en fomentant un putsch qui a fait tomber le gouvernement et elle avait été précédemment l’auteur d’un véritable coup d’État, le 7 mai 2008. Ses forces étaient alors descendues dans la rue et des barricades avaient été dressées en vue d’un combat pour la prise de l’aéroport de Beyrouth, et ledit aéroport et le port sont passés sous sa domination. Elle a obtenu ce jour-là la moitié du gouvernement puis, après, sa totalité, il y a à présent deux ans.
La révolution syrienne
1. Première acception: Ramassis de bandes terroristes armées constituées d’extrémistes religieux affiliés à el-Qaëda et combattant dans un pays nageant dans le confort et la sécurité, jouissant de la liberté et bénéficiant de la démocratie et d’un règne absolu de la loi !
2. Deuxième acception: Soulèvement de tout un peuple qui lutte pour recouvrer sa liberté et sa dignité confisquées par un clan accaparant le pouvoir et se le transmettant de père en fils, ledit peuple vivant depuis un demi-siècle dans la peur et l’humiliation au sein d’un pays où la vie de chacun n’a aucune valeur aux yeux de la famille régnante, celle-ci étant, par ailleurs, épaulée par une armée confessionnelle bien à elle et qu’elle a exclusivement équipée en armes lourdes et flottes de combat.
L’électricité
1. Première acception: Feu et lumière produits par l’énergie hydraulique ou pétrolière, elle fait marcher les machines des usines et éclaire les habitations et les rues. Instrument de chauffage et de climatisation, elle fournit également aux moyens de transport et de communication la substance nécessaire à leur fonctionnement. Toutes les villes du monde sont éclairées par l’électricité. L’abonné paye le prix de sa consommation d’énergie électrique et le monde entier en jouit.
2. Deuxième acception: Elle n’existe que de nom. Les rues sont toutes plongées dans l’obscurité alors qu’elles sont bordées de lampadaires. Les partisans d’un parti religieux politico-militaire ne payent pas leurs abonnements. Ils habitent dans des régions fermées et protégées. EDL ne peut leur couper le courant et les autres abonnés paient nécessairement et sous une forme ou une autre la différence. Au total, les trois quarts des abonnés ne paient pas leur facture et le résultat est que la caisse de l’électricité est en faillite et que le pays ne peut être approvisionné plus de trois ou quatre heures par jour.
Le problème n’est traité que sur le papier. Il débouche sur des transactions et des commissions atteignant des dizaines de millions de dollars, ce qui vaut au Liban une bonne place sur la liste des pays ouverts à la corruption. Les solutions sont apportées par des bateaux (qui n’existent pas), des usines qui ne voient pas le jour et des contrats imaginaires mais accompagnés de vraies commissions. Le peuple vit dans l’obscurité et ne dit mot. Il se contente d’acheter des groupes électrogènes et Dieu préserve ainsi la vie des croyants en les empêchant de s’entre-tuer.
Le printemps arabe
1. Première acception: Révolte populaire embrassant toutes les couches de la population. Manifestations et grèves faisant tomber le pouvoir des despotes dans les pays où l’armée n’intervient pas, et bains de sang dans d’autres pays où l’armée devient un instrument de répression aux mains de tyrans qui l’emploient contre leurs propres peuples, combattants et civils.
Le printemps arabe a brandi le slogan de la liberté et de la démocratie dans des pays qui ont vécu l’oppression et subi les moukhabarate pendant un demi-siècle. Ce printemps s’est propagé de pays en pays par des manifestations (quelques fois) et par des bains de sang (d’autres fois).
2. Deuxième acception: Plus grand hold-up de l’histoire. Après le renversement de régimes despotiques par des civils laïques, des « baltagis » des partis religieux ayant toujours profité des mannes des tyrans assaillent les institutions et kidnappent le pouvoir. Une dictature religieuse se substitue à la dictature militaire et laisse présager ainsi un nouveau printemps qui viendra la renverser, toute peur ayant désormais disparu dans le cœur des gens.
Abdel Hamid EL-AHDAB
Avocat


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
En effet, "Le Printemps Arabe laisse présager ainsi de nouveaux et Perpétuels Printemps Arabes, qui viendront renverser tous ces régimes Autocrates qu'ils soient Laïcs ou religieux : toute peur ayant désormais enfin disparu du cœur de ces mêmes populations Arabes.".....
20 h 37, le 13 janvier 2013