La réunion que le Conseil des ministres a tenue hier soir au palais de Baabda a revêtu un caractère ordinaire, pour ce qui a trait à l’ordre du jour, mais les dossiers discutés étaient de la plus haute importance, à savoir : l’éternel problème de l’approvisionnement en courant électrique et les causes du retard des mesures qui devaient être prises sur ce plan ; l’affaire de l’échelle des salaires des fonctionnaires du secteur public et des enseignants ; et la situation des réfugiés syriens au Liban.
Au début de la séance, le président Michel Sleiman a fait un tour d’horizon des derniers développements politiques et a annoncé que la conférence de dialogue qui devait se tenir aujourd’hui, jeudi, a été reportée au 7 janvier prochain « dans l’espoir que des développements positifs se produiront, permettant la participation de tous au dialogue ». « La réunion, a souligné le chef de l’État, doit se tenir à l’ombre d’une entente politique et non pas d’un développement sécuritaire revêtant un caractère catastrophique (l’assassinat du chef de la branche de renseignements des FSI, le général Wissam el-Hassan). Ceux qui veulent soulever un problème précis devraient le faire dans le cadre de la conférence de dialogue. »
Le président Sleiman a d’autre part souligné que les prochaines élections législatives doivent avoir lieu à la date prévue « même si elles doivent être organisées à l’ombre de la loi électorale actuelle » (la loi de 1960). Le chef de l’État a invité sur ce plan le Parlement à assumer ses responsabilités et à œuvrer en vue d’amender la loi en vigueur. « En attendant, a-t-il déclaré, toutes les mesures nécessaires doivent être prises afin d’appliquer la loi actuelle afin d’éviter d’aboutir à l’échéance électorale sans que nous soyons prêts. »
Bassil épinglé sur sa gestion
Les membres du gouvernement ont ensuite entrepris d’interroger le ministre de l’Énergie, Gebrane Bassil, sur les causes du retard mis par les bateaux producteurs d’électricité à arriver au Liban, comme convenu avec l’entreprise qui doit louer les navires à l’État. M. Bassil a rejeté sur ce plan sur le ministre des Finances, Mohammad Safadi, la responsabilité du retard de l’arrivée de ces bateaux, affirmant que le ministre des Finances n’avait pas débloqué les fonds nécessaires pour payer l’entreprise qui louera les navires à l’État. M. Safadi a répondu au ministre de l’Énergie en soulignant que les fonds en question avaient été débloqués depuis plus d’un mois et demi, et que le retard est dû au fait que le compte en vue du versement de ce budget n’avait pas été ouvert. Ce à quoi M. Bassil a rétorqué en soulignant que le ministre des Finances aurait dû avertir l’EDL que le montant a été débloqué afin que le compte soit ouvert.
Il est apparu d’autre part qu’une fois que l’entreprise en question aura reçu les fonds consacrés à la location, il faudra aux bateaux un délai de quatre mois pour arriver au Liban, ce qui a provoqué l’ire de plusieurs ministres.
M. Bassil a en outre été épinglé au sujet de sa gestion d’un autre dossier vital : celui de la centrale électrique de Deir Ammar. Une entreprise espagnole avait remporté l’adjudication relative à cette centrale, mais le prix proposé s’est avéré être supérieur au budget prévu par le gouvernement. M. Bassil a indiqué que les démarches entreprises avec la société en question afin qu’elle réduise son prix n’avaient pas abouti. Il a suggéré de ce fait d’organiser une nouvelle adjudication, ce que nombre de ministres ont refusé. Le débat autour de cette question a été reporté à la prochaine séance du Conseil des ministres.
L’échelle des salaires
Quant au dossier de l’échelle de salaires, plusieurs ministres ont réclamé que cette question soit tranchée par le gouvernement soit en annulant la décision qu’il avait prise sur ce plan lors d’une précédente réunion, soit en revoyant à la baisse l’échelle des salaires, ou encore en transmettant le projet au Parlement. Certains ministres sont revenus à la charge en soulignant que l’échelle des salaires ne pouvait être transmise à la Chambre avant que l’exécutif ne définisse les sources de financement. Le chef du gouvernement, Nagib Mikati, a indiqué à cet égard qu’il attend toujours l’avis d’organismes internationaux à ce sujet, dont notamment le Fonds monétaire international, pour définir clairement l’impact de la nouvelle échelle des salaires sur l’économie du pays.
À la lumière du débat engagé dans ce cadre, décision a été prise que M. Mikati entreprendra au cours des deux prochaines semaines des concertations avec les organismes et les ministres concernés. Au terme de ces contacts intensifs, le gouvernement tiendra le 10 décembre prochain une réunion afin de trancher la question et approuver le transfert du projet au Parlement après avoir prévu les ressources nécessaires afin de couvrir les frais de la nouvelle échelle.
Autre dossier longuement discuté lors de la séance d’hier : la situation des réfugiés syriens et l’impact de leur présence au Liban. La discussion a porté notamment sur l’opportunité d’installer près de 700 tentes pour héberger les réfugiés. Les appréhensions exprimées par plusieurs ministres à ce sujet ont été passées en revue. Le ministre des Affaires sociales Waël Bou Faour a été chargé de présenter lors de la prochaine séance de cabinet un rapport sur la question.
Signalons enfin que le Conseil des ministres a approuvé la nomination de Lahoud Lahoud au poste de directeur général à la présidence du Conseil et son transfert provisoire à la présidence de la République pour y occuper le poste de directeur du Protocole et des Relations publiques. Par ailleurs, Sanaa Sayraoune a été nommée directrice générale des affaires techniques à la présidence du Conseil.
Notons également que le gouvernement a également approuvé à l’unanimité un troc entre l’État et Solidere pour l’édification d’un siège du ministère des Affaires étrangères, à condition que le palais Bustros soit maintenu en location par l’État libanais.
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