Les rebelles syriens sur les restes d'un avion qu'ils viennent d'abattre à la frontière des provinces d'Idleb et d'Alep. AFP/FRANCISCO LEONG
Un double attentat dans une banlieue de Damas a fait hier plus de 50 morts, le plus sanglant contre des civils depuis le début du conflit en Syrie. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a fait état de 54 morts et 120 blessés dans les attaques à la voiture piégée à Jaramana, localité favorable au régime Assad où vivent en majorité des druzes et des chrétiens. L’agence SANA a parlé d’attentats-suicide commis par des « terroristes ». Selon un bilan provisoire du ministère de l’Intérieur, 34 personnes ont été tuées et 83 blessées dans ces attaques sur la place principale de cette localité au sud-est de Damas, précisant que des restes n’avaient pas été identifiés. Les attentats n’ont pas été revendiqués, mais la simultanéité des explosions et le recours aux voitures piégées fait penser au modus operandi des groupes islamistes de la mouvance d’el-Qaëda. La Russie, un allié-clé du régime de Damas, a condamné avec la plus grande fermeté ces attentats, des « crimes de terroristes que rien ne peut justifier ».
Un autre attentat à la voiture piégée s’est produit à Basra Chams, une localité dans le sud du pays, mais aucun bilan n’était disponible, selon l’OSDH et l’agence SANA. Les violences ont fait hier 122 morts, dont 77 civils, 24 soldats et 21 rebelles, selon un bilan provisoire de l’OSDH.
Par ailleurs, les rebelles ont abattu en moins de 24 heures deux appareils de l’armée en utilisant des missiles, selon l’OSDH, une première et un tournant dans le conflit. Hier matin, ils ont fait exploser en vol un chasseur-bombardier dans le Nord-Ouest, à la frontière syro-turque. L’avion abattu par un missile s’est écrasé à Daret Ezza, dans la province d’Alep, a précisé l’OSDH. Selon cette ONG et des témoins, un pilote a été fait prisonnier par les rebelles. Mardi, les rebelles avaient déjà abattu un hélicoptère avec un missile sol-air, près d’Alep. L’utilisation des missiles sol-air est « un tournant significatif car le régime perd sa supériorité et ne peut plus utiliser sa puissance de feu contre les rebelles », a estimé Riad Kahwagi, expert à l’Institut d’analyse militaire pour le Moyen-Orient (Inegma). « Si les rebelles disposent d’un important arsenal de missiles sol-air (...), l’armée d’Assad perdra en partie la maîtrise du ciel. Les zones tenues par les rebelles seront sécurisées et les insurgés pourront passer à l’offensive sans craindre la menace aérienne », assure Fabrice Balanche, un expert de la Syrie. « C’est une ligne rouge qu’ont franchie les rebelles et leurs soutiens. Les Russes vont certainement donner aux Syriens du matériel plus sophistiqué », estime-t-il.
(Lire aussi : "La Syrie ressemble de plus en plus au Liban de la guerre civile")
En Turquie voisine, des experts de l’OTAN ont entamé hier une tournée d’inspection des sites sur lesquels pourraient être installés les missiles Patriot dont Ankara a demandé le déploiement près de sa frontière avec la Syrie, se disant inquiet des risques de débordement du conflit syrien. Par ailleurs, l’Union européenne a décidé de renouveler pour trois mois ses sanctions contre le régime syrien, selon des sources diplomatiques. Enfin, dans la nuit de mardi à mercredi, une commission de l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution dénonçant des « violations graves et systématiques » des droits de l’homme commises par les autorités syriennes et par les milices progouvernementales chabbiha. Cette résolution non contraignante a été adoptée par 132 voix pour, 12 contre (dont Cuba et la Corée du Nord) et 35 abstentions. Le texte avait été déposé par une vingtaine de pays européens (dont la France) et arabes, ainsi que les États-Unis. Lors du débat, l’ambassadeur syrien à l’ONU, Bachar Jaafari, a accusé les pays qui ont proposé la résolution de soutenir et de financer des « terroristes », terme utilisé par Damas pour désigner l’opposition armée.

