À Douma, près de Damas, le résultat des bombardements. Abdel Kareem Mohammad/Reuters
Après Paris, Ankara et les monarchies du Golfe, Londres a reconnu hier la nouvelle Coalition de l’opposition « comme seul représentant légitime du peuple syrien », selon le chef de la diplomatie britannique William Hague, demandant à la Coalition de nommer un représentant à Londres. La Coalition a « beaucoup à faire pour gagner le soutien total du peuple syrien et coordonner les efforts de l’opposition plus efficacement. Mais il est grandement dans l’intérêt de la Syrie, de la région et du Royaume-Uni que nous les soutenions et que nous ne laissions pas de place aux groupes extrémistes », a-t-il ajouté. L’UE et Washington ne sont pas allés aussi loin, le premier estimant que l’opposition était « le représentant légitime des aspirations du peuple syrien » et le second « une représentante légitime ».
Parallèlement, le Premier ministre français Laurent Fabius a annoncé hier que les dirigeants de la Coalition syrienne seront invités au prochain Conseil européen des Affaires étrangères à la mi-décembre à Bruxelles, qui réunit les chefs de la diplomatie des « 27 ». Quant à la question des armes demandées par la Coalition syrienne, M. Fabius a rappelé qu’il y avait un embargo européen sur les livraisons d’armes à la Syrie et que la question, bien que discutée à Bruxelles, n’avait pas été tranchée.
De son côté, Ban Ki-moon s’est dit « profondément préoccupé par la militarisation continue du conflit, les violations abominables des droits de l’homme et le risque de voir la Syrie devenir un champ de bataille régional avec la violence qui s’intensifie ». Au cours d’une visite au Caire, il a pressé la communauté internationale à soutenir les efforts de l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe Lakhdar Brahimi en vue d’une solution politique.
Base Cheikh Sleiman
Sur le terrain, à Daraya, au sud-ouest de Damas, au moins deux civils ont été tués dans des bombardements alors que des combats opposaient les troupes gouvernementales aux insurgés, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
De même, de violents combats ont eu lieu toute la journée d’hier dans la province d’Idleb autour d’une base de l’armée syrienne assiégée par les rebelles, dernière place-forte du régime dans cette région, a-t-on appris de source rebelle. Ces combats se déroulent autour de la base Cheikh Sleiman, à environ 25 km au nord-ouest d’Alep, selon cette source, interrogée au téléphone depuis Antakya, en Turquie. Des chasseurs-bombardiers évoluant à haute altitude survolaient et bombardaient par intermittence la zone des affrontements, selon la même source.
Ces combats interviennent près de 48 heures après la prise d’une autre base militaire de la province d’Idleb, la base 46, à 12 km à l’ouest d’Alep. La base 46, et dans une moindre mesure la base Cheikh Sleiman, étaient les deux dernières places-fortes du régime dans cette région frontalière de la Turquie. Elles servaient au bombardement de toutes les localités environnantes, dans une zone désormais largement sous contrôle de la rébellion. Après la chute de la base 46, la prise de la base Cheikh Sleiman permettrait la « libération » quasi complète d’un large territoire dans le nord-ouest de la Syrie, allant de la frontière turque jusqu’à Alep, la grande métropole du Nord.
Ras el-Aïn
Selon l’agence de presse officielle SANA, 10 personnes d’une même famille ont été assassinées hier dans le sud de la ville d’Alep par des rebelles. À Damas même, deux obus ont touché le bâtiment du ministère de l’Information, sans faire de victime, toujours selon SANA.
Près de la frontière turque, de violents affrontements ont opposé les rebelles aux combattants kurdes à Ras el-Aïn. « Quatre combattants et un élu local ont perdu la vie dans les rangs kurdes et 24 parmi les rebelles du Front el-Nosra et Gharba el-Sham », deux groupes islamistes radicaux, a déclaré le président de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. Les combattants kurdes appartiennent au Comité de protection du peuple kurde (YPG), bras armé du Parti de l’Union démocratique kurde (PYD, branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan – rebelles kurdes turcs). Ils sont accusés par les rebelles syriens de faire le jeu du régime.
Les violences ont fait hier 90 morts au moins, selon un bilan provisoire de l’OSDH, qui s’appuie sur un vaste réseau de militants et de sources médicales à travers la Syrie.
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