À Mexico City, plusieurs milliers de personnes forment un cercle autour du monument de l’Ange de l’indépendance, en guise de soutien à la lutte contre le diabète. Bernardo Montoya/Reuters
Ce « rôle humain que doit avoir tout médecin », comme le précise le Dr Charles Saab, président de l’EDL, s’inscrit dans le prolongement du thème de la Journée mondiale : « Protégeons notre futur ».
« Nous avons une mission éducative et de dépistage des maladies fréquentes dans une société, le diabète à titre d’exemple », poursuit-il. Et pour cause. Le diabète touche plus de 350 millions de personnes dans le monde, constituant ainsi un fléau du XXIe siècle.
Au Liban, la situation est tout aussi inquiétante, avec environ 9 à 10 % de la population qui souffre de diabète, selon deux études effectuées respectivement par les Drs Kamal Hirbli et Ibrahim Salti, qui vient de se voir décerner le prix 2013 des endocrinologues pratiquant en dehors des États-Unis.
« Dire que 25 % de la population libanaise est diabétique est donc exagéré, sachant que la prévalence de la maladie est différente d’une tranche d’âge à une autre, insiste le Dr Saab. Il n’en reste pas moins que le diabète est un sérieux problème au Liban. Toutefois, au lieu de semer la panique parmi la population, il faudrait plutôt aider les personnes à risque à prévenir la maladie et les patients à bien la contrôler, d’autant que certains patients préfèrent ignorer leur maladie et refusent d’affronter la réalité, au moment où d’autres réagissent d’une manière saine et constructive. »
Pour le Dr Saab, « protéger notre futur » consiste d’abord à effectuer un dépistage précoce des facteurs de risque qui peuvent entraîner le diabète de type 2. Au nombre de ces facteurs, également appelé syndrome métabolique, figurent notamment l’obésité abdominale, l’hypertension artérielle et un taux élevé de triglycérides. À ceux-ci s’ajoutent le prédiabète, c’est-à-dire une glycémie variant entre 100 et 110 mg/dl, et la microalbuminurie (augmentation de la quantité d’albumine éliminée dans les urines). « Le diabète gestationnel est également à observer puisque dans 20 % des cas il peut se développer en un diabète de type 2, indique le Dr Saab. De même, une impuissance chez un homme quadragénaire peut être une des prémices du syndrome métabolique et donc d’un diabète de type 2. Il est donc important de détecter ces facteurs environnementaux et de lutter contre eux. »
Individualiser le traitement
« Protéger notre futur » implique aussi un traitement précoce et judicieux du diabète pour éviter les complications de la maladie. « Toutes les études internationales ont montré que plus on traite tôt le diabète, plus on évite les maladies cardio-vasculaires et cérébro-vasculaires, ainsi que les autres complications du diabète, comme la rétinopathie (atteinte de la rétine entraînant une cécité), la néphropathie (insuffisance rénale), les maladies vasculaires périphériques, atteignant les vaisseaux des jambes et ceux des extrémités, ainsi que les complications microvasculaires et macrovasculaires, touchant respectivement les petits vaisseaux et les gros vaisseaux de l’organisme », précise le Dr Saab. Et d’ajouter : « Le Hb1Ac (un test qui permet de mesurer la concentration du glucose dans le sang durant les trois mois précédant la date de l’examen) est un indicateur qui permet au médecin de dire à quel point le diabète est contrôlé. Idéalement, le Hb1Ac doit être autant que possible proche de la normale, c’est-à-dire entre 6 et 6,5 %. Il ne s’agit pas toutefois d’une règle absolue, puisque à chaque cas son protocole. Chaque patient est un être unique. Par conséquent, le traitement doit être individualisé ».
Le Dr Saab note par ailleurs que « protéger le futur » consiste également à « contrôler le diabète de type 2, même en présence de complications, de manière à éviter les complications évolutives, comme l’infarctus du myocarde, un accident vasculaire cérébral ou une rétinopathie avancée ». Pour cela, « les protocoles doivent être judicieusement adaptés en fonction du patient et non par rapport à une étude épidémiologique menée dans le cadre d’une politique de santé ».
Prévention simple
La prévention du diabète de type 2 est « simple », constate le Dr Saab. « Deux facteurs sont à l’origine du diabète de type 2, rappelle-t-il. Le facteur génétique contre lequel on ne peut pas lutter, et les facteurs environnementaux. Or il est possible d’agir efficacement contre ces derniers. Les études ont montré que, dans la majorité des cas, l’obésité abdominale est la principale cause du diabète de type 2. Prévenir la maladie consiste donc à lutter contre la surcharge pondérale et l’obésité abdominale. D’autres études ont souligné un lien entre le tabagisme et le diabète de type 2. Là aussi, la prévention est possible. L’hypertension artérielle, le mauvais cholestérol, les triglycérides et le diabète gestationnel... autant de facteurs qui peuvent induire un diabète de type 2 et que l’on peut contrôler. Contrôler le diabète ne consiste pas donc à surveiller un chiffre, c’est-à-dire un taux élevé de glucose dans le sang. Il s’agit plutôt d’une prise en charge globale pour éviter les complications. Le patient a un rôle à jouer dans le sens où il ne suffit pas qu’il fasse l’hémoglucotest (technique pratiquée chez soi qui permet de mesurer instantanément le taux de glucose dans le sang) plusieurs fois au quotidien, mais de réagir aux résultats en contactant son médecin pour une prise en charge adaptée. Il doit aussi se conformer au traitement médical. Sur un plan national, prévenir le diabète de type 2 consiste à mettre en place une politique de santé qui encourage l’adoption d’un mode de vie sain, basé sur une alimentation équilibrée et une activité physique régulière. »


