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Quand l’histoire se répète ...

Lorsque deux équipes de football descendent sur un terrain pour jouer un match amical, il est entendu que les 22 joueurs sont tenus de se conformer au principe et aux règles du jeu. Si l’une des deux équipes prend l’initiative de jouer au rugby au lieu du football, il est alors évident que la poursuite de la compétition n’est plus possible : soit les joueurs frondeurs reviennent aux règles du football, soit le match doit être obligatoirement suspendu, car il ne servirait à rien qu’une équipe joue au football alors que l’autre s’obstine à s’adonner au rugby.
Cette petite métaphore illustre la situation dans laquelle se trouve pratiquement le Liban depuis 2005. De nombreuses voix ne cessent de s’élever ça et là pour appeler toutes les parties au « dialogue », soulignant qu’il s’agit là de la seule voie possible pour sortir le pays de la crise. Certes... Mais encore faut-il, comme dans le cas de la métaphore, que les factions en présence se conforment aux mêmes règles de jeu. À l’instar des deux équipes sportives précitées, à quoi cela servirait-il de poursuivre le « match » si l’un des deux protagonistes de la scène politique locale se fait un point d’honneur de se conformer aux usages et pratiques démocratiques alors que, dans le même temps, sa politique de la main tendue ne trouve en définitive comme répondant que les assassinats, les voitures piégées, les attentats et les menaces miliciennes? Manifestement, si les deux camps jouent peut-être sur le même terrain, il n’en demeure pas moins qu’ils ne pratiquent pas le même sport et ne se conforment pas aux mêmes règles de jeu.
Est-ce à dire que le Hezbollah assume la responsabilité directe des assassinats politiques et des attentats dont le pays a été le théâtre ces dernières années ? Seule la justice est en mesure, et en droit, d’apporter une réponse tranchée à une telle interrogation. Mais force est de relever, d’emblée, que les (nombreux) antécédents, le discours politique, le comportement, les alliances indéfectibles, le projet politique, la structure interne, la doctrine et les fondements idéologiques du Hezbollah constituent autant de facteurs qui font du parti pro-iranien un suspect « numéro un ».
Tout dans la ligne de conduite du Hezbollah tend à faire planer de lourds soupçons sur lui : son obstination à torpiller le tribunal international dans l’affaire Rafic Hariri ; son refus de livrer les quatre cadres soupçonnés d’être impliqués dans cet assassinat ; son refus de remettre à la justice libanaise le milicien accusé d’avoir trempé dans l’attentat contre le député Boutros Harb ; la funeste opération militaire du 7 mai 2008; la parade milicienne dans certains quartiers de Beyrouth afin de renverser manu militari la majorité parlementaire et provoquer la chute du cabinet « d’union nationale » de Saad Hariri ; sa participation établie dans des attentats à l’étranger et dans les combats en Syrie ; son noyautage systématique de certains organismes sécuritaires étatiques sensibles ; ses menaces continues, etc. La liste est trop longue pour pouvoir être exhaustive.
D’aucuns peuvent estimer que ces comportements et débordements miliciens sont peut-être répréhensibles, mais ils ne représentent pas pour autant des preuves de culpabilité au plan des assassinats politiques et des attentats. Peut-être. Mais il reste que le Hezbollah affiche haut et fort sa solidarité indéfectible avec un régime dont l’implication dans une longue série d’assassinats politiques, d’attentats et d’entreprises de déstabilisation n’est plus à démontrer, tant sur le plan local qu’au niveau international. En un mot, le régime baassiste pratique à grande échelle une politique de terrorisme d’État, et à cet égard, le Hezbollah, en observant le mutisme, en assurant une couverture à cette politique, en en profitant, en banalisant et en fustigeant les réactions aux assassinats et aux attentats, se place du même côté de la barricade que les meurtriers. Et il se rend, par conséquent, objectivement complice de ces derniers.
Cette complicité tacite – pour ne pas dire plus – est d’autant plus alarmante qu’elle est fondée sur une base idéologique transnationale et qu’elle reflète un alignement stratégique sur une pratique qui n’est nullement étrangère à cette partie du monde. L’histoire en effet se répète étrangement : certaines régions de l’Iran et de la Syrie (notamment l’actuelle zone de Banias et de Hama) étaient gouvernées au XIe siècle par la secte des Assassins (une branche de l’ismaélisme). Cette secte des Assassins avait recours de manière régulière aux assassinats d’hommes politiques, de dignitaires religieux et de figures de proue de l’élite des contrées voisines afin de les soumettre à son diktat tyrannique. À tel point que dans son ouvrage Les Assassins. Terrorisme et politique dans l’islam médiéval, Bernard Lewiss qualifiera les membres de cette secte de précurseurs du terrorisme.
À ce titre, le régime syrien, ou plutôt le clan Assad, est le digne descendant de cette secte des Assassins de la zone Banias-Hama. Et en envoyant ses hommes combattre aux côtés d’un tel régime, alors que dans le même temps l’affaire Samaha-Mamlouk a dévoilé, une fois de plus, au grand jour les desseins du pouvoir baassiste, le Hezbollah ne fait qu’accroître les soupçons qui pèsent sur lui.
Appeler au dialogue est, certes, louable dans l’absolu, dans le cas d’un pays où tous les acteurs politiques se conforment aux mêmes règles de jeu, respectent les mêmes valeurs et s’en tiennent aux mêmes garde-fous. Mais face à un parti théocratique, qui fonde toute son action politique sur le poids des armes, sur l’intimidation et les menaces miliciennes, sur une doctrine transnationale, et sur un ancrage total à des régimes dictatoriaux et hégémoniques, l’appel au dialogue devient, dans ce cas, pure chimère.
Pour l’heure, et à défaut d’un nouveau bouleversement de la donne régionale – qui n’est nullement à exclure à plus ou moins brève échéance – la seule parade possible au terrorisme d’État, de l’extérieur aussi bien que de l’intérieur, est la mobilisation civile, la résistance culturelle généralisée, et l’enclenchement d’une dynamique populaire afin, d’une part, de faire barrage (par le biais des urnes) aux tentatives de mainmise sur l’appareil de l’État, et, d’autre part, de maintenir vivante ce qui a toujours constitué la spécificité du Liban à travers les âges, à savoir « la culture du lien », pour reprendre les termes de Samir Frangié.
Le Liban est aujourd’hui déchiré entre une volonté de vivre et de construire l’avenir, et un projet de société guerrière qui a pour seul horizon les desseins d’un pouvoir théocratique perse. Si un dialogue doit s’engager dans de telles conditions, il ne devrait avoir comme objectif que de trancher entre ces deux projets de société. Tout le reste n’est que de menus détails. Tout le reste est faiblesse ...
Lorsque deux équipes de football descendent sur un terrain pour jouer un match amical, il est entendu que les 22 joueurs sont tenus de se conformer au principe et aux règles du jeu. Si l’une des deux équipes prend l’initiative de jouer au rugby au lieu du football, il est alors évident que la poursuite de la compétition n’est plus possible : soit les joueurs frondeurs reviennent aux règles du football, soit le match doit être obligatoirement suspendu, car il ne servirait à rien qu’une équipe joue au football alors que l’autre s’obstine à s’adonner au rugby. Cette petite métaphore illustre la situation dans laquelle se trouve pratiquement le Liban depuis 2005. De nombreuses voix ne cessent de s’élever ça et là pour appeler toutes les parties au « dialogue », soulignant qu’il s’agit là de la seule...
commentaires (10)

Dialoguer avec qui? Avec des partis qui n'ont rien à foutre de l'existence même du Liban? Avec des assassins et des milices qui cherchent l'intérêt de régimes archaiques et dictatoriaux? Pour sauver le Liban, il y a une seule et unique chose à faire: RESISTER contre ceux qui n'ont pas les mêmes valeurs qui incarnent la NATION LIBANAISE. Le Liban a un seul ennemi et cet ennemi là a un projet qui n'est pas du tout lié à la spécifité et à la culture libanaise. Avec un ennemi pareil, il n'y a point de dialogue. Carlos Achkar

carlos achkar

08 h 40, le 06 novembre 2012

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Commentaires (10)

  • Dialoguer avec qui? Avec des partis qui n'ont rien à foutre de l'existence même du Liban? Avec des assassins et des milices qui cherchent l'intérêt de régimes archaiques et dictatoriaux? Pour sauver le Liban, il y a une seule et unique chose à faire: RESISTER contre ceux qui n'ont pas les mêmes valeurs qui incarnent la NATION LIBANAISE. Le Liban a un seul ennemi et cet ennemi là a un projet qui n'est pas du tout lié à la spécifité et à la culture libanaise. Avec un ennemi pareil, il n'y a point de dialogue. Carlos Achkar

    carlos achkar

    08 h 40, le 06 novembre 2012

  • CORRECTION : "Amen et Ainsi soit-ïïïl" ! Merci.

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    06 h 41, le 06 novembre 2012

  • Le Judas d'antan avait quand même une mince conscience.

    SAKR LEBNAN

    05 h 03, le 06 novembre 2012

  • Comme tpoujours tres bien ecrit et exprime! Basta la compromission, Basta les discussions Byzantines, oui pour la resistance et la desobeissance civile, oui pour la pression politique et pacifique a tous les niveaux! Et si les 8 Marsiens decident de casser dans les 14 Marsiens et tous les autres eh bien tant pis pour eux car le train de la liberte et de l'etat a demarrer tant bien que mal depuis 2005, il cahute un peu pour l'instant mais a repris enfin une vitesse de croisiere qui bientot ne s'arretera plus devant les stations de ceux qui l'ont boycotte depuis si longtemps. S'ils lisaient les evangiles plus souvent, ils auraient compris que Judas c'etait suicide parce qu;il avait compris le mal qu'il a fait et ne pouvait retourner en arriere, ils sont dans la meme passe suicidiaire irreversible!

    Pierre Hadjigeorgiou

    04 h 09, le 06 novembre 2012

  • Quand l'Histoire se répète et nous parle : Une Première fois en Tragédie ! Mais une Deuxième fois en Farce !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    03 h 28, le 06 novembre 2012

  • Je clarifie : Le quatorzième parallèle de Mars veut jouer du football, et le huitième parallèle veut casser des oeufs...

    SAKR LEBNAN

    02 h 05, le 06 novembre 2012

  • Je dirais plutôt qu'une équipe veut jouer du football et l'autre veut CASSER DES OEUFS...

    SAKR LEBNAN

    01 h 47, le 06 novembre 2012

  • Que l’on soit préservé ! Surtout des êtres dangereux ou nuisibles. Il est des signes qui ne trompent pas et qui permettent de les reconnaître afin que nous soyons sur nos gardes. Il suffit de bien les observer, ainsi que leurs manières chafouines qui consistent à dissimuler et à feindre leurs véritables sentiments et Pseudo-opinions. Ils les cachent et veulent montrer une certaine Sanité, ya hassértéhh ! en vérité, en vérité on vous le dit, ils gardent secret leur animosité et montrent alors cette fameuse Pseudo-libanité-amitié ! Ils ne sont que ceux qui montrent le contraire de ce qu’ils dissimulent. Ils se disent proches des Sains, alors qu’en fait ils ne le sont point et cherchent même à les embobiner alors qu’ils ne trompent qu’eux-mêmes en fin de compte, yâ harâm ! De ce fait, leurs cœurs sont remplis de doute, ils doutent de tout et même d’eux- mêmes ! Amen.

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    23 h 19, le 05 novembre 2012

  • "Est-ce à dire que le Hezbollah assume la responsabilité directe des assassinats politiques et des attentats dont le pays a été le théâtre ces dernières années" ? Les quatre cadres du Hezbollah accusés officiellement par le TSL de l'assassinat de Rafic Hariri éclatent de rire devant cette question. Quant à Rafic Hariri lui-même, avec Wissam Eid et Wissam el-Hassan, ils en frémissent dans leur tombe.

    Halim Abou Chacra

    23 h 10, le 05 novembre 2012

  • Quand l'histoire se répète.... et qu'on parle toujours d'un dialogue national ! Un dialogue possible entre des Hommes libres et pas avec des mercenaires. - Dialoguer avec Sleiman Frangieh, un agent pour le compte du régime Baas de Père en fils, est ce possible ? - Convaicre Hassan Nasrallah de rendre les tonnes d'argent et tout l'armement au Iraniens et travailler pour son Pays le Liban, est ce possible ? - Convaicre Michel Aoun de Lacher Nasrallah, l'Iran et Assad, est ce possible ? - Dialoguer avec le Caméléon Joumblatt ? - Avec Berry ou avec qui ? s'il y aura un jour un dialogue entre l'Iran, l'Arabie S et Israel, à ce moment là on pourra peut être espérer.

    Tannous Jean

    21 h 30, le 05 novembre 2012

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