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Nos lecteurs ont la parole

Des dictatures militaires au printemps des dictatures religieuses

Abdel Hamid EL-AHDAB
Le 17 décembre 2010, l’étincelle du printemps arabe a jailli, portant avec elle les devises de liberté et de démocratie, lorsque Bouazizi, marchand de fruits et légumes, s’est immolé par le feu en sa ville tunisienne de Sidi Bouzid, pour protester contre sa misère et sa détresse. Ce jour-là, les régimes arabes ont commencé à chanceler avant de finir par tomber. Il s’agissait en réalité de régimes datant de l’époque de l’URSS, qui se cachaient derrière l’étendard du neutralisme positif. Leurs slogans étaient dirigés contre le colonialisme occidental, le sionisme et la réaction. Ils brandissaient le drapeau de l’arabisme et de l’unité arabe et appelaient à la libération de la Palestine, mais leurs slogans ne visaient en fait qu’à masquer leur volonté de renforcer leur mainmise sur le peuple. Ces régimes sont pratiquement tombés le jour de la chute du mur de Berlin et de celle des régimes despotes de l’Europe de l’Est, mais ils ont, bien qu’ébranlés, survécu encore vingt ans après cette chute.
Le virage à l’origine de la naissance de ces régimes a eu lieu le 23 juillet 1952 avec, en Égypte, le coup d’État militaire de Mohammad Nagib et des « Officiers libres » menés par Gamal Abdel Nasser. Ce fut le début d’une étape marquée par une lutte contre l’influence occidentale, menée par les dictatures militaires. L’Égypte œuvrait pour l’évacuation des forces britanniques de son territoire et la liquidation de l’influence anglaise, mais les nouveaux maîtres du pays commencèrent pas dissoudre les partis.
Cette étape suivait de près la défaite de 1948, et c’est la raison pour laquelle les nouveau régimes dictatoriaux brandirent, à côté du slogan de liquidation du colonialisme, celui de l’arabisme et de la libération de la Palestine. La liberté et la démocratie n’avaient aucune place dans les devises particulières à cette étape, ni d’ailleurs celles invoquées, au début, par ces régimes.
Ce fut ensuite le tour de la Syrie avec Abdel Hamid Sarraj, ses officiers et ses services de renseignements. Cette expérience finit par une union scellée avec l’Égypte et qui vit la dissolution de tous les partis syriens. Suivit ensuite la Jordanie qui chassa Glubb Pacha, le commandant britannique de l’armée jordanienne, pour que le pouvoir échoie en entier au roi Hussein. Puis l’Irak, où Abdel Karim Kassem et Abdessalam Aref ne cherchèrent certainement pas la liberté et la démocratie lorsqu’ils fomentèrent leur coup d’État qui mit fin à la monarchie hachémite. Le but était de faire tomber le pacte de Bagdad et d’imposer un pouvoir militaire en Irak. La vague oppressive atteignit les pays du Maghreb arabe. Tunis brûla en réclamant l’indépendance à la France. Cette indépendance généra la dictature de Bourguiba. En Algérie, et comme l’avait dit très justement Mohammad Ben Bella quelques jours avant sa mort : « Nous avons voulu construire une démocratie mais nous avons installé une dictature. » Mais Ben Bella était lui-même un dictateur, et la venue de Boumediène ne représenta en fait qu’un remplacement d’un dictateur par un autre. Le Maroc n’échappa pas à la règle avec le règne de Hassan II, qui fut un dictateur royal. Les militaires tentèrent, avec Oufkir, de lui subtiliser le pouvoir dictatorial, mais ils échouèrent dans leur tentative.
Cette orientation dictatoriale continue a appauvri les peuples arabes et empêché le développement des sociétés sur tous les plans : civil, culturel et politique. Elle a pu survivre en brandissant des slogans flattant les classes démunies, et n’ont échappé à la lutte des classes si néfaste sur le plan économique que la Jordanie, le Maroc et la Tunisie. Les héros des régimes despotes étaient Che Guevara et Castro. Ils se sont distingués par la véhémence de leurs « moukhabarate » et le pouvoir inique de leur chef ou de leur parti unique.
Mais ces régimes, tirant leur légitimité d’une prétendue lutte contre l’impérialisme et le sionisme, ont pris fin avec le printemps arabe. Il reste à savoir de quel printemps il s’agit.
En Égypte, les jeunes internautes de Facebook ont fait la révolution en laïcs, mais ce sont les islamistes qui en ont recueilli les fruits, et la lutte est actuellement engagée entre les islamistes et les salafistes !
En Tunisie, le bon peuple a fait la révolution après que Bouazizi se soit immolé par le feu. Mais le printemps est tombé aux mains des islamistes et la lutte oppose à présent les salafistes qui veulent le retour de la femme à la maison et les islamistes qui veulent la dictature religieuse !
Au Yémen, la révolution a commencé avec les jeunes qui se sont rebellés contre le tribalisme et ont ambitionné un Yémen moderne. Une avocate de ce pays a même décroché le prix Nobel, mais la révolution s’est terminée par une lutte tribale !
En Libye, c’est le bon peuple qui a lancé la révolution à Benghazi. Les gens rassemblés sur la place et autour du tribunal ont commencé à acclamer la liberté. Leur nombre a crû encore et encore pour englober toute la population de Benghazi, mais leur révolution a fini aux mains d’el-Qaëda et celle-ci a assassiné l’ambassadeur américain !
Au cours de la cérémonie célébrant la victoire de la révolution, le président du Conseil national a déclaré que la première réalisation de la révolution sera le rétablissement de la polygamie !
En Syrie, le printemps arabe s’est bien engouffré, mais Bachar el-Assad est toujours en place. La question qui se pose est celle de savoir si les islamistes pourront ou non prendre le dessus sur les salafistes. Mais les laïcs, en Syrie, sont nombreux, plus nombreux qu’en Égypte, en Tunisie ou en Libye. Seront-ils pris en compte ? Et seront-ils associés au règlement relatif à la période de l’après-Assad ?
L’Amérique a fait appel aux salafistes après la Seconde Guerre mondiale pour combattre le communisme. Elle a assuré l’entraînement militaire des Ben Laden et des talibans pour défaire l’Union soviétique en Afghanistan. Aujourd’hui, les ennemis de l’Amérique ne sont autres qu’el-Qaëda et les salafistes du 11-Septembre, et l’Amérique n’est plus convaincue de la capacité de la mouvance libérale et des laïcs arabes qui ont été les artisans des révolutions du printemps arabe. Elle ne croit pas en leur capacité à vaincre les salafistes. L’action de l’Amérique se réduit, à présent, à la recherche d’islamistes capables de vaincre l’intégrisme et el-Qaëda. Les laïcs qui ont fait les révolutions du printemps arabe ne sont même plus sollicités.
Nous avons attendu la venue, à l’Est, du soleil, mais nous est venue, au contraire, l’obscurité et avec elle le spectacle des mouvements islamistes engagés dans des combats dignes de la Jahiliya. Nous avons donné à nos révolutions le nom de « printemps arabe » et nous les avons faites de nos mains en chantant la liberté et la démocratie, mais nous avons récolté la dictature religieuse.
Ce printemps est défectueux et vicié. Le vrai printemps, celui de la liberté, n’est pas encore là.

Abdel Hamid EL-AHDAB
Avocat
Le 17 décembre 2010, l’étincelle du printemps arabe a jailli, portant avec elle les devises de liberté et de démocratie, lorsque Bouazizi, marchand de fruits et légumes, s’est immolé par le feu en sa ville tunisienne de Sidi Bouzid, pour protester contre sa misère et sa détresse. Ce jour-là, les régimes arabes ont commencé à chanceler avant de finir par tomber. Il s’agissait en réalité de régimes datant de l’époque de l’URSS, qui se cachaient derrière l’étendard du neutralisme positif. Leurs slogans étaient dirigés contre le colonialisme occidental, le sionisme et la réaction. Ils brandissaient le drapeau de l’arabisme et de l’unité arabe et appelaient à la libération de la Palestine, mais leurs slogans ne visaient en fait qu’à masquer leur volonté de renforcer leur mainmise sur le peuple. Ces...
commentaires (2)

Clairvoyant, Sain et Sincère. Pour ce qui est de "la lutte des classes si néfaste sur le plan économique"!, c’est juste idéologique pour ainsi dire ! Pour l'Égypte, Yémen, Tunisie et Libye, il est vrai que "la Lutte est actuellement engagée entre les islamistes et les salafistes qui veulent le retour de la femme à la maison, la dictature religieuse, en plus d’une lutte tribale qui a fini aux mains d’el-Qaëda.". Possible mais pas assuré! Et du "rétablissement de la polygamie". Possible de même ! Malgré le fait admis "que les internautes ont fait la révolution en laïcs, mais ce sont les islamistes qui en ont recueilli les fruits." Pour le moment! Et "que le peuple a fait la révolution après que Bouazizi se soit immolé. Que la révolution a commencé avec les jeunes contre le tribalisme pour un Yémen moderne. Que c’est la population qui a lancé la révolution à Benghazi et acclamé la liberté. Son nombre a crû pour englober tout Benghazi." ! Toute cette situation n’est donc qu’aléatoire et assurément transitoire, et RIEN ne dit que Ces Laïcs ont échoué. Ce n’est qu’une phase qui sera même courte, si on la compare à toute cette litanie de dictatures. Pour la Syrie et comme si bien dit, "le printemps arabe s’est engouffré, mais les laïcs sont plus nombreux.", que dans ces 4 précités. "Seront-ils pris en compte?". Et pourquoi non, vu qu’ils sont plus nombreux et : qu'il ne faudrait pas à l’avance désespérer !

Antoine-Serge KARAMAOUN

10 h 03, le 30 octobre 2012

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Commentaires (2)

  • Clairvoyant, Sain et Sincère. Pour ce qui est de "la lutte des classes si néfaste sur le plan économique"!, c’est juste idéologique pour ainsi dire ! Pour l'Égypte, Yémen, Tunisie et Libye, il est vrai que "la Lutte est actuellement engagée entre les islamistes et les salafistes qui veulent le retour de la femme à la maison, la dictature religieuse, en plus d’une lutte tribale qui a fini aux mains d’el-Qaëda.". Possible mais pas assuré! Et du "rétablissement de la polygamie". Possible de même ! Malgré le fait admis "que les internautes ont fait la révolution en laïcs, mais ce sont les islamistes qui en ont recueilli les fruits." Pour le moment! Et "que le peuple a fait la révolution après que Bouazizi se soit immolé. Que la révolution a commencé avec les jeunes contre le tribalisme pour un Yémen moderne. Que c’est la population qui a lancé la révolution à Benghazi et acclamé la liberté. Son nombre a crû pour englober tout Benghazi." ! Toute cette situation n’est donc qu’aléatoire et assurément transitoire, et RIEN ne dit que Ces Laïcs ont échoué. Ce n’est qu’une phase qui sera même courte, si on la compare à toute cette litanie de dictatures. Pour la Syrie et comme si bien dit, "le printemps arabe s’est engouffré, mais les laïcs sont plus nombreux.", que dans ces 4 précités. "Seront-ils pris en compte?". Et pourquoi non, vu qu’ils sont plus nombreux et : qu'il ne faudrait pas à l’avance désespérer !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    10 h 03, le 30 octobre 2012

  • Comme dans toutes les revolutions, le vrai printemps ne vient qu'apres la terreur, les reglement de comptes, les jugements, condamnations, le pardon, etc... Le vrai printemps ne viendra qu'avec l'emancipation de la femme arabe, le vrai printemps ne viendra qu'apres l'acceptation de l'apostasie donc l'acceptation d'autres croyances et d'autres horizons, le vrai printemps viendra tout simplement lorsque la societe Arabe transformera leurs hommes en etres humains.

    Pierre Hadjigeorgiou

    07 h 49, le 30 octobre 2012

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