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Culture

La vie d’Alexandre Yersin, ou l’épopée du vainqueur de la peste

Préambule du Salon du livre... Il n’aura pas attendu la distribution des prix que déjà il rafle celui de la FNAC. Dans la course aux honneurs et récompenses pour cette rentrée, avec « Peste et Choléra » *, Patrick Deville a plus que de fortes chances de séduire et même d’emballer lectorat et critiques.
25/10/2012
Si le titre n’est pas très alléchant, le contenu est décoiffant et captivant. Contre toute attente, voilà une croustillante biographie, vrai roman d’aventure, d’Alexandre Yersin, vainqueur de la peste. Non, pas un rat des bibliothèques ou un scientifique vissé à son microscope, mais un passionné de la vie, un être indomptable, d’une incomparable générosité, de bourse, de labeur et de cœur. Un intrépide guérisseur à l’écoute de son prochain, considéré par certains (surtout du continent asiatique) comme un «Bouddha vivant».
À cinquante-cinq ans, Patrick Deville est un auteur confirmé. Évoquons d’abord sa vie riche de voyages. Depuis 1980, après des études de littérature comparée et de philosophie, le voilà, pour ses besoins de découvertes, d’évasions, de recherches et d’enseignement, toujours entre deux pays, deux continents (Moyen-Orient, Nigeria, Algérie, Cuba, Uruguay et Amérique centrale). Dix ouvrages, qui ont retenu l’attention du public et de la presse, précèdent son nom. La biographie n’est pas pour lui une aventure nouvelle et c’est avec assurance qu’il se lance sur les traces d’un destin héroïque.
Aujourd’hui, en abordant la vie d’Alexandre Yersin (1863-1943), médecin, aventurier, savant, bactériologiste, explorateur, agriculteur (il cultive l’hévéa et l’arbre à quinquina) pour les impératifs de financement des laboratoires, l’auteur de Pura vida renoue, avec un bonheur inégalé dans l’écriture et l’art de restituer une tranche du passé, avec la biographie. Ici, la rencontre du biographe et du personnage a des aspects d’un fulgurant coup de foudre.
Biographie à tissu romanesque, car l’auteur garde le tempo et la narration d’un roman à rebondissements. Tumultueux et fourmillant de vie. Avec des détails saisissants, sertis dans un texte adroitement rédigé et nourri des correspondances et documents déposés aux archives de l’institut Pasteur. Sans jamais oublier, à travers une écriture intelligente, claire et précise, le sens de la poésie, de l’humour, de l’ironie. Sans jamais tomber dans le pathos.
C’est qu’on ignore la vie mouvementée et houleuse d’Alexandre Yersin plus connu, paradoxalement, aujourd’hui au Vietnam qu’en Suisse ou la France, son pays d’adoption. La devise de cet homme qui reçut de nombreuses récompenses (entre autres, nommé directeur honoraire de l’institut Pasteur de Paris), qui fut vénéré, était de tenter toujours l’impossible. «Ce n’est pas une vie que de ne pas bouger» est bien la devise de sa traversée humaine.
Et cette biographie, qui a toute l’allure d’un livre d’aventure (tout en suivant avec fidélité le parcours du personnage), en donne une éblouissante illustration. Pour ce médecin qui respectait les personnes âgées, soignait gratuitement les démunis, adorait les enfants et construisait des cerfs-volants, des pages d’une lumineuse beauté.
Un livre où défilent des paysages divers (de l’Allemagne à la Normandie, pour finir dans les jungles indochinoises), des situations dignes d’admiration (élevage de chevaux et de bovins pour le sérum, culture de l’hévéa brasiliensis, arbre du caoutchouc, pour fournir du latex à Michelin et se renflouer financièrement pour les découvertes, la toxine diphtérique, entre autres) et des actions plus que louables pour alléger les souffrances
humaines.
Un livre qui force le respect pour cet être d’exception pourtant d’une douceur métissée parfois d’une ahurissante audace. Audace et courage pour mener à bien un humanisme entre rigueurs pasteuriennes et envolées rimbaldiennes, entre curiosité à la Loti et vocation de Livingstone... Pour ce personnage étonnant, d’une extrême humilité, un livre pétaradant.
Eh bien, d’un lopin vaudois en Suisse à Nha Trang face à la mer en Indochine, celui qui découvrira et le bacille et le vaccin de la peste (portant aujourd’hui son nom «Yersinia pestis»), en quatre-vingt ans de vie et de combats incessants, franchira plus d’une frontière et entreprendra plus d’une action, pénible et parfois périlleuse, pour le bien du monde et de l’humanité.
Dans la frénésie d’un monde épris de Facebook, de smartphones, de Web et autres gadgets et croisements de la technologie contemporaine, voilà un livre exemple et leçon de vie, richement documenté, écrit en toute finesse, qu’on lit (tout en se cultivant) avec plaisir et enthousiasme.

« Peste et Choléra » de Patrick Deville (220 pages – Seuil) est en vente à la librairie al-Bourj.

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