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Sleiman multiplie les consultations politiques, la tension reste vive à Tripoli

Liban

Washington ne veut pas voir de "vide politique" à Beyrouth ; la voiture piégée qui a coûté la vie au général Hassan a été volée il y a plus d'un an.

olj.com/AFP
23/10/2012

Un certain calme (mis à part quelques incidents mineurs) est revenu mardi à Beyrouth au lendemain d’une journée marquée par des accrochages violents entre l’armée libanaise et des éléments sunnites armés dans certains quartiers de la capitale libanaise. Ces éruptions de violence suivaient l'attentat à la voiture piégée qui a coûté la vie, vendredi, au chef des renseignements des Forces de sécurité intérieure (FSI), le général Wissam el-Hassan. Son chauffeur et une mère de famille, Georgette Sarkissian, ont également été tués, alors que 126 personnes ont été blessées par l'explosion qui a eu lieu place Sassine, en plein coeur de Beyrouth.

 

Lundi matin, à Beyrouth, sur l'avenue Kasqas, au rond point Cola, sur la corniche Mazraa, et à Tarik al-Jdidé, des hommes armés de kalachnikovs et portant des cagoules noires, avaient empêché les voitures de passer en obstruant la chaussée avec des ordures, des pierres et des morceaux de fer. Des échanges de tirs ont également eu lieu avec l'armée.

 

Face à ces dérapages, le commandement militaire a indiqué, lundi dans un communiqué, sa "détermination à rétablir la sécurité et à préserver la paix civile" au Liban. Aujourd'hui, l'armée était toujours massivement déployée dans les quartiers sensibles de Beyrouth. Dans un communiqué, l'armée a annoncé avoir arrêté une centaine de personnes, lors des clashs à Beyrouth et Tripoli. Parmi les personnes arrêtées, figurent 34 Syriens et 4 Palestiniens. 13 soldats ont été blessés, ainsi que deux officiers.

 

Seul fait notable, aujourd'hui à Beyrouth, des tirs ont été entendus, dans l'après-midi, lors des funérailles d'un Palestinien, tué lors des accrochages de lundi.

 

 

Tripoli

Autre théâtre de tensions accrues depuis l'attentat de vendredi, Tripoli (Liban-nord) était toujours le théâtre de tirs sporadiques et d'accrochages, mardi matin, malgré le déploiement en force des soldats libanais entre les quartiers rivaux de Bab el-Tebbaneh (à majorité sunnite et anti régime-syrien) et Jabal Mohsen (à majorité alaouite et pro-Assad). Les affrontements ont fait deux morts dans la nuit de lundi à mardi. Une femme blessée par des francs tireurs à Jabal Mohsen a également succombé à ses blessures dans la journée, selon la chaîne de télévision LBC.

 

(Pour mémoire : À Tripoli, des salafistes essaient de semer la peur)

 

Les violences dans la grande ville à majorité sunnite du Liban-nord ont fait au total 10 morts et une dizaine de blessés depuis l’attentat de Beyrouth.

 

Un certain calme est revenu à Beyrouth mardi. Photo AFP

 

Eviter le vide politique

Sur la scène politique, l'opposition libanaise continue d'appeler à la chute du gouvernement de Nagib Mikati. Sur le terrain, des sit-in à Beyrouth et Tripoli ont lieu pour réclamer le départ du Cabinet, dont le fer de lance est le Hezbollah, allié du régime syrien. Ce dernier est accusé par l'opposition libanaise d'être à l'origine de l'assassinat du général Wissam el-Hassan, qui avait notamment, en août dernier, fait tomber l'ancien ministre libanais Michel Samaha, l'accusant d'avoir fomenté des attentats, avec le chef des renseignements syriens, Ali Mamlouk pour destabiliser le Liban.

 

Après l'assassinat de Wissam el-Hassan, l'Alliance du 14 Mars a appelé Nagib Mikati à démissionner, l'ancien Premier ministre Fouad Siniora lui imputant la responsabilité de la mort du général des FSI.

 

Dans ce contexte, les députés du 14 Mars ont décidé le boycott de toutes les activités parlementaires et officielles auxquelles seraient associés des membres du gouvernement. Ils n’ont, ainsi, pas assisté à la réunion des commissions parlementaires conjointes qui était prévue aujourd’hui afin de discuter du projet de loi électorale. Selon le député Abdel Latif el-Zein, la réunion a été reportée jusqu’à nouvel ordre.

 

Samedi, lors d'une réunion urgente du Conseil des ministres, Nagib Mikati avait exprimé son désir de quitter son poste, mais a dit y avoir renoncé temporairement, à la demande du président Michel Sleiman, "dans l'intérêt national".

Suite aux funérailles de Wissam el-Hassan, dimanche place des Martyrs à Beyrouth, un groupe de manifestants a tenté de prendre d'assaut le Sérail, siège du gouvernement.

 

 

Concertations à Baabda

A Baabda, le président enchaîne les consultations avec les principales forces politiques pour tenter de contenir la situation.

Michel Sleiman a reçu la représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, qui a appelé les dirigeants libanais à éviter le "vide politique" dans le pays.

 

Mme Ashton a également rencontré Nagib Mikati au grand Sérail. Evoquant l'attentat de la place Sassine, la responsable européenne s'est dite "inquiète pour la stabilité du Liban". "Certains tentent de détourner l'attention de la situation dans la région en provoquant des problèmes au Liban", a-t-elle ajouté, dans une allusion apparente au conflit en Syrie.

 

A Washington, la porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland, a affirmé que les Etats-Unis "soutiennent les efforts du président Sleiman et d'autres dirigeants responsables au Liban pour bâtir un gouvernement efficace et pour prendre les mesures qui s'imposent à la suite de l'attentat terroriste du 19 octobre".

 Interrogée pour savoir si les Etats-Unis étaient favorables à un changement de gouvernement au Liban, Mme Nuland a répondu que "le président Sleimane avait engagé des discussions avec tous les partis pour former un nouveau gouvernement (et) nous soutenons ce processus".

 

La diplomate a ajouté que Washington ne voulait pas voir de "vide politique" au Liban.

 

Lundi, les ambassadeurs des membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France) ont appelé au maintien de "l'action gouvernementale" et exprimé leur appui au président Sleiman pour "une solution politique et pacifique".

 

 

 


Le président de la République Michel Sleimane lors de sa rencontre avec la représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton à Baabda, aujourd'hui. Photo Dalati et Nohra

 

 

Lors d'une rencontre avec le ministre de la Défense Fayez Ghosn, le président a réaffirmé "le soutien du pouvoir politique à l’armée".

M. Sleiman a également reçu l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, dans le cadre de ses discussions en vue d’organiser une nouvelle session du dialogue national. Si M. Siniora n’a pas fait de déclaration au terme de cette rencontre, le quotidien An-Nahar indiquait, ce matin, que l'ancien Premier ministre allait informer M. Sleiman que le Courant du Futur ne  participera pas au dialogue tant que le gouvernement ne sera pas tombé.

 

Le président de la République s’est ensuite entretenu avec le ministre de la Santé Ali Hassan Khalil, envoyé spécial à Baabda du président de la Chambre, Nabih Berry.

 

En début d'après-midi, l'Agence nationale d'information (ANI, officielle) a rapporté que le Premier ministre Mikati s'était rendu en Arabie Saoudite, pour y effectuer un pèlerinage.

"Je fais ce que me dicte ma conscience afin de protéger le Liban des divisions et du vide politique. Je n'ai aucune haine envers qui que ce soit", a indiqué M. Mikati sur son compte Twitter. Et d'ajouter : "Que Dieu protège le Liban et les Libanais du mal. Que Dieu me pardonne si j'ai fait du mal à quelqu'un et que Dieu pardonne à ceux qui m'ont fait du mal". 

L'Enquête

En ce qui concerne l'enquête, le général Achraf Rifi a indiqué que la voiture piégée qui a coûté la vie au général Hassan a été volée il y a plus d'un an. La voiture piégée a explosé au passage de la voiture de Wissam al-Hassan dans une ruelle étroite du quartier d'Achrafieh à Beyrouth, où le véhicule ne pouvait pas passer à toute vitesse. Selon le général Rifi, le général al-Hassan et son garde du corps, tué avec lui, se déplaçaient à bord d'une voiture banalisée non blindée de type "Honda Accord" en guise de camouflage.

Il a été tué alors qu'il "rentrait de l'un des bureaux secrets qui lui servaient de lieu de rencontre avec des collaborateurs et des informateurs" et seule une poignée de gens avaient accès à ces lieux visités chaque deux ou trois semaines, selon lui.

 

 

Menaces

"La veille de l'attentat, nous avons reçu un sms d'un numéro syrien qui disait 'fils de p..., nous vous aurons un par un", a par ailleurs affirmé à la télévision le député Ammar Houry, membre du groupe parlementaire de Saad Hariri, chef de l'opposition. Il a précisé que quatre de ses collègues avaient reçu un sms similaire.

"Sur le coup, nous n'y avons pas prêté attention, jusqu'à l'assassinat (le lendemain) du général Wissam al-Hassan", tué dans un attentat à la voiture piégée avec deux autres personnes, a dit M. Houry.

"Après l'assassinat, on a reçu un deuxième sms qui disait 'mabrouk (félicitations en arabe), le compte à rebours a commencé, un de dix éliminé. Il s'est avéré que le numéro à partir duquel ces messages ont été envoyés est un numéro syrien", a-t-il précisé.

 

 

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SAKR LEBNAN

Ma femme demande le divorce, dit quelqu'un à son voisin.
Réponse : complot Israélien ! __ Le voisin : Et moi, ma femme me fait la vie dure. Réponse automatique : Complot Israélien !

Emile

Apres avoir lu une dizaine d'article de l'orient-le-jour sur l'attentat de Wissam al-Hassan, il me semble que nous avons tous rapidement fait des conclusions sur l'implication du regime syrien..

Mais gardons les yeux ouverts, et n'eliminons pas la possibilite de l'implication d'autres etats (Israel) dans cette affaire.

Tout pointe vers la Syrie, mais l'evidence de l'implication est trop facile surtout apres l'histoire des numeros syriens, comme si qq voulait pointer le doigt vers eux...

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