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Culture

« Kibarouna » : paroles de vieillesse, paroles de sagesse

Vient de paraître « Je suis allée rencontrer des vieux que je connais, dans une société qui ne les marginalise pas encore. » C’est par cette phrase que Gisèle Eid entame son « Kibarouna, dialogue avec nos aînés » *, un recueil de sagesse, un condensé d’expériences.
11/10/2012
Vieillesse ennemie? Pas nécessairement, conclut-on après avoir tourné la dernière page de cet ouvrage qui recèle des perles de sagesse, des pointes d’humour, des réflexions exaspérées, des sorties bien pensées, bien philosophées et d’autres plus spontanées, plus candides. Bref, un microcosme d’humanité qui n’est pas sans rappeler ces histoires truffées de bon sens populaire que nos grands-mères adoraient nous raconter pour nous distiller une certaine idée de la vie.
Pour Gisèle Kayata Eid, cet ouvrage est d’abord «une réflexion sur l’âge qu’on appelle vieillesse: quand il commence, comment il se manifeste, que ressent-on, comment le vit-on, qu’est-ce qui demeure, qu’est-ce qu’on laisse tomber, comment appréhende-t-on la mort inéluctable, qu’est-ce qui est sacré, si c’était à refaire, les conseils pour bien vieillir...»
Pour cela, elle est allée à la rencontre de trente et une têtes blanches. Seul critère de sélection: avoir soufflé plus de 75 bougies. Certains sont très connus, comme Ghassan Tuéni, Wadih el-Safi ou May Arida. D’autres le sont moins, mais leur apport à l’ouvrage n’en est pas moindre. Émaillant les interviews de ses propres commentaires, Gisèle Eid propose également une synthèse des réponses et sur le fait de vieillir.
«Le fait d’employer le terme vieux n’est nullement irrespectueux. Être vieux est une étape dans la vie.» C’est pour cela, dit-elle, qu’elle l’a employé sans réticence et que ses interlocuteurs ne s’en sont pas offusqués.
«Converser avec mes 31 interlocuteurs s’est avéré être un réel plaisir », note l’auteure qui ajoute qu’ils ont été tous « très gentils».
Et de préciser: «C’est un livre qui va à la recherche de sens et qui ne développe pas les parcours des personnes interviewées, mais leur situation actuelle, au moment de l’entrevue.» Ainsi, elle n’aborde pas les questions religieuses avec le patriarche Mar Nasrallah Boutros Sfeir, ni de politique avec Fouad Boutros, ni de la situation du théâtre au Liban avec Raymond Gébara.
Il y a là une belle brochette, un panel assez représentatif, mais nullement exhaustif. Il y a ceux dont le destin a réservé des coups très durs et d’autres qui ont été plutôt gâtés, certains ont bataillé toute leur vie, d’autres ont coulé des jours tranquilles, certains ont connu la gloire, d’autres ont côtoyé la misère... «J’ai essayé, autant que j’ai pu, de cerner toutes les catégories... à condition que les personnes puissent s’exprimer. Il y a 31 personnes interviewées officiellement, mais il y a là l’expérience de 35... (deux décédés avant l’interview et deux qui étaient présentes lors de l’entretien avec la personne interviewée).»
Gisèle Eid, qui est journaliste, chargée de cours et animatrice d’ateliers d’écriture, vivant au Liban et au Canada (où elle a déjà publié deux essais: Accommodante Montréal, éditions Humanitas, et Cris...se de femmes), avoue que l’envie d’écrire un livre sur les vieilles personnes la taraudait depuis longtemps. «Est-ce que cette tranche d’âge commence à m’interpeller? Serait-ce pour prolonger la présence de mes parents décédés, ou pour mieux profiter de celle de tous les autres qui m’entourent encore? Mes parents sont morts alors que je n’avais rien compris, alors que je ne me doutais de rien. Ni de l’âge ni de la mort...»
Des thèmes que l’on n’aborde généralement pas avec allégresse, mais présentés ici avec une certaine maturité qui s’apparente à une certaine philosophie de la vie. Et de ses aléas.

* « Kibarouna, dialogue avec nos aînés », aux éditions Tamyras.
Lancement et signature aujourd’hui, à partir de 18h, à l’Aéroclub, rue Sursock, quartier Saint-Nicolas.

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