Viendront ensuite les plus cyniques, les plus mafieux, ceux qui, sans foi ni loi, n’hésiteront pas à pratiquer un véritable terrorisme d’État à grande échelle, ceux qui tenteront sans relâche d’imposer un Anschluss au Liban. On l’aura deviné, sans difficulté : il s’agit de la nomenklatura du régime baassiste syrien et ses suppôts internes.
L’État hébreu ne sera, certes, pas en reste avec sa volonté, en 1982-1983, d’imposer au pouvoir une paix à ses propres conditions. Et parallèlement, la présence militaire américaine du début des années 80 cherchera à instaurer un nouvel ordre local mais s’avèrera impossible à préserver et à maintenir.
Chacune de ces parties locales ou étrangères découvrira successivement à ses propres dépens que le pays du Cèdre et les Libanais sont loin d’être solubles dans des projets anschlussiens ou politiquement égocentriques et réducteurs.
Dans un tel contexte, et à la lumière des spécificités libanaises solidement et profondément enracinées dans la réalité historique du pays, il est déplorable de relever que le Hezbollah n’a pas encore su tirer les leçons du passé, à savoir que le Liban est insoluble. Deux faits notoires survenus ces derniers jours apportent une nouvelle preuve – s’il en était encore besoin – que le parti chiite continue de considérer le pays (et a fortiori sa communauté) comme sa propriété privée et sa chasse gardée. Le drone abattu à la fin de la semaine dernière au-dessus du territoire israélien, dans la zone de la bande de Gaza, aurait ainsi été lancé, à en croire les sources israéliennes, à partir du Liban par le Hezbollah. Pour l’heure, ce dernier n’a pas démenti l’information, ce qui indique que même s’il n’est pas l’auteur de cette manœuvre, il ne l’exclut pas de ses plans.
En clair, le « parti de Dieu », tête de pont iranienne sur les bords de la Méditerranée et aux frontières avec Israël, ne renonce toujours pas – conférence de dialogue ou non – à s’arroger le droit de considérer que la stratégie de défense et l’attitude à adopter face aux défis régionaux relèvent de sa seule responsabilité. Ou plutôt, pour être plus rigoureux, de la responsabilité du guide suprême de la Révolution iranienne puisque dans la doctrine du Hezbollah, écrite noir sur blanc dans les années 80, le parti fait acte d’allégeance absolue au guide (le fameux « waliy el-faqih ») à qui il revient, seul, de prendre la décision de guerre et de paix ou toute autre décision à caractère hautement stratégique (revoir, encore une fois, le livre-référence de cheikh Naïm Kassem sur la doctrine du Hezbollah).
Lorsque sayyed Hassan Nasrallah menace dans ses discours enflammés et guerriers de bombarder les villes israéliennes ou d’opérer des incursions dans le nord d’Israël, il agit, certes, comme s’il avait remporté une OPA sur le Liban, mais il sait parfaitement qu’une telle initiative militaire est, en définitive, du seul ressort du guide Khamenei. En tout état de cause, que le parti pro-iranien soit maître de ses décisions ou qu’il se soumette à l’autorité suprême du « waliy el-faqih », le résultat, dans l’un ou l’autre cas, demeure le même : sous le couvert de « résistance », il se comporte comme si le pays du Cèdre est sa propriété privée.
Puisqu’il est question de « résistance », une question fondamentale se pose en soulevant le second fait notoire qui a marqué l’actualité « locale » de ces derniers jours, en l’occurrence la mort au combat, à Qousseir, en territoire syrien, d’un haut responsable militaire du Hezbollah, en même temps que d’autres miliciens du parti chiite, s’il faut en croire diverses sources concordantes. Ces martyrs du « jihad », pour reprendre les propres termes du directoire du parti, viennent s’ajouter, selon différentes informations, à d’autres combattants libanais chiites tombés dans plus d’une ville syrienne.
Cette flagrante implication du Hezbollah dans le conflit interne en Syrie n’est pas, après tout, surprenante. Elle s’inscrit directement dans la logique du « wilayet el-faqih » et de la doctrine exposée par cheikh Naïm Kassem qui donne une dimension transnationale au projet politique de la formation pro-iranienne. Conformément à cette doctrine, l’espace libanais n’est qu’une simple pièce du grand puzzle que constitue le nouvel empire perse que le régime des « mollahs » tente de repositionner sur l’échiquier régional et qui englobe, entre autres, la Syrie et l’Irak, sans oublier le Bahreïn, une partie du Yémen, et bien entendu le Liban. Soit... Mais auquel cas, nul ne pourrait alors reprocher aux Libanais, plus précisément aux factions libanistes et souverainistes, d’agir en conséquence en constatant que le pays est otage d’un parti – ou plutôt du directoire de ce parti, et non pas de ses membres – qui
affiche une étiquette libanaise mais qui, en réalité, exploite une telle étiquette pour disposer du pays à sa guise afin de servir un projet géopolitique qui n’a rien de libanais et qui, de surcroît, entraîne toute une communauté et l’ensemble du pays dans des sables mouvants destructeurs. Le discours prononcé le week-end dernier en Uruguay par le président Michel Sleiman ne fait que dénoncer, en langage diplomatique, cette politique du fait accompli.
Que le directoire du Hezbollah s’engage de la sorte sur les voies explosives du nouvel empire perse, cela n’est pas surprenant. Mais qu’une faction qui fut jadis à l’avant-garde du courant libaniste et souverainiste avalise et assure une couverture nationale à un tel projet guerrier, cela est beaucoup moins compréhensible. Et surtout inacceptable...


Analyse objective qui prouve encore une fois que le Liban est malheureusement dépendant des vents politiques de la région et il est clair aussi à travers cet historique qu' il suffit d 'une fraction pour monopoliser la politique du pays et faire tout sauter au nom de toutes les confessions . Antoine Sabbagha
06 h 24, le 09 octobre 2012