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Culture

Les pinceaux « sauvages » de Carla Koulajian

Rencontre Presque un quart de siècle de peinture pour une jeune femme de quarante-neuf ans à l’allure pourtant de lycéenne. De Beyrouth à Los Angeles, Carla Koulajian parle avec retenue et volubilité, curieux paradoxe, de ses toiles.
31/08/2012
«Une peinture sauvage», dit-elle avec un charmant sourire carnassier, en faisant le geste félin d’une griffe avec les mains.
Parmi les vacanciers sur la côte (eh oui des vacanciers venus de l’étranger, il y en a quand même, malgré cet été «chaud» et troublé du pays du Cèdre!), entre plages et soleil, Carla Koulajian promène non seulement un regard de maman et d’épouse éprise de farniente, mais aussi un regard d’artiste. Un regard vigilant, critique, gourmand et réceptif à faire feu de tout bois... Et surtout à alimenter pinceaux, brosse, palette et tubes à couleurs pour habiter ses toiles.
De Los Angeles où elle vit depuis un bout de temps et où elle expose entre New York, Santa Monica et la Californie, la corde patriotique n’a pas pour autant cessé de vibrer.
Du moins dans l’éclatement des couleurs intenses, électriques, veloutées, phosphorescentes ou simplement blanc laiteux d’un ciel d’Orient presque fatigué de la permanence de son azur immuable. Immuable dans sa chaleur vive et sa luminosité à faire toujours ciller les yeux.
On retrouve aujourd’hui une jeune femme qui parle de ses toiles toujours avec passion et distance à la fois. Comme si elle se défendait d’en vouloir trop dire d’un monde qu’elle crée, qui la révèle à elle-même et aux autres et qui s’affirme loin d’elle, en toute indépendance et fougue.
En soulignant toutefois que son monde de couleurs et de lignes, agité, foisonnant et libre, mélange d’abstractions et d’expressionnisme, est «l’expression d’une peinture sauvage»... On la croit sur parole. Surtout quand on sait que certaines de ses toiles, dans le brouillis et la fièvre éruptive de ses huiles et tracés emmêlés, ont pour titres Journées sauvages ou Cité sauvage...
Ses premières toiles ont eu pour cadre le 19e Salon d’automne du Musée Sursock (c’était en 1996) et des galeries beyrouthines telles, entre autres, Rochane et Épreuve d’artiste.
De sages portraits ou natures mortes, Carla Koulajian a glissé, grâce aux conseils de ses mentors de l’Arts Students League de New York où elle a entamé en 1986 des études en beaux-arts, après avoir obtenu un diplôme d’environmental designer de la Parsons School of designer à New York, vers un monde plus délié et plus déluré. On serait même tenté de dire plus délirant.
Des conseils qui vont faire éclater son talent de peintre dans une école qui vit défiler la fine fleur de la peinture américaine moderne, c’est-à-dire Georgia o’ Keefe, Robert Rauschenberg, Norman Rockwell, Mark Rothko, Roy Lichtenstein, Cy Twombly...
Alors sa palette et sa vision picturale se sont transformées pour devenir ce magma houleux, sous influence américaine, d’un univers abstrait où l’expressionnisme, dans ses pics violents et presque agressifs, a toutes les nervosités, toutes les embardées et tous les débordements. Surtout le débordement de couleurs. Couleurs chaudes et audacieuses.
Des orange les plus improbables au vert des forêts d’une profondeur vertigineuse, en passant par un rouge sang de bœuf strié d’un bleu gris rêveur, les tonalités les plus corsées et les plus drues s’agencent en une harmonie dissonante, menant allègrement et tapageusement le bal... Comme une réponse impertinente et un écho aigu à la stridence de la vie contemporaine.

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SAKR LEBNAN

Jeune ayant pratiqué la peinture, dans mes moments de loisirs, des tableaux aux pinceaux "ivres", dans ma collection pourtant bien garnie, il n'y en a AUCUN ! Je les hais, les tableaux aux formes IVRES bien sûr !

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