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Nos lecteurs ont la parole

Les médias au Liban cultivent-ils notre civilité ?*

Par Josiane EL-KHOURY

Au nom de la transparence, des médias ravagent l’éthique et, au nom de l’objectivité, ils servent de tribune pour la pollution des esprits, la diffusion de la vulgarité.
Des germes d’action positive ont existé, mais rares persistent. Notons les efforts des médias de vulgariser et semer la culture civique et les droits de l’homme à travers des programmes télévisés tel que el-Shâter Yehki (LBC), Sanabilû el-Birr (al-Manar), les spots de sensibilisation publique, la série Hya Madina (Future TV), les spots de la WWW (World Fund), les épisodes quotidiens sur Tourâs à Télé Liban, des suppléments de journaux (Hûqûq al-Nâss, an-Nahar, 37 n°, 1995-1998), des rubriques dans les journaux telles La ligne 19, Bi’at wa Tûrath dans an-Nahar, et Nahnû Ma‘ak de as-Safir, des rubriques « Tels sont vos droits »...
Pour arriver au degré de civilité dans l’ambiance régnante et pour que le Libanais puisse faire face aux défis de la démocratie et aux changements dans les pays de la région, il faudrait redoubler d’effort et instaurer une politique éducative qui table sur la civilité.
Nous avons analysé dans la presse écrite, Huqûq an-Nâs et Bi’at wa Turâth de an-Nahar, Tels sont vos droits de Magazine, L’Orient-Le Jour, Sawn el-Adâla, al-Massîra, al-Afkar... En matière de télévision, al-Shâter Yehki (LBC), Sanâbilu el-Birr (al-Manar), Marâya (MTV), Sîrî win Fatahit (Future TV), Jadal (MTV), Kalâm an-Nâs (LBC), al-Istihqâq (Future TV), Sijâl (NBN), Tahqîq (MTV), Nhârkum Said (LBC), des spots de sensibilisation publique (Future TV)...
L’analyse de contenu a été complétée par des entrevues avec des informateurs-clés de chaque secteur concerné (Simon Asmar, Zaven Kouyoumjian, Hiam Abou Chédid, Claude Abou Nader Hindi, Gracia Breidi, Jeanane Mallat, Rania Zbib, Élias Salam, Michel Meaiki, Georges Kehde...). J’ai eu la chance de m’entretenir autour de mon sujet avec Saïd Ghorayeb (NBN), les députés Gebran Tuéni et Ghassan Moukheiber, la ministre Nayla Moawad, et 13 autres spécialistes de médias et acteurs de la société libanaise.

Le sens du public
C’est quand la situation est désespérante qu’on a besoin de gens qui espèrent. Nous ne partons pas de zéro. Au contraire, dans le cadre arabe en général, nous demeurons à l’avant-garde.
Comment expliquer la régression actuelle, surtout que la plupart des programmes télévisés et des rubriques de presse, qui revendiquent la défense des droits de l’homme, ont disparu ? Les lois sont instrumentalisées, le politique n’est plus politique, le citoyen ne sait plus ce qu’est le droit, et presque tout est confessionnalisé.
Le printemps arabe, les combats pour la liberté impliquent que les Libanais reprennent le flambeau de la défense des droits de l’homme et de la liberté, avec un besoin crucial de dénoncer et d’annoncer. Face au courage des peuples arabes qui défient la machine de guerre, il est immoral de vivre la mollesse, le manque de prise de position, la décadence.
Je relève surtout la dose de culture civique de al-Shâter Yehki, qui montrait aux téléspectateurs que le problème existe, les mettait en contact avec des spécialistes du domaine qui expliquent le pourquoi, et surtout proposent des aménagements pour la solution. Le programme assurait lien entre les téléspectateurs et les instances publiques.
En outre, les droits économiques et sociaux n’ont pas souvent les faveurs des médias qu’il s’agisse de la presse écrite, de la radio ou de la télévision. Au Liban, cette information est modeste, bien qu’elle soit primordiale.

Polémique et banalisation
Quant à la couverture médiatique des activités de l’ONG, on est parfois amené à penser que c’est une couverture de personnalités et non de l’organisation.
On suscite des polémiques de toutes pièces, avec manipulation et banalisation des références nationales les plus élémentaires. Même des émissions qui, en apparence, dénoncent la corruption, situent les scandales financiers dans un enjeu de pouvoir et de compétition entre politiciens, au lieu de cibler l’investigation sur les effets du détournement de fonds sur la qualité de vie au quotidien des citoyens.
Des sujets soulevés par les médias sont occasionnels ou encore saisonniers, mais le pire est souvent l’absence de suivi. Il ne suffit pas, en hiver, de montrer les routes inondées ou, en été, d’amplifier l’image des routes crevassées en milieu de chemin. Le journaliste clôture par : mîn al-mas’ûl, qui est responsable ? On ne dit pas qui est responsable ! C’est toujours l’État, concept fort diffus. C’est la mentalité contestataire, alors que la citoyenneté est action, citizen power.

 

***

 

Une pollution médiatique télévisée est devenue la pire des pollutions. Il s’agit de restaurer les esprits devenus sans boussole, sans repère, dans un nouveau totalitarisme version XXIe siècle.
Le journaliste, surtout celui des médias télévisés, dit qu’il rapporte des déclarations, couvre des faits. Mais le journaliste, observateur et témoin, est de plus en plus appelé à être un témoin lucide, prudent, impliqué dans la société civile, et engagé dans la mobilisation pour le bien commun.

*Le texte est un extrait d’une thèse de l’auteur en sociologie de la communication : « Contribution des médias à la culture des droits de l’homme », 1995, 2011, dir. A. Messarra, USEK, juillet 2012.

Au nom de la transparence, des médias ravagent l’éthique et, au nom de l’objectivité, ils servent de tribune pour la pollution des esprits, la diffusion de la vulgarité.Des germes d’action positive ont existé, mais rares persistent. Notons les efforts des médias de vulgariser et semer la culture civique et les droits de l’homme à travers des programmes télévisés tel que el-Shâter Yehki (LBC), Sanabilû el-Birr (al-Manar), les spots de sensibilisation publique, la série Hya Madina (Future TV), les spots de la WWW (World Fund), les épisodes quotidiens sur Tourâs à Télé Liban, des suppléments de journaux (Hûqûq al-Nâss, an-Nahar, 37 n°, 1995-1998), des rubriques dans les journaux telles La ligne 19, Bi’at wa Tûrath dans an-Nahar, et Nahnû Ma‘ak de as-Safir, des rubriques « Tels sont vos droits »......
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