Le président égyptien Mohamed Morsi a créé la surprise en limogeant de hauts responsables militaires dimanche 12 août 2012. AFP
Le président égyptien Mohamed Morsi apparaissait lundi en position de force après avoir écarté le puissant ministre de la Défense et chef de l'armée, le maréchal Hussein Tantaoui, et annulé les larges prérogatives politiques dont bénéficiaient les militaires. Consolidant sa position, M. Morsi, élu en juin, s'est s'attribué le pouvoir législatif et nommé un vice-président, le juge Mahmoud Mekki, deuxième personne à occuper ce poste en plus de 30 ans.
En soirée, les Etats-Unis ont appelé les militaires et le gouvernement à travailler ensemble, en disant espérer que "l'annonce du président Morsi serve les intérêts du peuple égyptien".
"Nous allons continuer à travailler avec les dirigeants civils et militaires de l'Egypte pour avancer sur les différents points qui nous intéressent", a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche.
Le Pentagone a indiqué pour sa part qu'il comptait poursuivre son étroit "partenariat" avec l'armée. Les Etats-Unis accordent une aide annuelle militaire d'environ 1,3 milliard de dollars à l'Egypte, allié-clé de Washington au Moyen-Orient.
La Bourse du Caire a de son côté réagi à ces annonces par une hausse de 1,5% de l'indice de référence EGX-30. "Les annonces de M. Morsi sont perçues comme pouvant favoriser la stabilité du pays", estime l'analyste financier Moustafa Badra.
Pour la presse égyptienne, les décisions du président, annoncées à la surprise générale dimanche, sont pas moins que "révolutionnaires".
"Morsi met fin au pouvoir du Conseil suprême des forces armées" (CSFA) dirigé par le maréchal Tantaoui, avec qui M. Morsi était engagé dans une difficile cohabitation au sommet de l'Etat, pouvait-on lire dans les colonnes d'al-Chorouq.
Pour ce quotidien indépendant, les mesures constitutionnelles annoncées par le président, notamment la prise du pouvoir législatif par le président qui détient déjà l'exécutif, lui donnent "des prérogatives plus importantes que celles de (Hosni) Moubarak", déchu l'an dernier sous la pression d'une révolte populaire.
Dans ce contexte, certains médias s'inquiétaient de voir M. Morsi, issu des Frères musulmans, concentrer désormais d'énormes pouvoirs entre ses mains.
"Les Frères officiellement au pouvoir", titrait le journal indépendant al-Watan, tandis qu'un hebdomadaire proche de certains cercles militaires, al-Ousboua, dénonçait "la dictature des Frères".
M. Morsi a de fait mis fin à la tutelle que lui imposait le CSFA, qui s'était, dans la foulée de la dissolution de l'Assemblée dominée par les islamistes, octroyé en juin le pouvoir législatif, limitant considérablement la marge de manœuvre du président élu au même moment. Le chef de l'Etat a également récupéré à son compte la possibilité de former une nouvelle commission chargée de rédiger la Constitution, en cas de blocage des travaux de la commission actuelle.
Outre la mise en retraite de M. Tantaoui, 76 ans, et du "numéro deux" du CSFA, le général Sami Anan, M. Morsi a fait sortir du haut conseil militaire les chefs de la marine, de l'aviation et de la défense aérienne, pour leur confier des postes élevés dans le secteur public.
Le chef de la marine, le vice-amiral Mohab Mamish, prend ainsi la direction de l'organisme chargé du canal de Suez, une des premières sources de revenus du pays.
Certains commentateurs s'interrogeaient sur la facilité apparente avec laquelle M. Morsi s'était débarrassé du sommet de la hiérarchie militaire, alors que beaucoup s'attendaient à une longue guerre d'usure entre le président et les généraux.
"Cela montre que Tantaoui et Anan n'étaient en fait pas si puissants que cela et que le CSFA était un tigre de papier. Les faire partir aura finalement été plus facile qu'éteindre une cigarette", estime un analyste en vue Ibrahim Eissa dans le journal al-Tahrir.
Un autre membre du CSFA, le général Abdel Fattah al-Sissi, chef du renseignement militaire, a accepté de devenir ministre de la Défense à la place du vieux maréchal, à ce poste pendant 20 ans sous M. Moubarak.
Un responsable militaire a fait savoir dimanche soir, dans un commentaire à l'agence officielle Mena, que "ce qui s'est fait l'a été en coordination et après des consultations avec les forces armées", et a démenti toute "rumeur de réactions négatives" au sein de l'appareil militaire.
En Israël, le limogeage des responsables militaires égyptiens suscitait l'inquiétude, responsables politiques et éditorialistes craignant les conséquences militaires et politiques de ce "séisme".
"Il est prématuré de faire des évaluations car tout est en devenir en Egypte, mais nous suivons de très près et avec quelque inquiétude ce qui s'y passe", a affirmé à l'AFP un responsable gouvernemental sous couvert de l'anonymat.
"La coopération militaire est plus nécessaire que jamais pour rétablir l'ordre à la frontière et dans le Sinaï. La nouvelle hiérarchie militaire égyptienne le sait mais la question est de savoir ce que veulent les dirigeants égyptiens", a-t-il souligné.
Selon lui, "cette question est sans réponse, car le nouveau gouvernement égyptien refuse tout contact avec Israël. C'est inquiétant, car l'absence de canaux de discussions pourrait avoir un impact très négatif dans le volet palestinien, où l'Egypte a toujours joué un rôle primordial".
Pour Alex Fishman, expert des questions de défense du quotidien Yédiot Aharonot à gros tirage, la nouvelle donne en Egypte est "un séisme, dangereux pour Israël", tandis que le quotidien populaire Maariv y voit "une purge qui n'est pas de bon augure pour Israël".
Maariv souligne également que le nouveau ministre égyptien de la Défense "est très familier des responsables israéliens de la sécurité", notamment de son homologue Ehud Barak et de Yitzhak Molcho, émissaire spécial du Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Shaoul Mofaz, chef de l'opposition et dirigeant du parti centriste Kadima, a estimé sur la radio militaire que "l'intérêt d'Israël, en cette période de changements en Egypte, est de préserver le traité de paix (de 1979) et de déployer des efforts énormes pour coopérer avec ce pays dans les domaines de l'économie, de la sécurité et du renseignement".
M. Morsi, formellement investi le 30 juin, est le premier civil à accéder à la magistrature suprême dans un pays où tous les chefs d'Etat sont venus de l'armée depuis le renversement de la monarchie en 1952.
En soirée, les Etats-Unis ont appelé les militaires et le gouvernement à travailler ensemble, en disant espérer que "l'annonce du président Morsi serve les intérêts du peuple égyptien"."Nous allons continuer à travailler avec les dirigeants civils et militaires de l'Egypte pour avancer sur les différents points qui nous intéressent", a déclaré le...


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09 h 00, le 13 août 2012