C’est aux cris d’Allah Akbar que des membres de l’ASL s’entraînent au combat à Sarmada, près d’Idleb. Abdo/Reuters
Les diplomates ont précisé qu’il s’agissait de faire pression sur les deux parties en conflit, pouvoir et opposition, mais en priorité sur le gouvernement syrien. Ils ont fait valoir que c’est Kofi Annan lui-même qui a demandé au Conseil de faire monter la pression après 16 mois de crise. « Nous devons donner à M. Annan les moyens de faire pression sur les parties afin que dans les jours qui viennent les parties, notamment le gouvernement syrien, mettent enfin en œuvre » leurs engagements, a ajouté M. Araud.
Il a en outre jugé insuffisant le projet de résolution déposé séparément par la Russie, expliquant qu’il « ne donne pas à M. Annan les moyens d’agir ». Ce projet de résolution russe est « en deçà » des attentes de la communauté internationale, avait déploré plus tôt le ministère français des Affaires étrangères. La Russie a soumis à ses 14 partenaires du Conseil un texte qui prolonge de trois mois le mandat de la Mission de l’ONU en Syrie (Misnus) mais n’évoque pas la menace de sanctions. Interrogé à ce propos, le représentant adjoint russe Igor Pankine a affirmé que le chapitre VII, qui prévoit la possibilité de sanctions pour forcer un pays à appliquer une résolution, « est le dernier recours et n’est pas un instrument très efficace dans beaucoup de cas ».
Annan
Parallèlement, Kofi Annan a indiqué que le Conseil de sécurité « discutait des prochaines actions qu’il pourrait décider » au sujet de la Syrie au sortir d’une vidéoconférence avec le Conseil. L’émissaire spécial a précisé que le président syrien lui « a proposé un nom » pour représenter le pouvoir dans des discussions avec l’opposition comme le prévoit son plan en six points. « J’ai répondu que je veux avoir des informations sur cette personne », a précisé l’émissaire.
M. Annan a en outre informé le Conseil de sa mission qu’il vient de mener à Damas, Téhéran et Bagdad en début de semaine ; précisant que l’Iran et l’Irak « continuaient à soutenir son plan et qu’ils soutenaient l’idée d’une transition politique ».
Plus tôt dans la journée, les responsables iraniens avaient affirmé à M. Annan que le « contrôle des frontières syriennes pour empêcher la contrebande d’armes » destinées aux rebelles était le « principal problème ». Mais les États-Unis ont rejeté l’idée selon laquelle l’Iran aurait un rôle constructif à jouer, le porte-parole de la Maison-Blanche indiquant que l’implication de Téhéran dans la crise n’avait été jusqu’à présent « ni productive ni salutaire ».
Critiques de l’opposition
Par ailleurs, l’opposition en exil et les militants syriens sur le terrain ont jeté l’opprobre sur Kofi Annan, l’accusant de mettre sur le même plan bourreaux et victimes et de chercher à amadouer l’Iran malgré son soutien indéfectible au président Assad. « Les gens sont en colère. C’est clair que cet émissaire est partial. Qu’a-t-il présenté ? Rien que du sang », assure ainsi Bachar al-Haraki, membre du Conseil national syrien (CNS). « Nous avons été frappés de stupeur quand il a proposé de faire participer l’Iran, qui est complice des meurtres (du régime). Depuis le début de la révolte, ce pays a envoyé des experts pour surveiller les communications, puis des combattants », s’insurge-t-il. Mais ce qui a mis le feu aux poudres est la déclaration de l’émissaire lundi à Damas, lorsqu’il a annoncé après avoir rencontré M. Assad : « Nous nous sommes mis d’accord sur une approche que je vais partager avec l’opposition armée. » « Il parle de l’opposition armée alors que c’est ce régime mafieux qui attaque la population », assure un opposant de la région de Damas qui se présente sous le nom d’Ahmad al-Khatib. « Nous sommes descendus dans la rue avec des rameaux d’olivier et des fleurs, mais la réalité sur le terrain nous a obligés à prendre les armes. C’est impossible de demander au peuple de rendre les armes », ajoute-t-il.
Violences
Sur le terrain, en dépit de la multiplication des initiatives diplomatiques, les violences ne faiblissent pas, faisant encore au moins 52 morts à travers le pays – 23 civils, 18 soldats et 11 rebelles –, après 82 tués la veille, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Des accrochages ont opposé à l’aube dans le quartier de Qadam à Damas soldats et rebelles, selon l’OSDH, et à Alep de fortes explosions ont été entendues. L’agence officielle SANA a par ailleurs annoncé le remplacement de cinq gouverneurs, dont ceux de Homs et de Deir ez-Zor.
Dans le même temps, le régime a poursuivi ses bombardements contre la ville rebelle de Rastane, dans la province de Homs. Une vidéo amateur postée sur YouTube montre le marché de la ville quasiment détruit. Les habitants continuaient néanmoins à acheter des légumes auprès des commerçants. « C’est un défi contre la destruction », a assuré le journaliste-citoyen ayant tourné ces images.
Par ailleurs, un homme d’affaires et opposant, Mohammad Bassam al-Malek, a été placé en détention, a affirmé le militant des droits de l’homme Anouar al-Bouni. M. Malek, l’un des dirigeants du Comité de coordination pour le changement national et démocratique (CCCND), toléré par le régime, est accusé d’« incitation à la désobéissance civile en raison de son rôle dans la grève des commerçants en mai pour protester contre le massacre de Houla », a-t-il précisé.
Enfin, les autorités ont relâchés 275 prisonniers, qui avaient participé aux manifestations antirégime et qui étaient détenus à Damas.
(Sources : agences
et rédaction)



Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine