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Moyen Orient et Monde - Diplomatie

« La France, c’est Hugo, l’esprit révolutionnaire et la soupe à l’oignon... »

Tapis rouge à Paris pour l’icône birmane Aung San Suu Kyi, qui demande aux entreprises étrangères d’investir dans son pays ; Hollande invite le président Thein Sein en France.

Photo Fred Dufour / AFP

Arrivée de Londres, l’icône de la démocratie birmane Aung San Suu Kyi a entamé hier à Paris une visite de trois jours, pour la dernière étape d’une tournée européenne triomphale.
Accueillie par le ministre délégué au Développement Pascal Canfin, la « Dame de Rangoun », souriante et vêtue de vert pâle, gris et blanc, des fleurs jaunes dans les cheveux, a été accueillie à l’Élysée par François Hollande. Après un entretien, Mme Suu Kyi et M. Hollande ont tenu une conférence de presse commune puis ont eu un dîner avec plusieurs invités, dont les Prix Nobel Françoise Barré-Sinoussi (médecine) et Gao Xingjian (littérature), le nouveau président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, et plusieurs ministres.


« Aung San Suu Kyi est reçue avec les formes dues à son histoire, passée et présente », a expliqué un diplomate français. La France a effectivement déroulé le tapis rouge pour le Prix Nobel de la paix, accueilli selon un protocole habituellement réservé aux chefs d’État, et veut renouveler, à travers cette visite, son soutien à l’opposante, mais aussi dire sa disponibilité et celle de ses entreprises pour participer à la reconstruction d’un pays malmené par des décennies de dictature militaire. « Sa visite est un signal fort de reconnaissance pour l’ensemble du pays, qui l’a soutenue depuis plus de vingt ans, quelle que soit la majorité au pouvoir à Paris. (...) Le président Hollande s’est engagé personnellement à ses côtés, il est très heureux de la recevoir », dit-on à Paris.


On souligne aussi, de source diplomatique, que « la Birmanie est un pays qui change » et que Paris veut envoyer « un message de confiance dans l’avenir », en dépit de récentes flambées de violences dans certaines régions de l’Ouest et du Nord. « Notre démarche, c’est d’encourager les entreprises (à investir) dans les différents secteurs importants pour la population (santé, agriculture) », explique ainsi cette source, relevant aussi le besoin crucial d’une « politique énergétique » en Birmanie. À cet égard, Paris justifie pleinement la présence du pétrolier Total – présent en Birmanie depuis 1992 et critiqué dans le passé par des ONG reprochant au groupe français d’enrichir la junte –, rappelant que Mme Suu Kyi elle-même avait récemment « relevé que Total était une entreprise “responsable” ».

Total
Le président François Hollande a d’ailleurs assuré hier que la compagnie pétrolière Total respectait les normes en matière d’environnement et de travail en Birmanie et a promis à Aung San Suu Kyi d’intervenir directement auprès de la compagnie en cas de manquement. « Aujourd’hui, il y a de la part de cette entreprise des pratiques qui ont changé et qui sont respectueuses d’abord des droits de l’homme, et qui doivent aussi respecter les normes environnementales et les normes sociales », a jugé M. Hollande devant la presse. « Mme Aung San Suu Kyi a eu des rencontres avec les dirigeants de Total et nous-mêmes, à chaque fois que nous avons à poser des principes, nous veillons à ce qu’ils soient respectés, ça vaut pour toutes les entreprises et notamment Total, et c’est le cas aujourd’hui en Birmanie (...) S’il advenait qu’il n’y ait pas ce respect, Mme Aung San Suu Kyi pourra à tout moment me joindre pour que nous puissions y mettre bon ordre », a assuré le chef de l’État français.


« En ce qui concerne Total, je sais qu’il y a eu de nombreuses accusations, mais je ne veux pas rester prisonnière du passé. Nous devons regarder vers l’avenir (...). Total a fait des efforts pour accorder des compensations suffisantes à ceux qui ont été déplacés par le gazoduc et essaie de faire ce qu’il peut pour ses employés », a renchéri Aung San Suu Kyi ; « nous voulons donner à tous l’occasion d’investir » en Birmanie.


La France est même allée, dans son désir d’accompagner la transition en Birmanie, jusqu’à inviter son président l’ancien général Thein Sein, comme l’a fait la Grande-Bretagne il y a quelques jours. François Hollande a en effet indiqué hier qu’il était prêt à accueillir en France le président birman « s’il veut venir », à l’issue d’un entretien à l’Élysée avec Aung San Suu Kyi. « Nous soutenons tous les efforts qui peuvent être engagés pour la réussite de cette transition. La France doit être au service de la démocratie, tout ce qui peut être fait pour appuyer ou parfois faire pression sera fait », a affirmé le chef de l’État.


Bien que la communauté birmane ne soit estimée qu’à quelques centaines de personnes en France, ce pays reste celui « des droits de l’homme (...) un symbole dans le cœur des Birmans », a dit Pierre Martial, président de l’association France Aung San Suu Kyi, qui souhaite que Paris « s’engage très concrètement dans l’aide à la société civile birmane ».

Tout Simenon
Aung San Suu Kyi avait entamé le 13 juin en Suisse une tournée en Europe, où elle n’avait pas mis les pieds depuis 1988. Cette année-là, elle était rentrée dans son pays pour se rendre au chevet de sa mère malade et ne l’avait plus quitté, rapidement placée en résidence surveillée par la junte. Le 16 juin à Oslo, elle a prononcé son discours d’acceptation du prix Nobel de la paix, 21 ans après avoir reçu la distinction. La lauréate a alors appelé à la réconciliation nationale, à la libération de tous les prisonniers politiques, et réitéré son « optimisme prudent » dans la transition politique en Birmanie.


Aung San Suu Kyi, qui assure « lire quelques mots de français chaque jour », a reçu comme cadeau de la part du président toute l’œuvre de Georges Simenon, ainsi qu’une colombe de la paix du sculpteur Étienne, en baccarat et dédicacée par le président. En retour, elle a offert à ce dernier une peinture représentant un paysage birman. « Pour moi, la France, c’est Victor Hugo, l’esprit révolutionnaire et... la soupe à l’oignon », a confié Mme Suu Kyi.

Arrivée de Londres, l’icône de la démocratie birmane Aung San Suu Kyi a entamé hier à Paris une visite de trois jours, pour la dernière étape d’une tournée européenne triomphale.Accueillie par le ministre délégué au Développement Pascal Canfin, la « Dame de Rangoun », souriante et vêtue de vert pâle, gris et blanc, des fleurs jaunes dans les cheveux, a été accueillie à l’Élysée par François Hollande. Après un entretien, Mme Suu Kyi et M. Hollande ont tenu une conférence de presse commune puis ont eu un dîner avec plusieurs invités, dont les Prix Nobel Françoise Barré-Sinoussi (médecine) et Gao Xingjian (littérature), le nouveau président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, et plusieurs ministres.
« Aung San Suu Kyi est reçue avec les formes dues à son histoire, passée et...
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