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De l’importance de l’expérience égyptienne

Le second tour de l’élection présidentielle en Égypte aura lieu le week-end prochain, les 16 et 17 juin. L’opinion libanaise ne suit pas avec grand intérêt cette échéance cruciale ni les débats, souvent fiévreux, qui l’accompagnent. Par manque d’habitude, vraisemblablement. Tel a été d’ailleurs le cas, aussi, des scrutins organisés récemment dans d’autres pays de la région, plus particulièrement ceux qui ont été touchés par le printemps arabe, à l’instar, notamment, de la Tunisie.

 

C’est que depuis des décennies, plus précisément depuis près d’un demi-siècle, la notion d’« élections » dans ces pays se réduisait à une simple gesticulation politico-médiatique orchestrée par le clan au pouvoir. Le régime syrien, à titre d’exemple, était passé maître dans la création, l’exploitation et la manipulation de tout un arsenal de mesures répressives visant à annihiler toute vie politique, partisane et syndicale dans son pays. Cette destruction systématique de l’espace politique public ne s’est pas limitée à la seule Syrie. Elle a été l’apanage de tous les pouvoirs autocratiques (à caractère clanique) du Moyen-Orient depuis les années 60.


En ayant ainsi à l’esprit les fondements sur lesquels reposait l’ordre arabe qui s’est effondré l’an dernier et cette année sous les coups de boutoir des soulèvements populaires, on ne peut qu’apprécier à leur juste valeur les circonstances dans lesquelles se déroule aujourd’hui la bataille présidentielle en Égypte. Cela pourrait paraître très banal aux yeux des Libanais et de l’opinion occidentale, mais les Égyptiens, eux, et les autres populations arabes d’une manière générale, n’étaient pas habitués à voter réellement, à avoir leur mot à dire dans la vie politique à la faveur d’un scrutin véritablement multipartite, mettant en jeu plusieurs candidats. Deux de ces candidats – ayant obtenu, de surcroît, des scores très rapprochés (25 et 24 pour cent) – demeurent en lice pour un second tour dont l’issue est incertaine.


Indice particulièrement significatif : les deux challengers pour ce second tour de la présidentielle égyptienne représentent l’un le courant islamiste en Égypte (Mohammad Morsi) et le second (Ahmad Chafiq) le courant « civil ». La vive polémique qui les oppose depuis quelques jours est caractéristique du vaste débat existentiel qui secoue la société égyptienne depuis la révolution de janvier 2011 qui a provoqué la chute du régime de Hosni Moubarak. L’Égypte est en effet le théâtre d’un brassage d’idées reflétant un large éventail de courants politiques qui peuvent être classifiés, en schématisant, en deux camps, islamiste et civil, avec en filigrane les enjeux de la révolution de janvier et, évidemment, le rôle crucial du Conseil militaire.


Ce débat fondateur ne s’est pas limité à la seule élection présidentielle, mais il a surtout éclaté aussi au grand jour à l’occasion de la formation de l’Assemblée constituante chargée de plancher sur le texte de la nouvelle Constitution égyptienne.


Le fait le plus marquant du scrutin présidentiel et des circonstances qui ont entouré la mise sur pied de l’Assemblée constituante est le rôle de premier plan joué dans ce contexte par les factions libérales et laïcisantes, d’une part, ainsi que par les coptes et les autres communautés chrétiennes, d’autre part. Nombreux sont les analystes et observateurs qui ont ainsi relevé que l’électorat copte est pour beaucoup dans la qualification d’Ahmad Chafiq pour le second tour, et d’aucuns spéculent déjà sur le poids qu’aura cet électorat copte, et chrétien en général, lors du scrutin de ce week-end.

 

De telles estimations n’étaient nullement envisageables au cours des dernières décennies. Cette participation active copte et chrétienne à la vie politique en Égypte s’est traduite également par la représentation directe de ces communautés au sein de l’Assemblée constituante de la Constitution, au même titre qu’al-Azhar. La composition de cette Assemblée illustre d’ailleurs très clairement la mosaïque égyptienne ainsi que toute la dimension du débat en cours en Égypte : au terme de fiévreuses discussions et d’intenses tractations, il a été convenu que l’instance sera formée à 50 pour cent de représentants des différents courants et partis islamistes (largement majoritaires au Parlement) et à 50 pour cent de représentants des partis et courants « civils » et de la société civile, dont notamment les communautés chrétiennes et les organisations syndicales et professionnelles, la représentation de ces différentes composantes se faisant sur base d’un quota bien précis convenu entre toutes les parties concernées.


Est-ce à dire que l’Égypte s’est résolument et irrémédiablement engagée sur la voie de la démocratie ? Rien n’est moins sûr. La partie est loin d’être gagnée sur ce plan. La tentation totalitaire demeure un véritable danger. Fort de sa nette victoire aux élections législatives, le parti des Frères musulmans a montré ces dernières semaines des signes peu encourageants à cet égard. Il a ainsi essayé d’imposer son hégémonie sur l’Assemblée constituante. Mais sous l’effet de la vitalité, fondatrice, qui s’est emparée de la société égyptienne ces derniers mois, la tentation totalitaire à laquelle les Frères musulmans semblaient se laisser entraîner a provoqué une levée de boucliers parmi les parties libérales et la société civile, de sorte que les Frères musulmans ont été contraints, sous la pression, de faire marche arrière et d’accepter le principe d’une composition équilibrée de l’Assemblée constituante.


Il reste que, malgré tout, les jeux ne sont pas faits. Loin de là. Mais cette expérience égyptienne – qui a eu également son pendant dans le cas de la Tunisie – démontre un fait d’une importance capitale dans le contexte du printemps arabe : la nécessité impérieuse d’une mobilisation et d’une organisation rationnelle de l’action de toutes les factions libérales et véritablement démocratiques afin de faire échec à toute tentative de substituer les tyrannies du passé par de nouveaux pouvoirs tout aussi autocratiques que les précédents. Cela s’applique non seulement à l’Égypte, mais aussi, entre autres, à la Syrie et la Tunisie où les courants libéraux font bloc également pour juguler l’ardeur des partis qui laissent planer le spectre d’une dictature d’un genre nouveau.


Les actuels modèles égyptien et tunisien – auxquels l’on pourrait ajouter l’Irak, en proie présentement à de vastes manœuvres politiques mettant en jeu le sort du Premier ministre Nour al-Maliki – apportent la preuve que les soulèvements populaires dont la région est le théâtre depuis début 2011 peuvent, réellement, constituer un véritable printemps arabe. Le « degré zéro du politique » est désormais dépassé. À la société civile et aux forces libérales d’assumer aujourd’hui leur rôle ... Et de monter au créneau ... Pour ne pas risquer de passer d’une tyrannie implacable à une autre.

Le second tour de l’élection présidentielle en Égypte aura lieu le week-end prochain, les 16 et 17 juin. L’opinion libanaise ne suit pas avec grand intérêt cette échéance cruciale ni les débats, souvent fiévreux, qui l’accompagnent. Par manque d’habitude, vraisemblablement. Tel a été d’ailleurs le cas, aussi, des scrutins organisés récemment dans d’autres pays de la région, plus particulièrement ceux qui ont été touchés par le printemps arabe, à l’instar, notamment, de la Tunisie.
 
C’est que depuis des décennies, plus précisément depuis près d’un demi-siècle, la notion d’« élections » dans ces pays se réduisait à une simple gesticulation politico-médiatique orchestrée par le clan au pouvoir. Le régime syrien, à titre d’exemple, était passé maître dans la création,...
commentaires (3)

Prions, prions n'est-ce pas ?

Antoine-Serge KARAMAOUN

09 h 37, le 12 juin 2012

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Commentaires (3)

  • Prions, prions n'est-ce pas ?

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    09 h 37, le 12 juin 2012

  • Soyez sûr, Monsieur Touma, que certains les suivent, régulièrement, et avec intérêts mêlés d'expectative. Pour le moment c'est l'inconnu qui y prévaut. Une odeur de "militarisme camouflé" plane quand même, non seulement dans les airs, mais sur les terrains, et se fait sentir partout, dans les manifestations, dans les réunions, dans les discours, et même tout près des urnes. Attendons les résultats et voyons les répercussions avant que de juger. Entretemps, souhaitons le meilleur pour l'Egypte, ce grand Pays Arabe.

    SAKR LEBNAN

    08 h 02, le 12 juin 2012

  • Moult Sains Egyptiens de toute obédience n’en pouvaient plus de tous ces "Malsains" Pseudo-pharaoniens ! Ils ne les piffaient plus ; ââh ya bééé ! Cela suffisait, après toutes ces décennies Funestes passées sous ce joug "filial moukhabarati nasséro-moubarako". Dilemme ! Que faire ? Surgit alors le triptyque typique de "roués retors" si irrésistibles : Ismâïïloulyässîîne, Äâdiloulimââm, sans oublier bien sûr l’indépassable Farîîd Chawki et son holster... fine "vibrisse" comprise ! Tous trois ex-"pseudo-pros"-pseudo-pharaons obligés mais chevronnés qui, n’en pouvant plus aussi de toute la clique "moukhabarati", rejoignirent ces Sains à leur façon pour ainsi dire d’une certaine façon, libérant ainsi un bon bol d’air rafraichi sur la "sentine" de fond de pyramide. Restait à convaincre, faut pas rêver, toute la Masse restant au bord du Nil, ce don à l’Egypte, de pro-"pharaons copto-musulmans Frères ou Laïcs", au choix ! En plus des "ensoutanos-enturbannés Coiniques" et, liste non-exhaustive oblige, style "les fameux ex-chénoûda et l’autre d’alazhar". Ya bèèèchèèè ! Délaissant bien sûr sur les bas côtés, suite à leurs embardées, le résiduel de ces incorrigibles dans l’une des moult Trouées d’une de ces sacrées pyramides ! Mais bon, à bas la désespérance, et que même les Profanes de tous Pays proclament : Inchââäl-llââh, ëèèè-mîîne et en sus, ainsi soit-îîîîl…. Yâ illââh-i !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    04 h 11, le 12 juin 2012

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