De gauche à droite, Pascal Couchepin, Michel Sleiman et François Barras.
François Barras est resté fidèle à ses amis libanais qui passent à New York pour le voir. « Parce qu’il y a une chose qu’il faut comprendre en tant que diplomate, chaque poste que j’occupe devient un peu partie de moi. Je suis un peu mexicain, un peu chinois, un peu émirati, un peu libanais, un peu américain », note-t-il au passage faisant ainsi référence à son parcours au Mexique, en Chine, aux Émirats arabes unis, au Liban, pays où il a été en poste diplomatique, et aux États-Unis. « Un diplomate, c’est plus qu’un touriste ; ce n’est pas un résident permanent. En quatre ans, il a le temps de bien connaître le pays, d’y grandir en l’intégrant dans son vécu. Chaque pays apporte quelque chose sur le plan personnel dans le parcours d’une vie », explique-t-il. Et le regard qu’il jette sur le Liban est tout à fait « personnel ».
Son hobby ? La marche
Qu’a-t-il retenu du pays du Cèdre ? La « convivialité », « l’extraordinaire tradition d’hospitalité », et la « fidélité » des amitiés nouées. « J’entretiens de grandes amitiés que je garde encore. Je me sens plus citoyen qu’ambassadeur », avoue-t-il. « Mais ce qui a été important pour moi, c’est le contact avec la nature, avec la montagne », confie-t-il. « Venant des montagnes suisses, c’est quelque chose que je n’ai pas vraiment à New York. Il y a aussi une très belle nature ici (aux États-Unis) mais il faut aller plus loin. Au Liban, j’ai profité de cette nature. Mon hobby favori est la marche », dit-il. « La marche, c’est l’activité humaine la plus à la mesure de l’homme. Il y a un pas, un rythme. Elle permet d’entretenir le corps mais aussi de rêver, sentir, être attentif à tous les sens », ajoute-t-il.
La découverte du Liban à pied, une expérience grisante ? En égrénant ses souvenirs, le diplomate se laisse aller à la rêverie et à l’émotion. C’est en marchant avec Michel Moufarrège, l’équipe de Liban Treck et avec les Amis de la Suisse au Liban que François Barras a eu « la chance » de découvrir notre pays « aux contours variés et tellement différents ». C’est avec ces derniers qu’il a effectué des marches depuis le Akkar jusqu’au sud du Liban, découvrant « des paysages splendides » tels que : « Kamoua qui se trouve aux confluents du Akkar, le Hermel avec son étendue de magnifiques forêts de sapins ; la vallée très profonde, presque suisse, de Wadi Gehannam ; le versant nord de Kornet el-Saouda aux chutes et cascades impressionnantes au printemps ; les hauts de Batroun, Jbeil, Tannourine, la belle région de Niha, la vallée de la Békaa, la vallée du Awali, le Chouf, Ammik et Saghbine, ainsi que le sud du Liban avec le château de Beaufort et Marjeyoun. Hasbaya est une autre remarquable région jusqu’au sommet où l’on découvre une vue plongeante sur le Golan, la Syrie et alentours. »
C’est lors de ces nombreuses randonnées que l’ambassadeur suisse « a apprécié la différence de végétation au Liban. Parce qu’il y a des zones très différentes depuis le bord de la mer jusqu’à 3 000 mètres d’altitude. Certaines régions sont restées vierges au Liban », dit-il. Ses impressions ? François Barras se souvient de « l’extraordinaire urbanité surtout sur la côte, les paysages variés depuis le nord du pays jusqu’au Chouf – qui est une espèce de Toscane libanaise – en passant par des quasi-déserts et la diversité. Puis il y a aussi cette rencontre très belle et simple avec les gens. Avec des collègues promeneurs, on a le temps de discuter, de parler avec la population des villages que l’on traverse », confie-t-il.
La marche des deux présidents à Wadi Kannoubine
A-t-il consigné ces bons souvenirs dans ses carnets de voyage ? François Barras « garde des traces de souvenirs magnifiques un peu particuliers », comme par exemple la première visite au Liban, en 2008, de l’ancien président de la Confédération suisse, Pascal Couchepin, à l’invitation du président Michel Sleiman. « Les deux présidents ont marché dans la vallée de Qadicha, de Mar Licha jusqu’à Wadi Kannoubine. » Symbolisme ? « Que deux présidents fassent cette marche ensemble dans les hauts lieux du Liban, c’était quelque chose qui m’a marqué. C’est un très beau message pour les Libanais de mettre en avant la nature de leur pays et l’environnement. » Le président suisse reviendra encore au Liban deux ans plus tard à l’invitation de l’ambassadeur Barras au moment où « la nature était en fleurs ». Avec Michel Moufarrège et quelques amis suisses, ils ont « entrepris » une marche de trois jours dans les régions de Kartaba, Hadeth el-Jebbé, visitant Doummar, Mechmech, passant la nuit dans les couvents. C’est au couvent de Mar Antonios Koshaya qu’ils ont dormi à Tannourine. « C’était un magnifique souvenir », savoure-t-il encore.
« Étant moins propice aux balades », la mer ne semble pas avoir laissé sa marque. Le diplomate garde aussi « d’excellents souvenirs des randonnées d’hiver à ski ». À l’instar de la célèbre course suisse, plus connue sous le nom de « Patrouille des glaciers », une randonnée à ski qui va de Zermath à Verbier attirant des centaines de patrouilles militaires et civiles, François Barras a créé avec son collègue, l’ambassadeur suisse en poste à Damas, Jacques de Watterville, et des amis libanais la « Patrouille des cèdres ». La première course à laquelle il a pris part a eu lieu à Faqra.
« Le Liban est aussi un grand livre d’histoire archéologique vivant où l’on découvre des vestiges phéniciens, romains et byzantins, avec leurs monastères et leurs châteaux forts. Il y a plein de choses qui se passent mais c’est un autre domaine ». Que vient-il faire au Liban ? « Je viens me balader et rencontrer des amis », qui lui réserveront une surprise de taille !

