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Vrais enjeux, faux débat

Trois allocutions, trois cérémonies... Mais deux discours politiques de par leur essence aux antipodes l’un de l’autre, reflétant deux états d’esprit, deux perceptions des enjeux locaux et régionaux, deux visions de l’action politique, radicalement différents. Ce week-end de la fête des Martyrs, qui a permis au leader du courant du Futur, Saad Hariri, de monter encore d’un cran dans ses attaques contre Bachar el-Assad, a coïncidé avec l’hommage rendu par Walid Joumblatt aux vétérans du PSP et avec la célébration par le Courant patriotique libre du retour d’exil de Michel Aoun le 7 mai 2005.


Une ébauche rapide et succincte de l’analyse de contenu des interventions respectives des trois leaders illustre clairement le fondement de la bipolarisation qui caractérise l’échiquier libanais et dans laquelle le chef du PSP reprend progressivement la place qui était – qui est – la sienne, dans le sillage de la révolution du Cèdre.
Tout en continuant à afficher une posture « centriste » (à la libanaise) dans le cadre du gouvernement en place, Walid Joumblatt a tenu dimanche à Sofar des propos quatorze-marsistes quant au fond, en ce sens qu’il a prôné l’intégration des armes du Hezbollah sous la seule autorité de l’État, rejetant toute implication de cet arsenal illégal dans le jeu politique interne et réaffirmant en outre l’esprit de la réconciliation de la Montagne initiée en 2001 sous la houlette du patriarche Nasrallah Sfeir. Et comme pour bien marquer son repositionnement de 2005, il a pris soin devant les vétérans du PSP de rendre un hommage marqué aux martyrs des Kataëb, des Forces libanaises et du Parti national libéral tombés durant la funeste guerre de la Montagne du début des années 80, soulignant la nécessité de cicatriser définitivement les plaies du passé et de regarder vers l’avenir.
C’est un discours beaucoup plus radical, quant à la forme, qu’a prononcé de son côté Saad Hariri qui a tenu à placer le meeting populaire organisé, dimanche, par le courant du Futur à la place des Martyrs sous le signe de la ferme solidarité avec la révolution syrienne, n’hésitant pas à qualifier sans détour Bachar el-Assad de « bourreau » et de « boucher ». À l’instar du leader du PSP, mais d’une manière plus explicite et radicale, le chef du courant du Futur a clairement mis en relief les enjeux actuels portant sur le rejet du chantage milicien et de l’utilisation des armes illégales du Hezbollah pour tenter d’imposer un fait accompli politique et d’entraîner le pays sur la voie d’une nouvelle tutelle syrienne par suppôts interposés.


Quant au chef du CPL, il a prononcé, samedi, un discours fleuve, s’étalant pendant près d’une heure et demie sur les moindres petits détails des tiraillements et des manœuvres politiciennes qui l’ont opposé aux composantes du 14 Mars, dès 2005, pour le partage du pouvoir et la répartition des sièges parlementaires à l’Assemblée nationale. Dans une situation normale et à l’ombre d’un équilibre interne et d’une stabilité politico-sécuritaire bien établis, une lutte d’influence pour le contrôle des rouages de l’État serait totalement légitime et compréhensible. Sauf que depuis la révolution du Cèdre, et surtout à l’ombre de la contre-révolution généralisée, lancée sans répit par le tandem syro-iranien afin de remettre en cause les acquis souverainistes de l’intifada de l’indépendance 2005, les enjeux au Liban ne sont pas des enjeux de pouvoir, dans le sens classique du terme, mais ils revêtent plutôt un caractère fondamentalement existentiel.


Des dossiers tels que la politique économique du gouvernement, le redressement des finances publiques, le développement des services étatiques, l’épuration de l’administration et la lutte contre la corruption sont certes vitaux et nécessitent toute l’attention des responsables officiels. Mais ils ne sont pas à la base du clivage national actuel, qui dure depuis 2004, et même bien avant. Ce n’est nullement en raison de divergences de vues sur la politique de santé ou du développement socio-économique, à titre d’exemple, que le tandem Hezbollah-Baas syrien se livre depuis 2005 à l’entreprise de sape systématique visant à saboter la nouvelle donne apparue après le retrait syrien d’avril 2005. La contre-offensive menée par ce tandem s’inscrit dans le cadre de choix stratégiques géopolitiques qui dépassent largement la dimension libanaise et qui s’inscrivent dans le sillage des ambitions régionales de Damas et de Téhéran.
Réduire donc le débat à des considérations internes purement politiciennes, comme l’a fait le chef du CPL, samedi, ou avant lui le député Alain Aoun lors du débat de politique générale à la Chambre, relève de la supercherie. Cela revient à déplacer le débat sur un terrain factice de manière à tromper l’opinion publique et à l’entraîner sur une fausse piste dans le but de banaliser et d’occulter délibérément le véritable enjeu existentiel auquel est confronté le pays. Il suffit pour s’en convaincre de lire attentivement l’ouvrage de référence du cheikh Naïm Kassem sur le Hezbollah ou encore l’interview du député Ali Fayad publiée samedi dans nos colonnes. Il ressort clairement de ces deux documents, surtout celui du cheikh Kassem, que le Hezbollah se comporte sur base d’une stratégie planifiée sur le très long terme, depuis les années 80 du siècle dernier, conformément à un plan établi de manière minutieuse, profondément professionnelle, dans un esprit stratégique (dans le style sioniste, maquillé par une idéologie hybride mêlant l’extrême gauche et l’extrême droite). Et pour réaliser lentement et patiemment son projet, suivant une approche dangereusement pernicieuse, le Hezbollah n’épargne absolument aucun moyen et ne fait montre d’aucun scrupule, mettant en jeu un gigantesque potentiel financier et militaire ainsi qu’une large infrastructure sociale, pédagogique, médicale, médiatique, culturelle et de services publics, le tout alimenté par de vastes réseaux de financement, souvent peu avouables.


Cet ambitieux projet politique, par essence transnational, élaboré par le Hezbollah depuis des décennies, a un label : la « résistance ». Le slogan de la « résistance » est devenu en quelque sorte un « fond de commerce », un réservoir d’oxygène politique, pour le parti chiite. Rien d’étonnant par voie de conséquence que le Hezbollah se soit obstiné au fil des ans, et continue de s’obstiner, à monopoliser la « résistance » contre Israël ou toute stratégie visant à faire face à de possibles desseins israéliens. Mais sous le label de « résistance », c’est tout un projet de société qui est mis sur les rails, ce sont le visage, le rôle, le « message » du Liban qui sont en jeu. C’est dans cette optique que se pose le problème des armes. Affirmer, comme l’a fait le député Ali Fayad dans nos colonnes, que la « résistance » est devenue l’un des paramètres de l’identité libanaise revient à dire que l’arsenal militaire, l’ensemble de l’infrastructure et des réseaux du Hezbollah doivent désormais dicter le tempo de la vie politique libanaise. Ce qui revient à livrer le pays au parti pro-iranien et à imposer son projet transnational à l’ensemble des autres composantes libanaises.
En clair, la question fondamentale qui se pose aujourd’hui aux Libanais est la suivante : souhaitent-ils que leurs enfants vivent au sein d’une société guerrière, engagée dans un bras de fer sans horizon avec l’Occident ? Désirent-ils que le pays du Cèdre tourne la page de sa vocation historique en mettant une croix sur sa tradition d’ouverture sur le monde, pour être ancré au régime des mollahs de Téhéran ? En lisant la littérature politique, officielle, du Hezbollah, il apparaît clairement que tel est le véritable enjeu auquel sont confrontés les Libanais. Et c’est sur ce plan précis que devrait être porté le débat. Tout le reste n’est que balivernes. Et manœuvres de diversion.

Trois allocutions, trois cérémonies... Mais deux discours politiques de par leur essence aux antipodes l’un de l’autre, reflétant deux états d’esprit, deux perceptions des enjeux locaux et régionaux, deux visions de l’action politique, radicalement différents. Ce week-end de la fête des Martyrs, qui a permis au leader du courant du Futur, Saad Hariri, de monter encore d’un cran dans ses attaques contre Bachar el-Assad, a coïncidé avec l’hommage rendu par Walid Joumblatt aux vétérans du PSP et avec la célébration par le Courant patriotique libre du retour d’exil de Michel Aoun le 7 mai 2005.
Une ébauche rapide et succincte de l’analyse de contenu des interventions respectives des trois leaders illustre clairement le fondement de la bipolarisation qui caractérise l’échiquier libanais et dans laquelle le...
commentaires (5)

Dès que l’appartenance religieuse est en jeu, il convient de différencier société laïque et communautarisme.Il nous faut vivre désormais au Liban dans un divorce avec les religions si vraiment on veut vraiment un Etat libre non tribal. Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

06 h 30, le 08 mai 2012

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Commentaires (5)

  • Dès que l’appartenance religieuse est en jeu, il convient de différencier société laïque et communautarisme.Il nous faut vivre désormais au Liban dans un divorce avec les religions si vraiment on veut vraiment un Etat libre non tribal. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    06 h 30, le 08 mai 2012

  • La fin politique des "bossfàRiens-(h)Amèèèrs" se résumera par leur Aveu : que la faction "Fakihdiote" est bien le chef réel de leur "caïmacamïat Comportementale" à deux balles, que le "Putsch" parlementaire est leur réalisation, que l'appui Passif emphatiquement proclamé par leur "Marelle" gouvernementale au peuple Syrien Sain ne signifie en réalité que leur Passivité face à la Contre-"révolution assadique". Ces "orangeries" aigries quitteront incessamment le devant de la scène politique, après avoir brisé leur pouvoir de leurs propres mains "malignes", étant Haïes par les Cédraies Sains, écartées avec Dédain par "les FakihàRiens" dont elles n’étaient que l'instrument, contraintes dans leur "Triste" existence de désavouer même leur propre existence de (h)Amèèères, dépouillées de leur illusoire petite histoire sans aucune réalisation dans leur passé ni aucun espoir d’un quelconque avenir même si encore Amer ! Simples "orangeraies", elles ne sauront se galvaniser qu'en se rappelant leurs "Méfaits" passés et dépassés, espérant puérilement les revivre à nouveau ; les pâmées ! Elles ne pourront s'affirmer qu’en "re-maudissant" ces Sains Cédraies laissant, même en respirant, le plus gros Déficit Moral et politique ! Simples Aigries à la joie "maligne", toutes heureuses de mettre encore sur le dos de leurs héritiers Cédraies Sains leur lourde Dette Morale Compromettante d'Amèèères !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    03 h 52, le 08 mai 2012

  • Monsieur Halim Abou Chacra : MAINMISE !

    SAKR LEBNAN

    03 h 37, le 08 mai 2012

  • Suite. télécommunications, les grands efforts en vue de changer l'identité du Liban, tel que l'avancée immobilière et démographique, dirigée par le Hezbollah, notamment sur les régions chrétiennes du Liban, et certainement par des capitaux iraniens; le projet de l'histoire unifiée et tout récemment le "protocole d'accord dans le domaine de l'éducation et de l'enseignement" entre la République islamique iranienne et le Liban, mis en lumière au cours de la visite au Liban du vice-président iranien Rahimi la semaine dernière; tout, absolument tout ce qu'entreprend le Hezbollah se place dans la perspective et en fonction de son dit projet majeur au Liban. Et comme dit la conclusion de M Touma, "tout le reste n'est que balivernes et manoeuvres de diversion".

    Halim Abou Chacra

    02 h 13, le 08 mai 2012

  • Dans l'idéologie du Hezbollah, formulée par Hassan Nasrallah même (voir video Youtube : HEZBOLLAH'S PLANS IN LEBANON IN HASSAN NSRALLAH'S OWN WORDS), le projet du Hezbollah au Liban démarre -et a bien démarré- à la libération du Sud. Quel est ce projet ? Nasrallah : "Notre projet, auquel nous n'avons aucun autre choix de par notre foi et notre idéologie, c'est le projet de l'Etat islamique et le gouvernement islamique, et que le Liban soit non une République islamique en soi , mais partie intégrante de la grande République islamique, que gouverne le maître du temps et son vice en vérité et droit, al-wali al-faqih, l'imam al-Khomeiny". On voit très clairement qu'il est impossible au Hezbollah que toute action politique et sécuritaire qu'il entreprend, toute initiative à laquelle il procède et tout pas qu'il fait ne soient pas strictement en fonction du but ultra sacré "d'ancrer le Liban au régime de wlayat al-faqih", comme dit M Touma. L'élimination du super obstacle à ce projet, Rafik Hariri, dans laquelle probablement des éléments du Hezbollah (et peut-être des gardiens de la révolution iranienne) sont impliqués, l'exploitation de l'obsession du général Aoun pour Baabda et l'entente avec lui, très précieuse couverture chrétienne, la provocation de la guerre de juillet 2006, la guerre au TSL dont le top est le siège de 18 mois du centre de Beyrouth puis l'invasion de Beyrouth-Ouest le 7 mai 2008, le réseau des......... Continue

    Halim Abou Chacra

    01 h 55, le 08 mai 2012

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