La prise en charge économique est sans doute la plus simple à concevoir et à mettre en place, puisqu’elle consiste à envisager des possibilités d’investissements productifs dans des projets agricoles ou agroalimentaires susceptibles de créer des emplois. Il faut garder à l’esprit, en effet, qu’un retour au village est totalement exclu, s’il ne prévoit pas aussi un retour des écoles, des dispensaires et d’un minimum de services sociaux et administratifs.
Il est donc indispensable qu’une prise en charge économique vigoureuse soit lancée, ne serait-ce que dans un village, pour y attirer à nouveau les services nécessaires. Le problème se rencontre d’ailleurs au Liban, où l’exode rural, conjugué aux effets de la guerre, contribue à garder des régions vides de leur jeunesse et de leur avenir.
L’industrie agroalimentaire pourrait être l’option idéale. La terre de Chypre est riche. Les villages maronites se trouvent dans des régions relativement fertiles, proches de la mer, et donc bien arrosées. En outre, les terres cultivables sont disponibles. L’Église maronite possède 4 % de la superficie totale de Chypre, assure une source ecclésiastique.
Le juridique
Mais sur ce plan, l’économique commence à empiéter sur le juridique, assure une source locale, qui fait état d’une vague de spéculation immobilière qui touche la partie turque de l’île, encore que ces transactions sont vues d’un mauvais œil par l’ONU.
La prise en charge juridique est peut-être complexe, mais reste du domaine du possible. Elle a déjà été entamée par l’Église maronite, mais doit être complétée par l’État. Au cours de sa récente visite en Turquie, le patriarche Raï a notamment abordé, avec les autorités turques, le problème d’un bâtiment de l’église maronite confisqué à Iskenderun, l’ancienne Alexandrette, ainsi que celui des populations maronites de Chypre privées de leurs biens, éloignés de leurs villages, alors qu’ils sont facilement accessibles par la route et ne sont pas trop éloignés de la ligne de démarcation.
Le patriarche Raï a enfin fait valoir qu’il est patriarche d’Antioche et de tout l’Orient et qu’il est donc normal que l’Église maronite dispose d’un grand centre à Antioche. Selon l’évêque de Chypre, Youssef Soueif, qui a assisté aux entretiens, « il s’agissait d’un bon début ».
La prise en charge juridique peut être abordée également sous l’angle du droit des minorités, souligne le bâtonnier Antoine Klimos ; des minorités qui jouissent de droits inaliénables dans tout État démocratique et pluralisme qui se respecte.
Le besoin d’une vision pastorale
La prise en charge pastorale des maronites de Chypre n’est pas non plus de tout repos, confie une source ecclésiastique. Si l’Ordre libanais maronite, sollicité par l’évêque, n’envoie pas encore de moines à Chypre, c’est faute d’un plan pastoral qui leur prévoirait un emploi suffisant, humainement et spirituellement parlant. « C’est une vision pastorale qu’il faut, avant un plan », souligne la source.
Heureusement, un foyer de religieuses antonines assiste l’évêque dans ses efforts pastoraux immédiats.
« Certains rêvent d’un retour au village, ajoute la source citée, mais il est irréaliste d’y songer. Il faut rejoindre les générations de jeunes maronites là où elles se trouvent, c’est-à-dire en milieu urbain. C’est l’Évangile qu’il faut leur annoncer, et non le retour à la terre. Tout plan pastoral pour les maronites de Chypre doit prévoir une nouvelle annonce de Jésus-Christ à une jeunesse extrêmement sensible aux sirènes du sécularisme dont les séductions ont envahi la planète. »


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine