Au croisement de Sodeco, devant l’immeuble présentant encore les stigmates de la guerre, l’autobus aménagé pour transporter des photos et des films sur les différentes étapes de la guerre libanaise.
Pas de place du 13 avril 1975 marquant la réconciliation nationale, pas de journée spéciale de deuil et de souvenir, pas de mobilisation massive de l’appareil étatique et de la société civile : le 37e anniversaire de la guerre civile est revenu sans qu’un effort de mémoire ou une prise de conscience nationale n’en identifie les causes et n’en règle les effets persistants.
Comme un orphelin qui n’a toujours pas trouvé une famille pour l’accueillir, la mémoire de la guerre continue donc de traîner le pas dans la conscience de quelques héros ou héroïnes du souvenir, comme Ghazi Aad, Melhem Khalaf ou Wadad Halwani.
Ce souvenir a été diversement commenté hier par la classe politique. Bien intentionnés, les discours étaient puérils au regard de la tragédie que continuent de vivre des victimes de la guerre, dont la signification, par-delà les atrocités subies et/ou commises, continue de séparer les Libanais en camps antagonistes, comme l’a prouvé dernièrement la controverse sur le livre d’histoire.
Le chef de l’État, Michel Sleiman, a invité les Libanais à tirer les leçons du conflit en réalisant « les conséquences d’un passage à l’acte qui dépasserait le plafond de l’intérêt national et soumettrait la population au jeu des axes, des intérêts politiques et des gains personnels ».
Et de souhaiter que les Libanais réalisent, en contraste, « combien est précieux le consensus sur des constantes nationales fondamentales ».

Un "bus de la paix" a entamé, vendredi, un tour du Liban pour "réconcilier les Libanais
avec leur mémoire" et "renforcer la paix civile", à l'occasion du 37e anniversaire
de la guerre civile qui a ravagé le pays de 1975 à 1990. Ce bus de la paix remplace
symboliquement le bus de Aïn el-Remmaneh (droite), icône de la guerre civile au Liban. Jospeh Eid/AFP
Le Premier ministre, Nagib Mikati, s’est montré sensible « à la mémoire toujours vive des blessures subies » au cours de cette guerre.
Plaidant à nouveau pour une « neutralité » qui mettrait le Liban à l’abri des retombées du conflit régional qui se greffe sur la crise syrienne, M. Mikati a mis en garde les Libanais contre « les paris perdants », rappelant que « les Libanais continuent de payer le prix d’un conflit (déclenché le 13 avril) qui n’est toujours pas réglé ».
Pour le Premier ministre, seule l’émergence d’un État fort serait susceptible d’apaiser des Libanais toujours inquiets pour leur avenir.
Les écorchés vifs de la mémoire
Ces écorchés vifs de la mémoire que sont les parents des disparus, mauvaise conscience des responsables et des milices de tous les camps, ont manifesté à nouveau hier, place Riad el-Solh, où ils campent depuis des années avec Ghazi Aad, de l’association Solide, pour rappeler leur cause au monde.
En leur nom, Wadad Halwani, présidente du comité des personnes enlevées ou disparues, a plaidé – à une centaine de mètres d’un Parlement désespérément vide et sourd – en faveur d’une loi qui pénaliserait le recel d’informations sur les disparus de la guerre, tout en accordant l’impunité aux personnes qui feraient des aveux ou apporteraient des indications sur les fosses communes de la guerre.

A l’occasion du 37e anniversaire, hier vendredi 13 avril, du début de la guerre civile,
des hommes, femmes et enfants libanais ont exhibé, à Beyrouth non loin du Parlement,
des photos de leurs proches, disparus pendant le conflit. Sharif Karim/Reuters
On estime à environ 17 000 le nombre de personnes enlevées ou disparues durant la guerre. En cause, différentes milices, ainsi que l’armée syrienne et ses services.
Alors qu’Offre-Joie, une association civile présidée par Melhem Khalaf, qui voit le salut du Liban dans l’unité des Libanais, se manifestait hier au Musée et à Yarzé, une association d’anciens combattants conduite par le secrétaire général du Tanzim, Oubad Zouein, et en présence d’un représentant du général Michel Aoun, a tenu à exprimer son allégeance au Liban, aux pieds de la statue de Fakhreddine, à Yarzé.
À Tripoli, plusieurs associations civiles ont appelé leurs adhérents à se
retrouver dans le Jardin Azzam Chahhal, en présence de représentante du ministre des Finances, Mohammad Safadi, et du directeur général des FSI, le général Achraf Rifi, pour dire « non à tout retour en arrière, non au discours confessionnel et sectaire ».
Hariri et l’effondrement de l’État
Par ailleurs, évoquant le souvenir du 13 avril, l’ancien Premier ministre Saad Hariri a affirmé que cette date marque le remplacement « de la voix de la raison et du dialogue par la loi de la jungle, la volonté de division et le fanatisme ». M. Hariri a parlé de « toutes sortes de complots » visant à détruire les bases de la coexistence au Liban. Il a vu dans le 13 avril 1975 « une journée noire (...) marquée par l’effondrement de l’État » et a demandé la levée de l’hypothèque des armes qui pèse sur le Liban et « l’affranchissement de l’État vis-à-vis des contraintes et des intimidations internes et externes », pour que le pays cesse d’être « une place ouverte pour les interventions régionales et les intérêts étrangers ».
Les trois chefs religieux sunnite, chiite et druze ont par ailleurs fait des déclarations appelant à tirer les leçons de la guerre « afin de ne plus retomber dans les mêmes erreurs ».
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