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À La Une - Rencontre

Alvaro Canovas, photographe d’actualité

Son regard vert, Alvaro Canovas s’en sert pour figer l’intensité des événements du monde et les immortaliser sur papier glacé. Reporter de guerre ou de paix et portraitiste dans « Paris-Match » depuis 1987, il photographie avec le même talent Catherine Deneuve, le peintre Balthus, le patriarche Béchara Raï ou la guerre en Libye.

Photographe d’actualité et d’émotions.

« Je suis un photographe d’actualité, pas de guerre », déclare-t-il avec une certaine réserve qui ressemble à de la timidité. Alvaro Canovas est surtout un photographe qui aime saisir l’intimité des êtres et des moments, catastrophes naturelles, famines ou guerres, pour en dégager l’émotion et en faire le meilleur des témoignages. Il a vécu et couvert de nombreux conflits, les guerres d’Afghanistan, du Tchad, d’Irak. Perdu des amis photographes, risqué même de perdre sa vie à Bab el-Aziza, en Libye, le 23 août dernier...

 

Il garde sans doute de tous ces événements une peur retenue, une prudence apprivoisée avec le temps. Une révolte maîtrisée et la tristesse, intacte, de voir des enfants mourir de faim ou tués dans les guerres des grands. « Je ne suis pas motivé par le goût du danger. Ce qui m’intéresse, souligne-t-il, c’est de raconter la grande histoire à travers la petite histoire. De parler de la condition humaine. »

L’amour de l’image
D’origine espagnole, breton et parisien, Alvaro Canovas, fils de Manuel Canovas, célèbre créateur d’une gamme éponyme de tissus et autres linges de maison, avoue avoir été un enfant privilégié. « J’ai été élevé dans le culte de la beauté. J’ai grandi dans un milieu très curieux, ouvert sur le monde. J’ai fait de nombreux voyages avec mes parents, découvert des civilisations et des gens d’ailleurs. » Ce goût des voyages et des rencontres le pousse à arrêter ses études et se mettre à la photo. Pour pouvoir vivre sa passion et vivre de sa passion, il accepte un poste provisoire de tireur dans un laboratoire photo. Puis, en 1987, à 19 ans à peine, grâce à des relations familiales, il rencontre Roger Thérond, alors directeur de Paris-Match. La petite histoire de l’entrevue : « Bonjour monsieur, lui dit le jeune homme, terrorisé. Je veux rentrer à Paris-Match, je suis prêt à faire n’importe quoi. » Et Théron de répondre, de sa voix grave et imposante : « Nous n’avons besoin de personne ici, jeune homme, qui fasse n’importe quoi ! »


Durant plus d’un an, Canovas fera patiemment un stage dans le service photo de Michel Sola. « Je choisissais les photos, je découpais les diapositives que je mettais sous cache. Je faisais du café. Puis un jour, poursuit-il, Agathe Godard, qui tient la rubrique des fêtes et de la nuit, me demande de l’accompagner. » Ce sera le début d’une carrière marquée surtout par une rencontre avec Harumi, la fille du peintre Balthus, qui l’invite à venir photographier son père dans sa maison en Suisse. « Ce moment était magique. Imprégné de l’élégance de cette famille et la grâce de l’endroit. Tout était d’une grande qualité : la lumière, la conversation... »

 

Ses photos, de qualité elles aussi, seront publiées sur huit pages. Canovas est sollicité par des stars tels Laeticia Casta et John Travolta. Mais ce qui l’intéresse le plus, c’est « apporter des témoignages sociaux et écologiques ». Il ira partout où il le faut pour le faire.


« À la suite des attentats du 11 septembre 2001, précise-t-il, j’ai compris que je voulais me consacrer à l’actualité internationale. » Le reporter couvrira l’Afrique, la Bosnie, le Liban et le Moyen-Orient, Manille ou encore l’Argentine. Il avoue : « Je suis là pour dénoncer. Le plus révoltant, à mes yeux, c’est la souffrance des enfants et la pauvreté. Nous faisons des photos pour un magazine très populaire, dans le sens le plus noble du terme. Il est important de pouvoir intéresser les gens, même au centre de la France, sur les problèmes du monde. » Ses photos, à la fois classiques et très humaines, ont été exposées en 2003 au festival international du photojournalisme de Perpignan, Visa pour l’image. 

 

Le grand reporter de Paris-Match, qui a obtenu en 2008 un master en management des médias à l’Institut d’études politiques de Paris, poursuit : « Je sais, au moment où je la fais, qu’une photo est bonne. Je le sens à la composition, au cadrage, à l’émotion dans le visage, à l’intensité du regard et à l’énergie du mouvement. »


Le mardi 15 août 2011, à 15 heures 35, Alvaro Canovas est blessé au cours de l’assaut final des rebelles de Bab el-Azizia. « Comme je n’avais pas mon téléobjectif, j’ai traversé la route pour photographier des rebelles qui se trouvaient en face. » Il prend trois clichés puis tombe, touché à la cuisse par une balle de kalachnikov.
« J’ai fait une imprudence. J’ai eu assez peur, je ne savais pas où j’étais touché. C’était un jour de chance, reconnaît-il aussi. Après 15 ans d’actualité, je m’en tire assez bien ! »

« Je suis un photographe d’actualité, pas de guerre », déclare-t-il avec une certaine réserve qui ressemble à de la timidité. Alvaro Canovas est surtout un photographe qui aime saisir l’intimité des êtres et des moments, catastrophes naturelles, famines ou guerres, pour en dégager l’émotion et en faire le meilleur des témoignages. Il a vécu et couvert de nombreux conflits, les guerres d’Afghanistan, du Tchad, d’Irak. Perdu des amis photographes, risqué même de perdre sa vie à Bab el-Aziza, en Libye, le 23 août dernier...
 
Il garde sans doute de tous ces événements une peur retenue, une prudence apprivoisée avec le temps. Une révolte maîtrisée et la tristesse, intacte, de voir des enfants mourir de faim ou tués dans les guerres des grands. « Je ne suis pas motivé par le goût du danger. Ce qui...
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