Le 31 août 1939, une unité de commando des services de sécurité du IIIe Reich, dont les membres étaient revêtus de l’uniforme de l’armée polonaise, ont lancé une attaque contre la station allemande de radiodiffusion de la petite localité de Gleiwitz, située près de la frontière polonaise. L’objectif fixé était de diffuser un message appelant les Polonais de Silésie à se soulever contre le gouvernement du chancelier Adolf Hitler. Les membres allemands du commando, habillés donc en uniforme polonais, attaquent les gardes allemands et prennent d’assaut la station radio. Certains d’entre eux seront assassinés en pleine action par... les services nazis afin de laisser sur le terrain des cadavres de prétendus soldats polonais censés avoir été « repoussés » lors de l’attaque. But de l’opération : fournir à Hitler le prétexte d’envahir la Pologne. Ce qu’il fit le 1er septembre 1939, déclenchant ainsi la Seconde Guerre mondiale.
Cette machination machiavélique est connue sous le nom d’« Opération Himmler », du nom de l’homme de confiance de Hitler qui l’a montée de toutes pièces à la demande du chancelier. Elle est devenue, depuis, un cas d’école en matière de manipulation politico-médiatique. Elle n’est pas sans rappeler l’attentat contre l’ambassadeur d’Israël à Londres qui avait donné le coup d’envoi à l’offensive israélienne contre le Liban en juin 1982.
Les exemples de machination du style « Opération Himmler » sont légion dans l’histoire. Plus proche de nous, le régime Assad (père et fils) est passé maître dans ce type de manœuvre diabolique. C’est ce que les Libanais ont communément appelé le rôle de pyromane-pompier auquel s’est livré le pouvoir baassiste pendant plusieurs décennies de tutelle et d’occupation au Liban. Comment oublier, à titre d’exemple, les agressions perpétrées au tout début de la guerre par des groupes armés inféodés à Damas contre des villages chrétiens de la Békaa pour justifier par la suite l’intervention des forces syriennes régulières dans la région ? Himmler a incontestablement de nombreux disciples sur les bords du Barada... Et dans le pays du Nahr el-Kébir...
Le premier anniversaire du déclenchement de la révolution syrienne, le 15 mars 2011, fournit l’occasion de se demander si la cellule de crise qui planifie et dirige la répression en Syrie ne se livre pas à ce type de machination. L’on chuchote souvent dans les couloirs des chancelleries étrangères, dans les salles de rédaction et dans les bureaux de nombre de responsables politiques que l’exercice favori du clan Assad (père et fils) a toujours été de manipuler savamment les organisations fondamentalistes radicales au gré de ses intérêts géostratégiques du moment et de livrer ensuite certains cadres de ces mêmes organisations à des services occidentaux pour montrer patte blanche lorsque cela s’avérait nécessaire.
Dans le contexte du tsunami qui déferle sur notre voisin depuis douze mois, il ne fait aucun doute que le pouvoir en place s’est employé à susciter et entretenir par divers moyens, avouables ou non, la psychose du « danger de l’extrémisme sunnite », en relançant de manière subtile et imperceptible la vieille antienne de la chimérique alliance des minorités. Aurait-il pu, dans le même sillage, induire par le biais d’une machination quelconque le soutien public d’el-Qaëda à l’opposition syrienne? Il est certes quasiment impossible d’apporter une réponse tranchée à une telle interrogation. Mais, dans le même temps, peut-on exclure une telle possibilité, compte tenu du fait que la position de l’organisation terroriste fait, à n’en point douter, le jeu du pouvoir baassiste ?
En poussant la logique Himmler jusqu’au bout, ce pourrait-il que la cellule de crise du clan Assad s’emploie à stimuler par voie de la même manipulation diabolique une participation de plus en plus active d’éléments fondamentalistes à la rébellion afin de donner plus de crédit à l’épouvantail salafiste que le pouvoir baassiste ne cesse de brandir, en application du principe « après moi le déluge » ? Et si l’on se permet d’aller encore plus loin, serait-il concevable que les derniers attentats à la voiture piégée à Damas et Alep soient l’œuvre des services du régime, comme n’hésite pas à l’affirmer le Conseil national syrien, l’objectif recherché étant toujours d’agiter le spectre de la montée intégriste ? Là encore, ce serait trop s’aventurer que d’envisager d’être affirmatif sur ce plan. Mais peut-on aussi écarter totalement cette éventualité, compte tenu des précédents historiques en la matière ?
Certes, stimuler des opérations contre ses propres forces, à l’instar de ce qu’a fait Himmler aux frontières de la Pologne en août 1939 – à une moindre échelle –, reviendrait à accroître ses pertes dans ses propres rangs, ce qui ne saurait être, en première analyse, dans l’intérêt du pouvoir baassiste. Force est cependant de relever qu’il est parfaitement concevable que de telles considérations soient perçues comme « un point de détail », comme des « dommages collatéraux », par un régime sans foi ni loi qui joue la carte du tout sécuritaire, qui n’hésite pas à bombarder aveuglement ses villes et localités, qui ne manifeste aucun état d’âme, qui n’a aucun scrupule à massacrer délibérément des civils et à torturer et tuer des enfants « pour l’exemple », arguant du fait que l’enjeu stratégique – la sauvegarde du pouvoir ou la prétendue défense d’une communauté – justifie un tel déchaînement bestial.
Ceux qui se plaisent à banaliser la répression sanglante à laquelle se livre le régime syrien avancent, pour justifier leur attitude, l’argument classique selon lequel « la guerre, c’est la guerre », et tout conflit versant dans la violence est par essence amoral. Certes... Mais en acceptant une telle logique, ils admettent implicitement que puisque « la guerre, c’est la guerre » et que le comportement amoral, et criminel, est maître du jeu, il n’est donc pas impossible que ce soit le clan Assad qui manipule d’une façon ou d’une autre, une fois encore, les groupuscules fondamentalistes, même au prix de pertes dans ses rangs ou dans « ses » régions. Après tout, la fin justifie bien les moyens... Surtout lorsque l’on relègue aux oubliettes toute valeur universelle censée façonner nos critères de comportement et de jugement.


Il est possible que ce soit le cas...ou pas!le mélange de deux me paraît être ce qu'il y a de plus probable...mais ce qui m'attriste le plus,c'est de voir avec quelle froideur on évoque les jeux et manipulations des uns et des autres...parceque les 9000 ou 10 000 morts,eux,ils sont morts pour de bon....ils ne se relèveront pas à la fin du film...il y a quelquefois trop d'intelligence dans les analyses,et pas assez de compassion...ce que nous devons tous souhaiter,c'est que ça s'arrête...M. Bachar,vous avez les cartes en mains...soyez grand aux yeux de l'Histoire...faites le premier pas...de paix...tout le monde ,les pour,les contre,va gueuler...mais je m'en fous...assez de massacres...assez de sang...assez de souffrance...çà suffit!!!
08 h 48, le 20 mars 2012