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Sisyphe est libanais

On a loué sa pluralité, rendu hommage à son esprit de tolérance, applaudi à sa contribution à la réconciliation des cultures, misé même sur son apport au dialogue des civilisations ; mais on a aussi descendu son intolérance dans les périodes de crise, sa négation de l’autre dans les moments de folie furieuse, la facilité avec laquelle il se renie lui-même et dénie à son partenaire le droit de s’exprimer autrement.


Tout cela au sein de ce « mariage maronite » qu’est la coexistence à la façon libanaise, un tissu fait de fibres authentiques mais aussi de grosses ficelles, de matière unique mais aussi de texture friable.


On a vanté son génie des affaires, sa réussite aux quatre coins de l’univers, on a mis en exergue sa capacité à rebondir, à s’extirper des pires situations ; mais on a aussi critiqué sa désinvolture maladive, son individualisme suicidaire, cette manière hautaine, quasiment insultante d’afficher sa différence. Celle qui aurait pu être source de richesse, de retrouvailles, mais qui est devenue, au fil des ans, source de haines et de rupture.


Liban des deux mondes : celui des battants, celui d’une société civile qui ne baisse pas les bras, qui s’évertue à garder la tête au-dessus de l’eau alors que tout est fait pour l’y enfoncer. Liban des créateurs, des artistes, des mécènes, des hommes et femmes qui croient en l’égalité des chances, qui investissent désespérément sur l’avenir. Mais aussi Liban des corrupteurs et des corrompus, ceux qui, dans leurs pratiques quotidiennes, assassinent ce même avenir ; Liban d’une administration gangrenée, pourrie, celle qui a longtemps fermé les yeux sur les crimes commis par les rapaces de l’immobilier et du commerce alimentaire, qui a longtemps laissé faire le grand banditisme dans la Békaa, et qui est donc directement responsable des drames et des scandales survenus au cours des dernières semaines.


Liban des deux mondes, Liban des multiples contradictions, des politiciens véreux et des moutons de Panurge. Soixante-neuf ans après son envol, le phénix est fatigué de renaître sans cesse de ses cendres, fatigué de traîner derrière lui, comme un boulet, cette image d’Épinal forgée et perpétuée pour mieux le piéger, le conforter dans son incapacité, dans son impuissance.


Une image écornée, une réalité accablante : autour de nous la région se redessine, se recompose dans le sang et dans la douleur, le Liban lui, se défait, se décompose... sans même s’en apercevoir.


Brève et triste chronique d’une pathétique vie quotidienne : le Liban-phénix n’est plus qu’un Sisyphe maudit accroché à un rocher comme à une inutile bouée de sauvetage...

On a loué sa pluralité, rendu hommage à son esprit de tolérance, applaudi à sa contribution à la réconciliation des cultures, misé même sur son apport au dialogue des civilisations ; mais on a aussi descendu son intolérance dans les périodes de crise, sa négation de l’autre dans les moments de folie furieuse, la facilité avec laquelle il se renie lui-même et dénie à son partenaire le droit de s’exprimer autrement.
Tout cela au sein de ce « mariage maronite » qu’est la coexistence à la façon libanaise, un tissu fait de fibres authentiques mais aussi de grosses ficelles, de matière unique mais aussi de texture friable.
On a vanté son génie des affaires, sa réussite aux quatre coins de l’univers, on a mis en exergue sa capacité à rebondir, à s’extirper des pires situations ; mais on a aussi critiqué...
commentaires (12)

Bravo MR SURSOCK.

Awad Marie Reine

09 h 41, le 18 avril 2012

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Commentaires (12)

  • Bravo MR SURSOCK.

    Awad Marie Reine

    09 h 41, le 18 avril 2012

  • Monsieur Jean-Pierre El-Khoury, vous voulez dire : les oeillères ! bien sûr.

    SAKR LEBNAN

    11 h 47, le 19 mars 2012

  • Ce beau texte de M. Aoun me rappelle: MON LIBAN de Khalil Gibran... à relire aussi.

    nayla sursock

    10 h 29, le 19 mars 2012

  • @JABBOUR A DIT: .....Faut-il accepter le chaos , le feu et le sang en laissant des barbares fanatiques démolir ou re démolir notre pays et toute son infrastructure au nom d'un printemps arabe ou peut-être au nom d'allah pour être ou rester le Liban-Phenix selon vous.... Tout à fait raison M Jabbour. C'est ce que nous répétons depuis un bon moment lorsque Nasrallah du Parti intégriste chiite et toute sa bande, ont kidnappé des soldats ennemis au delà de nos frontières pour qu'en retour, nos infrastructures soient détruites par Israel suite à l'irresponsabilité de ce monsieur. Ce même Hassan Nasrallah qui a LUI MEME AVOUé à la Presse: "Si je savais que cela prendrait cette tournure, nous n'aurions pas fait le premier pas en kidnappant ces soldats". Donc.... Tout à fait d'accord avec vous. Sauf qu'il s'agit de l'appliquer à TOUS et non à une partie. Au liban ET en Syrie. Retirez votre bandeau (à la Moshe Dayan) de votre 2e oeil pour voir la vérité, des 2 côtés. Côté barbus => qu'ils soient chiites ou qu'il soient Sunnites...c'est la même m...de, côté idéologie: Une république islamique à la clé qu'ils convoitent, chacun à sa manière l'une dépendant du Fakih et l'autre de la charia.

    Jean-Pierre EL KHOURY

    08 h 16, le 19 mars 2012

  • Sisyphe maudit on le rencontre au quotidien avec l'absurdité de nos politiciens et sutout nos ministres et députés toujours dans la tentative d'achever un travail interminable et qui balancent le pays dans le vide et les citoyens dans le désespoir.. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    07 h 00, le 19 mars 2012

  • Le Liban est "Sisyphe" à cause de l'ego monstre et du délire de certains "zaims", qui le font cheminer en un calvaire sans fin.

    Halim Abou Chacra

    06 h 53, le 19 mars 2012

  • Certains, tels des Sisyphe, sont encore dans le Noir et hissent toujours leur rocher en haut de cette campagne pentue et crevassée. Quand ils arrivent presque au sommet, celui-ci dégringole et leur retombe toujours sur les "kroumirs". Ils s'épongent le front avec leurs "foûtas safras" et recommencent ! C’est ainsi qu’ils retentent à chaque fois grâce à cette "Feuille de Marémkhééïl", rugueuse comme une potion "Indigeste", et qui était loin d'être inimaginable vu leur "fanatisme". Car, ceux qui obstinément cherchaient le pire, n'avaient cessé de cheminer dans cette direction. Mais voici qu'ils envisagent sans atermoiements les bornes ultimes de ce processus, de disloquer et réduire à l’impuissance autant que faire se peut leurs opposants. Bref, de prendre les uns et les autres au collet et, dans une "éructation" qui serait sans doute suffocante, de leur faire franchir l'infranchissable ! En tout cas, ce "Papier hygié nique" ne signifie qu’un énorme appel d'air pour les "Partitionnistes" de toutes obédiences. Comme si, dans cette conjoncture libanaise sans cesse désespérante, leur grande espérance dans ce "Liban en Cantons" se met en plein jour mais reste certes encore tremblotante. Mais faut faire gaffe, car "ces obtus" auront certainement encore le loisir de ricaner et de chercher à poursuivre ce processus. Il faudra donc plus que jamais s'arc-bouter, et faire face et masse autour de la Grande Révolution du Cèdre et du 14 Mars.

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    06 h 21, le 19 mars 2012

  • Lire la fuite eperdue

    Georges Sursock

    06 h 17, le 19 mars 2012

  • Mon cher Mr.Jabbour a vous lire tous les jours sur ce forum je crois comprendre que vos esperances les plus cheres seraient comblées le jour ou le Hizballah aura entierement mis la main sur le Liban pour le compte de l'Iran et du merveilleux et democratique boucher syrien et enfin la propulsion du General de tous les generaux a Baabda. Si vous reveniez un peu dans le passé vous vous souviendriez de ces personages qui se sont servis de lui a commencer par Hafez el Assad en passant par Abou Ammar et finir par Saddam qui chacun a son tour lui avait agité cette chaise sous le nez et pour finir s'etaient tous foutus de lui connaissant son temperament impulsif et manque total de sens politique ,ce qui nous a valu la guerre de Liberation suivi de celle d'elimination et la futile eperdue Comment peut on pretendre a la presidence quand on s'acharne tous les jours a se mettre a dos une communauté entiere sans compter les deux tiers de deux autres

    Georges Sursock

    04 h 45, le 19 mars 2012

  • Que des calomnies proférées à l’encontre de Sisyphe! Lui qui n’a jamais renié ses racines maronites et qui a si bien négocié sa feuille d’entente avec son rocher, que chacun d’entre eux devient, quelque part, le boulet de l’autre. Car il est vrai que les paroles s’envolent mais les écrits restent. Comme le veut le vieil adage Libanais: Un phénix dans la main vaut mieux que dix phénix sur la branche. Sans ce précieux document et la sagesse des demi-dieux qui l’ont signé, le Liban n’aurait jamais fêté sa sixième année de calme et de paix. D’ailleurs si mes calculs sont bons, il en aurait fêté douze à ce jour…

    Jack Hakim

    04 h 04, le 19 mars 2012

  • Vous avez, Monsieur Nagib Aoun, décrit succintement mais objectivement ce qu'est devenu le Liban. Non, le Liban ne peut pas rester un Phenix qui ressuscite sans cesse, car quand Phenix ressuscite il devrait rester vivant et non succomber sans cesse. Sinon, ce ne serait plus un Phenix mais un Sysiphe comme vous le dites si bien. Les gouvernements successifs, surtout le présent, sont formés de molles "cailles" et de "moineaux" qui volent à raz du sol, et non de faucons qui peuvent prendre l'envol et planer dans les hauts airs au dessus des montagnes et élever le pays avec. Quand tous ces vauriens quitteraient " par la volonté du peuple" inchallah ! PHENIX renaîtrait vraiment alors !

    SAKR LEBNAN

    03 h 44, le 19 mars 2012

  • - - Faut-il accepter le chaos , le feu et le sang en laissant des barbares fanatiques démolir ou re démolir notre pays et toute son infrastructure au nom d'un printemps arabe ou peut-être au nom d'allah pour être ou rester le Liban-Phenix selon vous ! Non monsieur ce voeux pieux que certains caressent pour reprendre le pouvoir avec une aide extérieure ne verra jamais le jour .. Le Liban et son gouvernement , même s'il est miné de l'intérieur , restent un exemple dans cette région pour avoir su et pu épargner aux Libanais et au pays une autre guerre civile destructive , et ceci est grâce aux deux géants de la politique et vrais leaders et surtout à leur feuille d'entente qui vient de fêter sa sixième année de calme et de paix civile , qui a permis que les différences et les échanges politiques se font démocratiquement et librement et non plus à coups de canons et de kalashnikov .

    JABBOUR André

    01 h 33, le 19 mars 2012

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