Car la violence faite au Liban retombera sur toi... (Habacuc 2 : 17).
Ce verset prophétique de la Bible se passe de commentaire. Sauf que le pouvoir sanguinaire baassiste en place à Damas ne paie pas aujourd’hui uniquement pour « la violence faite au Liban » durant plus de trois décennies. Ce même régime paiera aussi pour la violence qu’il ne cesse de faire à son propre peuple depuis un an. Les bombardements des villes et localités par les forces fidèles à Bachar el-Assad et les massacres perpétrés contre les civils, souvent de la manière la plus immonde et la plus bestiale, comme à Homs ces derniers jours, sont devenus le chemin de croix quotidien de la population syrienne (Malheur à celui qui bâtit des villes avec le sang et fonde des cités sur l’iniquité.
Habacuc 2 : 12).
Le plus abject à cet égard est que nombre de personnes, surtout dans certains milieux bien pensants au Liban, justifient à mi-mots de tels massacres sous le fallacieux prétexte que les pertes en vies humaines parmi les civils sont après tout des « dommages collatéraux », voire des « points de détails », qui ne comptent pas beaucoup face aux enjeux historiques, géostratégiques ou socioculturels du conflit actuel en Syrie. En clair, tout est permis pour préserver un régime « qui sauvegarde les chrétiens et qui constitue une garantie pour eux devant l’avenir incertain »... Tout est tolérable pour barrer la route aux islamistes « qui seraient pires » que le pouvoir baassiste ... Ou encore, comble de l’ignominie, « la Syrie est un cas à part (dans le concert du printemps arabe), car elle est le bastion de la politique d’obstruction (la funeste « moumanaa » ) dans la confrontation avec Israël et les États-Unis, et par conséquent les cas de la Libye, de l’Égypte, de la Tunisie ou de Bahreïn sont différents de celui de la Syrie, et le maintien du régime de Bachar el-Assad est donc un impératif et une nécessité historique, quel que soit le prix à payer »...
Ce triple raisonnement nous plonge dans l’atmosphère du début du film 2001 Odyssée dans l’espace lorsque des tribus de singes s’attaquent et s’entretuent impitoyablement pour défendre un territoire, une source d’eau ou un quelconque gibier. Accepter cette triple logique revient à se laisser entraîner dans une véritable loi de la jungle. Lorsque l’on tient de tels propos, cela implique, à titre d’exemple, que la politique de peuplement menée par l’État hébreu en Cisjordanie et à Jérusalem, et que les agressions répétées de l’armée israélienne contre la population palestinienne sont légitimes.
Cela implique aussi que les opérations terroristes perpétrées par la Qaëda ou d’autres groupuscules intégristes pour combattre l’Occident, ou pour lutter contre le nouvel empire des mollahs iraniens et leurs acolytes libanais et arabes, sont totalement justifiées. À l’échelle libanaise, tenir ce triple raisonnement signifie que l’on doit accepter que n’importe quelle faction locale soit en droit de perpétrer un massacre et de faire usage de violence à l’encontre de n’importe quelle autre faction adverse si elle juge que son devenir ou son projet politique est en jeu.
En peu de mots, les assassinats, les attentats, les massacres, les agressions, les sévices, la torture deviennent le seul et unique instrument légitime d’action politique. Tout le monde tire aveuglément sur tout le monde ...
Qu’un tel égarement soit l’œuvre de tyrans ou de parties figées encore dans le Moyen Âge n’est guère surprenant. On ne peut pas demander à des dictateurs de tendre vers la démocratie. C’est une question de structures mentales. Ce qui dépasse, par contre, l’entendement, c’est que des personnes mentalement saines et sereines, supposées être libérales, rationnelles et imprégnées d’une culture des droits de l’homme, ou pire encore, des hommes de religion, en arrivent à banaliser et occulter le comportement sauvage du pouvoir baassiste à l’égard de la population syrienne. Car tolérer la politique de la terre brûlée et du « tout sécuritaire » revient à renier toutes les valeurs universelles sur lesquelles devraient être fondées une société civilisée au XXIe siècle. Et suivant le principe de causalité, ignorer les valeurs et fondements d’une société civilisée (dans le sens le plus large du terme) aurait pour conséquence inéluctable de paver la voie à d’autres valeurs, celles d’un fondamentalisme obscurantiste, de style el-Qaëda par exemple. Sous prétexte de maintenir au pouvoir des régimes sanguinaires « parce qu’ils constituent malgré tout une garantie », on aurait ainsi détruit nos propres valeurs morales pour donner libre cours à des valeurs d’un autre âge.
Les défenseurs, amoraux, de Bachar el-Assad se doivent ainsi de bien réfléchir aux conséquences de leur ligne de conduite, en termes de sauvegarde ou non des valeurs morales qui devraient régir les rapports au sein des sociétés du monde arabe, et plus particulièrement au Liban. Et d’une manière similaire, les puissances étrangères qui se cantonnent dans une attitude de « laisser faire », voire dans certains cas de complicité tacite, face aux massacres à répétition qui se produisent en Syrie doivent prendre conscience du fait qu’accepter que le pouvoir baassiste poursuive de la sorte son entreprise de mort revient à saborder tous les garde-fous qui devraient canaliser les relations internationales ainsi que les rapports entre les composantes d’une même société. Dynamiter de tels garde-fous ne fait qu’ouvrir la porte à l’ère des ténèbres en renforçant les courants extrémistes que d’aucuns prétendent vouloir juguler alors qu’en réalité, par leur mutisme face aux massacres, ils ne font qu’amplifier la montée aux extrêmes.
C’est dans ce cadre que la récente tribune publiée par le chef du Quai d’Orsay, Alain Juppé, dans le quotidien La Croix, revêt une portée en tout point historique. Le ministre français a notamment souligné que « l’intérêt des chrétiens d’Orient est d’embrasser des évolutions qui sont à la fois inéluctables et positives ». « C’est en s’engageant de manière décidée dans la construction d’une région nouvelle qu’ils protègeront leur avenir », a relevé Alain Juppé, qui a ajouté sur ce plan : « Qui peut croire que les droits des minorités sont mieux protégés par des dictatures sanguinaires que par des régimes démocratiques ? »
Se replier sur soi et se tenir à l’écart des grands bouleversements dont la région est le théâtre équivaut à céder sa place aux autres, plus précisément aux factions extrémistes. Car à l’instar de la nature, la politique a, elle aussi, horreur du vide.
Le plus abject à cet égard est...


analyse absolument p a r f a i t e, j'y adhère t o t a l e m e n t. m e r c i d'avoir rappelé ces évidences et ce malheur sans fin...
06 h 41, le 18 mars 2012