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Impudence caricaturale

Dire que la scène est surréaliste, qu’elle dépasse tout entendement, reviendrait à banaliser une situation qui a atteint le stade de la sauvagerie bestiale la plus abjecte. Le référendum orchestré hier par le pouvoir baassiste de Bachar el-Assad, alors que des régions entières du pays sont à feu et à sang, n’est pas seulement une insulte à l’intelligence humaine, voire, plutôt, à la personne humaine dans l’absolu, mais bien plus grave que cela, il constitue rien moins qu’un geste de mépris total à l’égard des pays arabes et de la communauté internationale dans son ensemble.

 

En clair, le président syrien tient, en substance, le discours suivant à la face du monde : « Dites ce que vous voudrez, prenez les mesures qui vous plaisent, moi je poursuis la répression sans pitié, sans état d’âme, pour écraser la rébellion sans me soucier des réactions et du prix à payer, et je me permets même de prendre des initiatives politiques les plus incongrues. » Le tout impunément ...


Organiser une consultation populaire alors que dans le même temps la politique de la terre brûlée est pratiquée dans de nombreuses localités et agglomérations et que de larges parties du territoire échappent totalement au contrôle du pouvoir central en dit long sur les véritables intentions du régime Assad et sur le sérieux de ses prétendus gestes d’ouverture en matière de « réformes ». Cette impudence caricaturale dans le comportement politique baassiste n’est d’ailleurs pas l’apanage des seuls sanguinaires de Damas. Elle caractérise également leurs maîtres à penser moscovites qui n’hésitent pas à mettre en garde contre toute intervention étrangère en Syrie alors qu’ils livrent des armes au pouvoir tyrannique et qu’ils lui octroient un permis international de tuer en lui assurant une couverture stratégique, notamment à l’ONU. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement lorsqu’on sait que ce même mentor avait déjà tracé la voie à Bachar el-Assad en se comportant comme il l’a fait il y a quelques années avec la population tchétchène ? Et pour rester au chapitre de l’impudence caricaturale, ces nostalgiques du KGB et des méthodes staliniennes ont poussé hier leur cynisme jusqu’à s’étonner, pratiquement, de la réaction de l’Arabie saoudite à leur égard, soulignant, en toute candeur, qu’il ne faudrait pas que leurs rapports avec Riyad soient tributaires de la crise syrienne !


À cette double outrecuidance vient se greffer malencontreusement l’inconsistance de l’attitude de certaines puissances qui médiatiquement montent au créneau contre le régime baassiste mais qui pratiquement font obstruction à toute mesure concrète permettant à la révolution syrienne de faire face à l’impitoyable machine de guerre de Bachar el-Assad. À en croire certaines sources, une telle inconséquence serait due à une volonté de certaines puissances occidentales, plus précisément les États-Unis, d’obtenir du Conseil national syrien des garanties quant à la non-récupération du mouvement insurrectionnel par la Qaëda.


Cet argument paraît quelque peu fallacieux dans le contexte présent. Est-il besoin en effet de relever que c’est précisément ce laxisme et ces louvoiements manifestés par certains pays à l’égard de la politique du tout sécuritaire pratiquée par le clan Assad qui a pour conséquence directe de renforcer les organisations extrémistes et radicales, au détriment des courants libéraux ?
Dans le camp opposé, est-il besoin aussi de rappeler que la complicité de meurtre dont se rend coupable Vladimir Poutine à l’égard du peuple syrien a également pour effet de renforcer inexorablement les courants extrémistes, non seulement en Syrie et dans la région, mais partout où le terrain est fertile à une radicalisation fondamentaliste ? La tentative d’attentat contre le président Poutine, qui vient d’être déjouée par les services russes et ukrainiens, et qui a été attribuée à des éléments islamistes tchéchènes, devrait faire réfléchir l’establishment moscovite. Tout comme la récente position adoptée par le Hamas, l’un des alliés les plus fidèles de Téhéran et de Damas, qui n’a pu se taire plus longtemps devant les massacres perpétrés contre le peuple syrien. Le « numéro un » russe pense-t-il réellement que le feu vert aux massacres qu’il a donné au pouvoir baassiste passera inaperçu dans les milieux islamistes du Caucase ? Ce blanc-seing accordé à Assad n’aurait-il pas comme conséquence de radicaliser encore davantage ces milieux islamistes caucasiens ?
Une telle interrogation vaut aussi pour certains États qui se positionnent ouvertement dans le camp anti-Assad mais qui se contentent d’un appui symbolique à la révolte syrienne. Laisser la population civile se faire massacrer de la sorte sans lui donner les moyens de se défendre, en se contentant de belles paroles qui ne font nullement le poids face aux canons et à la sauvagerie à l’état brut, reviendrait à accroître le ressentiment vis-à-vis de ces États laxistes, ce qui fait incontestablement le jeu de la mouvance jihadiste. Et bien au-delà de cet aspect moral et humanitaire – qu’il ne serait pas concevable d’ailleurs de négliger –, une question fondamentale se pose avec acuité au plan purement géopolitique : à quel jeu se livreraient des puissances telles que les États-Unis si elles laissent Bachar el-Assad réussir son coup en écrasant la révolte dans le sang, comme l’a fait Poutine en Tchétchénie, ce qui consoliderait considérablement l’axe russo-syro-iranien, de Téhéran à la banlieue sud de Beyrouth, en passant par Bagdad et Damas, avec comme têtes de pont le gouvernement Maliki en Irak et le Hezbollah sur les bords de la Méditerranée et à quelques jets de pierres de la frontière avec Israël ? Là aussi, accorder au pouvoir baassiste toute la latitude de poursuivre sa salle besogne reviendrait à livrer pratiquement la région aux courants radicaux soutenus par l’axe Téhéran-Damas, avec Moscou comme couverture.


La logique suivant laquelle il faudrait faire preuve de prudence et de circonspection à l’égard de la révolution syrienne afin de ne pas risquer de renforcer la présence des organisations fondamentalistes extrémistes aboutit ainsi à un résultat diamétralement opposé au but proclamé publiquement. C’est, au contraire, en favorisant plutôt la dynamique du printemps arabe, dans le sens de la stimulation de pratiques démocratiques et de l’émergence de systèmes politiques pluralistes, qu’il deviendra possible de juguler et de marginaliser les mouvances radicales. Mais l’enjeu actuel est-il, précisément, de favoriser réellement une « démocratisation » du monde arabe, figé depuis des décennies sous le joug de régimes mafieux, ou serait-il plutôt, sous l’effet d’une diabolique manipulation politico-médiatique, de plonger la région dans un tourbillon de courants religieux et d’organisations fondamentalistes extrémistes ? Auquel cas, le principal soutien au régime baassiste se situerait non pas seulement à Moscou et Téhéran, mais surtout à Tel-Aviv. Oublierait-on à ce propos que pas un seul coup de feu n’a été tiré sur le front du Golan depuis 1973, en dépit du verbiage anti-israélien pratiqué par le clan Assad depuis des décennies ?

Dire que la scène est surréaliste, qu’elle dépasse tout entendement, reviendrait à banaliser une situation qui a atteint le stade de la sauvagerie bestiale la plus abjecte. Le référendum orchestré hier par le pouvoir baassiste de Bachar el-Assad, alors que des régions entières du pays sont à feu et à sang, n’est pas seulement une insulte à l’intelligence humaine, voire, plutôt, à la personne humaine dans l’absolu, mais bien plus grave que cela, il constitue rien moins qu’un geste de mépris total à l’égard des pays arabes et de la communauté internationale dans son ensemble.
 
En clair, le président syrien tient, en substance, le discours suivant à la face du monde : « Dites ce que vous voudrez, prenez les mesures qui vous plaisent, moi je poursuis la répression sans pitié, sans état d’âme, pour...
commentaires (10)

URGENT - 19 heures. Je viens de rentrer et de lire ce que j'ai écrit très rapidement. Toutes mes excuses pour le grave lapsus que j'ai commis. Le livre, Le grand aveuglement - Israel et l'irrésistible ascension de l'islam radical (sur l'énorme contribution d'Israel au surgissement du Hamas et son affermissement dans le but qu'il soit une opposition farouche à Arafat et son OLP), est de Charles Enderlin. Je ne sais vraiment pas comment j'ai pu écrire qu'il était d'Alain Ménargues, auteur de Les secrets de la guerre du Liban. L'idée que j'ai voulu passer est que, exactement comme le dit M Touma, Israel est au centre de "la manipulation politico-médiatique" favorisant le régime baassiste de Damas et au coeur du "soutien à ce régime", prodigué par "Moscou et Téhéran".

Halim Abou Chacra

12 h 28, le 28 février 2012

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Commentaires (10)

  • URGENT - 19 heures. Je viens de rentrer et de lire ce que j'ai écrit très rapidement. Toutes mes excuses pour le grave lapsus que j'ai commis. Le livre, Le grand aveuglement - Israel et l'irrésistible ascension de l'islam radical (sur l'énorme contribution d'Israel au surgissement du Hamas et son affermissement dans le but qu'il soit une opposition farouche à Arafat et son OLP), est de Charles Enderlin. Je ne sais vraiment pas comment j'ai pu écrire qu'il était d'Alain Ménargues, auteur de Les secrets de la guerre du Liban. L'idée que j'ai voulu passer est que, exactement comme le dit M Touma, Israel est au centre de "la manipulation politico-médiatique" favorisant le régime baassiste de Damas et au coeur du "soutien à ce régime", prodigué par "Moscou et Téhéran".

    Halim Abou Chacra

    12 h 28, le 28 février 2012

  • Dans les calculs géopolitiques des états, tout est possible et souvent le plus fervent partisan d'une cause est celui qui trahi, comme le plus grand ennemi d'une autre est son plus grand allié et ami! Personne n'est dans le secrets des Dieux certes, mais il est des constantes dans l'histoire qui conduisent a des résultats sures et sans équivoquent: Le régime en Syrie va tomber!!! Qui prendra la relève? Quand? comment? Ça, c'est une autre histoire et un simple détail. Le résultat compte et celui des révolutions actuelles n'en est qu'une transition. Il a fallu plus de deux siècle a l'Europe pour se rendre compte que seule une vraie paix et union commerciale peut arrêter la destruction systématique de tout ce qu'ils s’évertuaient a bâtir. Depuis ils ne verrons plus de guerre mais une période de presque 60 années de progrès techniques, sociaux, économiques et surtout des libertés individuelles. Les arabes et les autres peuples de la région ne sont qu'au début du chemin! La route est longue, longue, longue il faut marcher sans s’arrêter...

    Pierre Hadjigeorgiou

    06 h 06, le 28 février 2012

  • Votre analyse se pase de commentaire : vous avez dit l'essentiel ! Merci .

    Hamed Adel

    03 h 48, le 28 février 2012

  • Je n'ai pas eu d'espace pour une dernière phrase : Bientôt surgiront, j'ose penser, des livres comme celui d'Alain Ménargues, Le Grand aveuglement. Cette fois sur le super aveuglement.

    Halim Abou Chacra

    03 h 30, le 28 février 2012

  • Un fait au caractère personnel insignifiant, mais très instructif : Début janvier, j'ai la chance d'être à un déjeuner. "Vedette", unanimement, un grand maître de la diplomatie libanaise. Tous les regards tournés vers lui, avec la grande question : "Et le régime syrien ? Va-t-il tomber aussi" ? Réponse : "Le jour où Israel décidera qu'il ne lui sert plus". Dans la crise syrienne, il y a une dictature des plus criminelles et cruelles de tous les temps, qui massacre littéralement son peuple. Y-a-t-il un homme de bon sens au monde qui ne soit pas convaincu que, si la machine assassine de cette dictature était paralysée par des moyens adéquats -je ne prétends pas savoir exhaustivement lesquels (mais ex. : Où est-il le procureur du TPI, Ocambo, qui n'a pas encore dit une parole sur les "crimes contre l'humanité en Syrie" ?), il y aurait le même jour au moins dix millions de citoyens syriens dans les rues de toutes les régions syriennes réclamant la libération finale de leur pays de la tyrannie monstrueuse qui l'opprime et l'étouffe depuis quarante ans ? Mais voilà votre conclusion, M Touma : Il y a "une machination et une manipulation diaboliques de plonger la région dans le tourbillon d'organisations fondamentalistes". Aveuglement et stupidité monstres finiront par attirer al-Qaeda en Syrie et, mille fois hélas, au Liban.

    Halim Abou Chacra

    03 h 24, le 28 février 2012

  • Oui, Monsieur Tuma, comme vous l'avez si bien écrit, l'événement qui vient d'advenir «dépasse tout entendement». Le régime de Damas a dépassé le stade la « sauvagerie bestiale la plus abjecte». L'organisation d'un «référendum» dont on sait qu'il fut tout sauf démocratique, tout en continuant à tuer son propre peuple, est «une insulte à l’intelligence humaine». Elle est aussi, écrivez-vous «un geste de mépris total à l’égard des pays arabes et de la communauté internationale dans son ensemble». Il est à souhaiter que l'auteur de ces crimes contre l'humanité, et ses relais au Liban, dont le général aigri et ses autres appuis, se retrouvent bientôt à La Haye pour y être jugés. Il est temps pour le peuple syrien de retrouver la paix et des dirigeants «normaux».

    Nayla Sursock

    02 h 55, le 28 février 2012

  • Excellente analyse, la triste réalité sur le terrain explique les tenants et aboutissants constitutifs du régime syrien dont le rôle essentiel aujourd'hui est celui d'un "prestataire de services" qui doit exécuter les termes de son cahier de charges régional passé avec son commanditaire israèlien et ce quelque soit le coût de l'opération. Cherchez l'objectif géostratégique et vous comprendrez le comment du pourquoi de la longue vie de ce régime qui a resisté à toutes les intempéries et les bouleversements de ses voisins, grâce aussi aux rampes de sécurité stratégiques mis en place pour lui permettre de mener à bien son action...!

    Salim Dahdah

    02 h 47, le 28 février 2012

  • Malheureusement la société arabe a la justice qu'elle mérite. Celle qui correspond au culte des assassins qui fleurit à la lettre à chaque coin de rue, et à l'admiration publique .Des hommes de guerre les plus illustres qui brillent tantôt grâce a Moscou et tantôt grâce aux Etats Unis , et qui deviennent des tueurs professionnels les plus sanguinaires de notre histoire cat le monde arabe est un monde de marionnettes . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    02 h 43, le 28 février 2012

  • Est-il signalé encore existant ? "L’Assadiot" ? Non, seulement sa dernière "épopée", tant elle est surnuméraire, réservée à quelques "Ophtalmos" ! C’est avec une Brutalité effrayante qu'elle déferla dans la vie de Sainte Syrie. Et ce qui devait arriver arriva. On exige dorénavant pour le bien de ce pays, qu’une "épopée" pareille soit la dernière à s'imposer. Toujours est-il que le "baassyrianisme National-Social Alaouite" issu d'une caserne à l'autre et qui étouffe déjà sous un amoncellement de "candidats-néos-lionceaux" nusayrîs emmêlés, va Très Mal finir l’année. En effet, l'exportation de Caviar et de Ferraille de la Caspienne vient d'être suspendue par le Conseil de Sécurité : le même que pour le Tribunal ! Les stocks ayant fondus. Déjà boudé par les Sunnites Sains syriens, le pauvre risque donc de voir s'étioler son "Aura caviar-ferraille" dont l'appoint au "Walii iranien et au H.N. divin" n'était point négligeable pour faire pièce aux Printemps des deux côtés de l’Anti-Liban. Mais bon, pour le faire rêver et lui remonter un peu le moral, voici une "grimpionne aubépine" que peut-être prochainement s’épanouira. Elle est du genre Alaouite d’un autre Clan, et si les multiples Téméraires Courageux et Foudroyants Sains de sa région "d’éclosion", Nusayrî-Mont, ne lui pourrissent pas trop sa courte saison, durera bien, peut-être, mais très difficilement, un à deux mois au Grand Maximum !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    20 h 27, le 27 février 2012

  • Mépris, insulte et outrecuidance sont de faibles mots devant l'inqualifiable comportement de celui qui passe pour devenir un des plus grands tyrans sanguinaires de l'Histoire. Plus son heure approche, plus il s'englue dans son propre piège et plus se dessine à moyen terme son très probable procès pour crimes contre l'humanité, et ce, quelle que soit l'issue de cette révolution. Et dire qu'il existe quelques pays sur cette planète pour le soutenir, qu'il y a ici parmi nous deux ou trois déjantés déclarés qui lui donnent raison et, pire encore, qu'une partie de nos dirigeants et du peuple libanais lui sont bassement soumis.

    Robert Malek

    19 h 08, le 27 février 2012

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