Les journalistes, les photographes, les médecins, ceux qui ont réussi à tromper la surveillance des gardes-chiourmes du régime, à se rendre clandestinement au cœur de l’indicible, dans Homs, la ville martyre, en ont donné la preuve par leurs témoignages : ce que les chaînes télévisées ont diffusé comme images atroces reste largement en-deçà de la réalité, celle qu’ils ont côtoyée dans leur intimité quotidienne avec la mort, avec l’agonie d’hommes, de femmes et d’enfants soumis à la pire des barbaries.
De retour de l’apocalypse homsiote, le chirurgien humanitaire, le professeur Jacques Bérès, a résumé, horrifié : « Ce que j’ai vu est honteux et insupportable, les gens meurent et on ne fait rien... Ce n’est pas encore Beyrouth (pendant la guerre) mais ça va le devenir. C’est comme un film de guerre avec du sang partout. »
De retour de la même apocalypse, le journaliste Jean-Pierre Perrin, envoyé de Libération, a confié à L’Orient-Le Jour que la situation est beaucoup plus grave que ce que l’on peut imaginer : « C’est un châtiment collectif qui est imposé à Homs, un châtiment pour l’exemple... »
L’horreur dans sa terrible nudité, c’est Jonathan Littell, l’auteur du célèbre ouvrage Les Bienveillantes, qui l’a décrite pour Le Monde après un séjour éprouvant dans l’enfer de Homs. Aucun film d’épouvante ne pourrait rivaliser avec le témoignage de l’écrivain, prix Goncourt, qui a rapporté des scènes effroyables que Dracula lui-même n’aurait pu imaginer. Des scènes produites et réalisées par les « chabbiha », les tueurs à gage d’un régime qui n’a pas hésité à transformer les hôpitaux publics en centres de torture.
Et la minorité chrétienne dans ce maelström? Jonathan Littell a fait, à ce sujet, un sort aux clichés véhiculés aussi bien par le régime syrien que par ses partisans libanais, anciens ou tout récents. « J’ai vu, a-t-il témoigné, dans la campagne autour de Homs des villages chrétiens qui soutiennent discrètement le soulèvement. Il faut faire une distinction entre la position des dignitaires chrétiens proches du régime et la population de ces villages... » Autrement dit entre ceux qui ont longtemps profité de la « bienveillance » du pouvoir baassiste et ceux qui aspirent à une vie digne, au recouvrement de leurs droits les plus élémentaires.
D’entre les fissures de la chape de plomb qui recouvre le pays, d’entre les griffes des véritables monstres qui terrorisent la population, a donc émergé la vérité du témoignage direct, celui qui accable le criminel et qui rend justice à la victime. C’est dans ce climat de violences et de terreur que Bachar el-Assad a organisé dimanche, le plus sérieusement du monde, son fameux referendum sur une nouvelle Constitution. Un tour de passe-passe qui transfère le pouvoir du parti Baas au chef de l’État baassiste et auquel souscrira, bien évidemment, 99,99 pour cent de la population encore en vie ou en état de voter !
Pour y croire encore, il n’y a plus dans le monde que la Russie et la Chine, quelques petits États croupions...et le Courant patriotique libre. Celui-ci n’en démord pas : l’ordre règnera à Damas, les fauteurs de troubles seront éliminés et la justice assadiste prévaudra...
Mais la mémoire, cette sacrée mémoire, qu’en ont-ils donc fait les nombreux aounistes sacrifiés sur l’autel de l’ordre syrien au Liban ? Balayée, la mémoire ? !


Ah André... tu es vraiment le plus fort. Ca se comprend par le fait qu'ils s'en prennent à toi personnellement plutôt que de contracter tes idées! Tu mérite un Oscar! Go Ahead, Man!
17 h 34, le 27 février 2012