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Le soudain réveil de la Jamaa islamiya ...

Éclairage
01/02/2012

De jour en jour, le dossier syrien se fait de plus en plus influent sur la scène interne libanaise. Les tentatives de certains responsables de garder le Liban à l’abri des développements syriens ne semblent pas devoir résister à la pression des événements. Un ministre a récemment déclaré à ses visiteurs que le Liban ne peut pas être neutre vis-à-vis de la crise syrienne, à cause de l’importance de la Syrie pour sa stabilité économique et sécuritaire. 90 % des exportations libanaises vers le monde arabe passent en effet via la Syrie. Et au plus fort de la crise entre le courant du Futur et le régime syrien en 2005, Saad Hariri avait en vain songé à trouver d’autres voies pour l’exportation.

 

De même, si une zone d’exclusion aérienne devait être décidée au-dessus de la Syrie, les avions de la MEA se trouveraient devant un dilemme important, n’ayant pas de couloir aérien (puisque l’espace aérien israélien leur est interdit) pour passer vers le monde arabe. Sans parler des menaces qui pèsent sur le secteur bancaire libanais si la communauté internationale décidait réellement d’empêcher l’afflux de fonds syriens vers le Liban. Bref, pour ces raisons (entre autres) le Liban est finalement directement impliqué dans la crise syrienne. Mais le problème, c’est que cette crise alimente la division entre les Libanais et elle s’est imposée au cœur du débat interne. Plus grave encore, la crise syrienne est devenue un élément déterminant dans la lutte sourde entre le courant du Futur et le Hezbollah, qui cache en réalité un conflit plus large encore entre les sunnites et les chiites.


L’élément nouveau dans ce conflit est la volonté de moins en moins discrète de la Jamaa islamiya de jouer un rôle prépondérant au Liban. Cette organisation, qui est le pendant libanais des Frères musulmans, avait décidé depuis les années 70 du siècle dernier de garder un profil bas au Liban en raison de la diversité religieuse et confessionnelle du pays, estimant que cette diversité empêche le développement d’un parti ou d’une organisation islamiste.

 

Aujourd’hui, avec le retour en force des Frères musulmans dans le monde arabe, à la faveur des révolutions et avec visiblement l’aval des États-Unis et de l’Occident en général, la Jamaa islamiya a décidé de tenter sa chance au Liban. Selon des sources bien informées, le Qatar encouragerait le développement de la Jamaa islamiya au Liban et pourrait bien financer ses activités, notamment la formation de son bras armé « Les forces de l’aube » (al- Fajr) qui sont censées prendre le relais de la résistance contre Israël. Pour l’instant, ces forces sont en train de se constituer et les responsables de la Jamaa islamiya sont attendus prochainement à Doha, puisque l’émirat est devenu en quelque sorte « le parrain » des nouvelles forces du monde arabe et notamment des Frères musulmans, en accord avec la Turquie dont le parti au pouvoir évolue aussi dans la même orbite.


Outre sa restructuration et le développement de ce qu’elle appelle sa force de résistance, la Jamaa islamiya travaille aujourd’hui sur d’autres axes. Elle cherche ainsi à gagner du terrain auprès de la population en se présentant comme la force du changement et l’élan de la révolution dans le monde arabe. En même temps, elle cherche à s’approprier le dossier des réfugiés syriens au Liban, pour faire le lien avec les Frères musulmans de Syrie et surtout pour devenir le véritable champion libanais de la cause du changement en Syrie. La Jamaa, qui jusqu’à présent avait toujours agi de concert avec le courant du Futur, acceptant tacitement la suprématie de ce dernier sur la scène sunnite, en évitant de chercher à grignoter dans sa base populaire, aurait récemment obtenu un feu vert tacite du Qatar pour élargir sa base, au détriment du courant du Futur. Non pas que celui-ci soit désavoué, mais aujourd’hui, les Frères musulmans ont le vent en poupe et il faut prendre le train en marche. D’autant que le courant du Futur n’a pas les coudées aussi franches pour afficher son islamisme et qu’en raison d’une absence de projet et de vision clairs, il a du mal à se positionner sur le plan régional et arabe.


Dans une première étape, il s’agit donc pour la Jamaa de s’imposer sur la scène sunnite, en profitant de l’influence grandissante des Frères musulmans sur la scène arabe. Ensuite, il s’agira de présenter aux sunnites arabes une alternative à la résistance contre Israël menée actuellement par le Hezbollah avec l’aide de la Syrie et de l’Iran. En se dotant d’un bras armé en principe destiné à faire de la résistance contre Israël, la Jamaa islamiya gagnera en popularité et en crédibilité dans le monde arabe et passera ensuite à la troisième étape qui consiste à mettre en cause la légitimité des armes du Hezbollah, en utilisant les événements de mai 2008 pour discréditer cette formation et ternir sa résistance.

 

De la sorte, le Liban s’inscrira totalement dans le prolongement des développements dans la région et accomplira un nouveau pas en direction de l’éclatement d’un conflit entre les sunnites et les chiites. En parallèle à ce projet, la pression sur le Hamas se poursuit dans une volonté conjointe du Qatar, de la Turquie et de l’Arabie saoudite pour le ramener dans le giron arabe et le dissocier de l’Iran. Or le Hamas s’inscrit aussi dans la double lignée des Frères musulmans et de la résistance contre Israël. De même, des efforts sont déployés pour tenter de récupérer aussi le Jihad islamique, encore plus radical que le Hamas, pour contrôler entièrement toutes les mouvances palestiniennes et retirer la carte de la résistance contre Israël des mains du Hezbollah et de ses alliés iranien et syrien. Avec ces projets (s’ils se réalisent), le Liban sera pleinement impliqué dans la crise syrienne et dans les développements régionaux. Mais comme l’a fait remarquer un ancien ministre et député, il se placera aussi dans l’œil du cyclone, et toutes les parties libanaises en sortiront perdantes...

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