Hallucinant ! Le terme est faible comparé à l’énormité des propos tenus vendredi soir par le général Michel Aoun : un discours négationniste qui constitue, pour le moins, une insulte à la mémoire collective, au souvenir des personnes mortes pour que vive le Liban, pour que l’expression libre y survive, celle qui permet précisément au général Aoun de se livrer à ses incantations, à ses diatribes incendiaires.
Mais entre combat légitime contre la corruption et véritable épée plantée dans un corps exsangue, il y a une limite que la simple morale ne permet pas de dépasser, une barrière que l’éthique la plus élémentaire empêche de transgresser.
Mais le général Aoun a fait fi des interdits et dans son fameux discours de vendredi a diffamé autant les morts que les vivants, lui qui accuse la presse, la classe politique et toute la république réunie de le calomnier, oubliant que sa seule fonction d’homme public le contraint à accepter la critique, dût-elle être féroce et cinglante.
Voici, pour rappel, ce qu’a dit le général, parlant de ses adversaires politiques : « Ils volent les deniers de l’État et nous accusent de vol. Certains d’entre eux, on les appelle des martyrs vivants, en réalité ce sont des escrocs vivants. Nous n’acceptons pas les témoignages falsifiés. Sait-on qui a tué qui et pourquoi il a tué ? Il est possible qu’il ait été tué à cause d’un mari jaloux, et après cela on l’affuble du titre de martyr de la nation... »
La phrase de trop : celle qui attente à l’honneur de Marwan Hamadé, de May Chidiac et d’Élias Murr, qui fait se retourner dans leurs tombes Rafic Hariri, Gebran Tuéni, Pierre Gemayel, Samir Kassir et toutes les autres victimes de la révolution du Cèdre, celle à laquelle avait pourtant contribué le Courant patriotique libre.
Mémoire courte ou reniement ? Le résultat est le même : une gifle assénée à tous ceux qui s’accrochent à la Vérité, à une justice réparatrice, à des valeurs supposées constituer un dénominateur commun, paver la voie à l’État de droit auquel tous disent aspirer.
La phrase de trop : celle à laquelle a applaudi frénétiquement un parterre conditionné, jeunes et moins jeunes, cadres anciens ou nouveaux venus, un parterre qui n’a même pas tiqué lorsque les mots assassins ont été proférés.
Au souvenir d’une épopée magnifique qui a fait rêver des centaines de milliers de Libanais, aux idéaux communs qui auraient pu fertiliser la voie menant à la rédemption et au salut, l’on a semblé, vendredi, avoir privilégié la route cahoteuse faite de règlements de comptes et de surenchères. Sans oublier l’irrespect délibéré manifesté à l’égard du chef de l’État et la menace d’un recours à la rue qui ouvre la porte au chaos.
Il faut bien appeler un chat un chat : le constat, autant sombre que déstabilisant, est révélateur d’une inconscience collective, d’intentions locales particulièrement agressives. Dans le contexte régional actuel, avec l’instabilité rampante qui s’installe aux frontières avec la Syrie, c’est un pan supplémentaire de l’immunité libanaise qui vient de tomber.
Le pire est-il donc à venir ? La prudence impose, bien sûr, de donner sa langue au chat...


- - Il faut avoir des C..... pour dire la vérité , et le Gendre les a , tout comme son beau père , et c'est bien ce qui vous dérange .. Quelques milliers de Libanais choqués sur 4 millions ! Je vous laisse les consoler avec quelques Oranges si cela vous arrange .
12 h 34, le 30 janvier 2012