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Promis, juré...

La question pourrait paraître absurde ou insultante selon le choix qui est fait face à l’adversité. Absurde ou insultante pour la simple raison que le seul fait de la poser équivaudrait à prendre le citoyen libanais pour un imbécile.
La question en question, dans un pays qui se respecte, dans un pays que l’on qualifierait de « normal », serait posée tout naturellement, en toute démocratie, parce qu’il est du droit du citoyen de demander des comptes à ceux qui dirigent la nation, qui fixent les règles de la bonne gouvernance.
Au Liban, dans le contexte immuable qui régit notre vie depuis l’indépendance, la question devrait prêter à rire, mais elle est tellement incongrue qu’elle en devient provocatrice : « Croyez-vous que les promesses faites par nos responsables seront tenues, que l’avenir radieux dont ils se gargarisent depuis qu’ils sont au pouvoir se concrétisera rapidement ? »
En d’autres termes pensez-vous qu’après la catastrophe de Fassouh les mesures nécessaires seront prises pour éviter d’effroyables récidives ? Que l’électricité, étatique et non celle des moteurs de quartiers, se réinvitera dans nos domiciles, à temps plein et non à temps partiel ? Que l’eau des pluies sera contenue par des barrages et ne finira pas, piteusement, dans la mer ? Qu’un réseau d’égouts sera, enfin, installé à l’échelle de tout le pays et que les eaux usées, faites, entre autres, de déjections, ne pollueront plus les rivières et ne se mêleront plus à l’eau potable que nous buvons? Que les médicaments pour les maladies graves ne seront plus vendus au double ou au triple du prix normal ?
Pensez-vous que la corruption disparaîtra des administrations, de la tête des fonctionnaires véreux par un coup de baguette magique ? Croyez-vous vraiment que les messieurs propres d’aujourd’hui ne se livrent pas aux mêmes magouilles qui occupaient l’essentiel du temps des messieurs propres d’hier ? Qu’ils ne se livrent pas à des marchandages éhontés pour obtenir des avantages précis, la nomination de leurs protégés à des secteurs-clés, en contrepartie de leur « oui » à la clôture de dossiers qui touchent aux intérêts vitaux du citoyen ?
Pensez-vous que les pays donateurs, que les organisations internationales continueront longtemps à faire antichambre dans l’attente que le gouvernement se décide à fixer les priorités, à élaborer les projets de développement susceptibles d’obtenir les financements adéquats ?
Et cette question essentielle, primordiale : pensez-vous vraiment que le Liban pourra jouir longtemps encore de la sollicitude des pays amis alors que les attributs de sa souveraineté sont chaque jour un peu plus rognés, alors que l’État reste assujetti à une volonté plus forte que la sienne, celle détentrice d’armes de provocation massive ? Des armes qui tiennent tout le pays en otage et qui constituent l’obstacle principal à la paix civile sans laquelle aucune réforme ne pourrait être entreprise, aucune révolution dans les esprits ne pourrait intervenir.
Mais ne nous affolons pas : promis, juré, l’équipe au pouvoir détient le fameux bâton magique, celui qui assurera le non moins fameux avenir radieux. Dans la ligne de mire, les élections générales de l’an prochain : promesses faramineuses contre bulletins de vote, l’arnaque est garantie, le dindon de la farce tout trouvé...
« L’espérance est un risque à courir » : cette réflexion de Georges Bernanos, citée sur Arte en conclusion d’une émission sur les massacres commis par les nazis et les khmers rouges, permettrait de croire que tout n’est pas perdu et que la lumière de l’intelligence peut toujours poindre de l’obscurité. L’émission a été suivie de la projection du très beau film de Danielle Arbid Beirut Hotel.
Et là, patatras ! C’était rappeler au téléspectateur que le film a été interdit au Liban et qu’au pays du Cèdre on manie encore les ciseaux de la censure avec célérité et que des célébrités du monde du spectacle y sont interdites de séjour parce que telle est la bonne volonté de nos « têtes pensantes », celles qui ne voient l’avenir qu’à travers le petit bout de leur lorgnette ou de celle de leurs sbires...
Exhaustives les questions posées ? Loin de là, mais c’en est assez pour aujourd’hui, Dieu merci ! Après tout, il faut bien que l’espérance reste un risque à courir...

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P.-S. : une étoile filante nous a quittés, une étoile qui a éclairé nos journées sombres, brièvement mais intensément. Adieu Reem, toi qui restes dans nos cœurs. Mais pourquoi adieu ? Ce n’est forcément qu’un au revoir.
La question pourrait paraître absurde ou insultante selon le choix qui est fait face à l’adversité. Absurde ou insultante pour la simple raison que le seul fait de la poser équivaudrait à prendre le citoyen libanais pour un imbécile.La question en question, dans un pays qui se respecte, dans un pays que l’on qualifierait de « normal », serait posée tout naturellement, en toute démocratie, parce qu’il est du droit du citoyen de demander des comptes à ceux qui dirigent la nation, qui fixent les règles de la bonne gouvernance.Au Liban, dans le contexte immuable qui régit notre vie depuis l’indépendance, la question devrait prêter à rire, mais elle est tellement incongrue qu’elle en devient provocatrice : « Croyez-vous que les promesses faites par nos responsables seront tenues, que l’avenir radieux dont ils...
commentaires (2)

Fassouh promis juré sera dans le monde de l' oubli avec une nouvelle loi des loyers timide qui ne verra jamais le Jour . Bisri et eau aussi il faut rêver du président Chamoun dans les années 1950 lorsqu’ il avait signé le décret mais le projet n' a jamais depuis était réalisé .Enfin le comble du vice le choix des employés qui jugent en têtes pensantes voir pornographique les fruits du septième art Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

05 h 30, le 23 janvier 2012

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Commentaires (2)

  • Fassouh promis juré sera dans le monde de l' oubli avec une nouvelle loi des loyers timide qui ne verra jamais le Jour . Bisri et eau aussi il faut rêver du président Chamoun dans les années 1950 lorsqu’ il avait signé le décret mais le projet n' a jamais depuis était réalisé .Enfin le comble du vice le choix des employés qui jugent en têtes pensantes voir pornographique les fruits du septième art Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    05 h 30, le 23 janvier 2012

  • Ben,la réponse à toutes les questions est non,bien entendu.En même temps,ce non est dû non seulement à la classe( même pas de rattrapage) politique libanaise...mais aux Libanais eux-même...après tout,ce sont les Libanais qui sont responsables de ce gâchis,non?Ce sont bien les Libanais qui continuent à obéir comme un seul homme aux zaïms ,cheikh,bek et autres géneraux ,tous auto proclamés représentants du peuple libanis...ce sont bien les Libanais qui acceptent que les liders minimos censés les représenter aillent chercher leurs adoubements à Téhéran,Ryadh,Damas,liste non exhaustive...ce sont bien les Libanais qui ont bousillé l'environnement de leur pays en construisant n'importe quoi n'importe où,non?Ce sont bien les Libanis qui transforment chaque jour un peu plus le pays en dépotoir,non?Il arrive un moment où il faut arrêter de mettre la faute sur les "autres"...c'est pas la cour de récré...merde!

    GEDEON Christian

    04 h 31, le 23 janvier 2012

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