Cachée sous un parpaing, la charge d’un kilo était reliée à un téléphone portable afin qu’elle puisse être actionnée à distance.
Une charge explosive désamorcée, place al-Qods, à Saïda dans la nuit de mercredi à jeudi a provoqué des remous dans la capitale du Liban-Sud, mobilisant les forces de l’ordre et poussant les députés de la ville à agir pour apaiser les esprits. Il s’est avéré, un peu moins de 24 heures plus tard, que l’incident se résumait à une affaire de mœurs, selon les propos de la députée de Saïda, Bahia Hariri, jointe au téléphone par L’Orient-Le Jour.
Les incidents de sécurité répétitifs qui touchent le pays et la crainte de voir l’instabilité en Syrie se répercuter sur leur pays inquiètent les Libanais, notamment ceux qui vivent dans des villes majoritairement sunnites comme Saïda et Tripoli et qui connaissent un équilibre fragile pouvant vite basculer dans le chaos.
C’est dans ce contexte qu’une charge explosive découverte à Saïda, dans la nuit de mercredi à jeudi, a provoqué la consternation : la ville abrite le camp palestinien de Aïn el-Héloué, témoin par intermittence d’accrochages sanglants entre les factions palestiniennes ; de plus, depuis plusieurs jours, des informations qui n’ont pas été vérifiées courent sur la présence, au Liban, d’éléments d’el-Qaëda venus de Syrie.
La charge explosive découverte dans un parking de l’une des places principales de Saïda pesait un kilo. Elle était cachée sous un parpaing et était reliée à un téléphone portable afin qu’elle puisse être actionnée à distance. Les forces de l’ordre l’ont vite désamorcée et ont pu arrêter, hier en soirée, un suspect. Il s’agit de Toufic Khalil Abdelrazzak, réfugié palestinien. D’autres personnes seraient impliquées encore dans l’incident, qui entre dans le cadre d’une affaire de mœurs.
« Cet incident n’est ni politique ni religieux », a indiqué à L’Orient-Le Jour Mme Hariri. En réponse à une question, elle n’a pas rejeté la supposition selon laquelle la série d’incidents qui touchent les villes de Saïda et Tripoli soient liés à la situation en Syrie.
« Ici, nous sommes vigilants jour et nuit, pour ne pas mettre en danger la sécurité de la ville. Nous voulons contrer toute tentative de discorde. Saïda est la capitale du Liban-Sud. À l’instar des autres villes, elle accueille beaucoup d’habitants venus des localités alentour. Nous présentons une mosaïque de communautés et il est facile de faire basculer l’équilibre d’une ville comme la nôtre quand le pays et la région sont témoins de tension », a-t-elle expliqué.
« Il y a eu divers incidents de sécurité à Saïda. Par exemple, la série de voitures incendiées était une affaire politique par excellence. Plus tard, quelqu’un avait mis le feu à un véhicule mais cette dernière affaire était un incident isolé », a-t-elle ajouté.
La députée de Saïda a critiqué certains médias qui ne montrent que le côté négatif de la ville, comme la présence de quelques cheikhs fondamentalistes et les incidents dans les camps. « Nous sommes la ville qui entreprend le plus de projets de développement, malheureusement personne n’en parle », a-t-elle noté. Elle a aussi rendu hommage aux efforts déployés par les responsables du camp de Aïn el-Héloué, qui réussissent malgré tout à contenir la tension.
Mesures de sécurité supplémentaires
Bahia Hariri a également annoncé que diverses mesures seront prises dans les semaines à venir pour mieux contrôler la ville. Ainsi, une gendarmerie sera mise en place dans le vieux quartier de la ville. Des policiers seront déployés dans divers secteurs de Saïda. Les routes seront mieux éclairées et des caméras seront placées aux coins des rues.
« Les forces de l’ordre, la municipalité et les députés de la ville œuvrent conjointement pour prévenir tout débordement », a-t-elle souligné en conclusion.
Dans la matinée d’hier, une réunion des notables de Saïda s’est tenue à Majdelyoun, à l’invitation de Mme Hariri et en présence du député et ancien Premier ministre Fouad Siniora. Un communiqué publié à l’issue de la rencontre a mis l’accent sur « la période délicate que traverse le pays, laquelle nécessite beaucoup de sagesse pour éviter des défis sécuritaires à venir ».
Le mohafez du Liban-Sud, Nicolas Abou Daher, a en outre présidé une réunion du conseil régional de sécurité dans son bureau de Saïda. La situation dans le secteur a été discutée et les responsables présents ont convenu d’intensifier les patrouilles, d’appeler les habitants à informer la police de tout colis ou agissement suspect, et d’inviter les commerçants à installer des caméras devant leurs magasins.
Le président du conseil municipal de la ville, Mohammad Saoudi, a rendu hommage aux efforts déployés par les forces de l’ordre qui ont agi rapidement en désamorçant la charge explosive.
Pour sa part, le coordinateur général du courant du Futur au Liban-Sud, Nader Hammoud, a appelé « les habitants de Saïda à la vigilance, face à toutes les tentatives qui visent à plonger la ville dans le chaos ».
Le mouvement islamique al-Tawhid de Bilal Chaaban a de son côté dénoncé « la tentative d’attentat qui a visé Saïda et qui a pour but de porter atteinte à la sécurité du Liban ».

