Rechercher
Rechercher

À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

La galère des salaires

La guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires, soutenait Georges Clemenceau. Mais dans notre Liban qui s’est longtemps voulu le porte-flambeau des libertés dans cette partie du monde, certains partis et courants politiques font-ils seulement mieux dans leur manière de pratiquer le jeu démocratique ?

Partis politiques, ce serait d’ailleurs trop dire, s’agissant du moins de ce bloc qui a fait l’actualité en faisant voter, en Conseil des ministres, un projet de loi prévoyant, dans de chimériques proportions, une hausse générale des salaires. Ce qu’on a là en effet, c’est d’abord un parti théocratique d’obédience iranienne non point avouée mais proclamée au grand jour, une milice qui tire prétexte de la résistance à l’ennemi israélien pour imposer, par le chantage aux armes, sa domination sur le pays.

Ce qu’on a là ensuite, c’est un autre parti milicien (ou si l’on préfère milice partisane), théoriquement voué à la cause des déshérités mais qui n’a pas perdu pour autant le sens des affaires, ni celui de la force armée : à preuve que ses hommes investissaient tout récemment une centrale électrique au Liban-Sud en raison, dit-on, d’une adjudication de travaux qu’avait bloquée le ministre de tutelle, pourtant membre d’une formation alliée, le Courant patriotique libre. Lequel, conduit par un ex-général au passé aventureux et dévoré d’ambitions présidentielles, vient compléter idéalement ce singulier trio, dont la solidarité avait été, ces derniers temps, mise à rude épreuve.

À celui-ci on devait déjà une longue suite de monstrueuses hérésies constitutionnelles, qu’il serait bien trop long et fastidieux d’énumérer ici. À seule fin de rétablir sa cohésion, le voilà qui nous gratifie d’un projet de loi absolument insensé : à tel point insensé qu’aucune entreprise libanaise ne pourrait y survivre, et qu’il est venu torpiller un accord en règle survenu quelques heures auparavant entre patronat et salariat sans la moindre chance, pour autant, de passer à travers le tamis du Conseil d’État. Projet à tel point révélateur des tendances fascisantes de ses auteurs, qu’un ministre relevant pourtant du même bord a reconnu qu’il ne s’était plié à ce vote, de caractère bassement politique, que sous la pression, qu’il a qualifiée de terrorisme.

Plus important en somme que la paix sociale aura été le raccommodage de cette pas très sainte alliance. Plus important aussi que les règles les plus élémentaires de l’hygiène économique, ce qui porte à croire que l’économie, à son tour, est une chose trop grave pour être confiée à des ministres aussi aveuglément doctrinaires que Charbel Nahas. Plus important enfin que la sécurité nationale. Car cette lamentable affaire aura totalement soustrait aux préoccupations du Conseil des ministres les supputations du ministre de la Défense, qui faisait état d’éléments d’el-Qaëda infiltrés en Syrie à partir du territoire libanais. Hier, soit 48 heures plus tard, étaient perpétrés, en plein centre de Damas, deux effroyables attentats à la voiture piégée, aussitôt imputés par le régime baassiste à cette organisation terroriste.

Qu’ont fait au juste les responsables sécuritaires pour empêcher ces prétendues infiltrations ? Pourquoi les autorités syriennes, dûment alertées pourtant, n’ont-elles pas renforcé leur dispositif de protection autour de cibles aussi évidentes que des officines de Moukhabarate ? Et surtout, l’intrusion sur la scène syrienne du monstre el-Qaëda, si elle frappe le régime au cœur, ne lui fournit-elle pas aussi l’occasion rêvée de montrer qu’il fait face à une sédition de nature terroriste?

Parlant de salaires, c’est en réalité celui de la peur qui vient soudain d’être augmenté.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

La guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires, soutenait Georges Clemenceau. Mais dans notre Liban qui s’est longtemps voulu le porte-flambeau des libertés dans cette partie du monde, certains partis et courants politiques font-ils seulement mieux dans leur manière de pratiquer le jeu démocratique ?Partis politiques, ce serait d’ailleurs trop dire, s’agissant du moins de ce bloc qui a fait l’actualité en faisant voter, en Conseil des ministres, un projet de loi prévoyant, dans de chimériques proportions, une hausse générale des salaires. Ce qu’on a là en effet, c’est d’abord un parti théocratique d’obédience iranienne non point avouée mais proclamée au grand jour, une milice qui tire prétexte de la résistance à l’ennemi israélien pour imposer, par le chantage aux armes, sa...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut