Contrairement à ce que le lecteur pourrait induire de ce titre, la question ne s’adresse pas uniquement aux gouvernements passés et présents, mais concerne en fait l’ensemble des quatre millions et demi de citoyens libanais qui vivent à l’intérieur des 10 452 kilomètres carrés du territoire national.
Chacun d’eux est responsable, à sa mesure, de l’état dans lequel nous nous trouvons à l’heure présente. Le chauffeur de taxi, l’agriculteur, l’employé de banque ou le commerçant sont, toutes proportions gardées, aussi coupables de négligence et de laisser-faire que le politicien, le député, le ministre ou les chefs de l’exécutif et du législatif.
Les partis politiques, les autorités publiques (les membres de l’exécutif et du législatif), les membres des institutions judiciaires et légales, les fonctionnaires de l’État de toutes catégories, les organisations de la société civile (ONG), les membres des organisations patronales (associations, rassemblements, chambres, assemblées, etc.), les membres des syndicats et des organisations des travailleurs et des employés, les groupements professionnels dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’environnement, de la protection sociale, etc., et finalement le citoyen et la citoyenne qui n’appartiennent à aucune de ces catégories mais qui, de par le seul fait de leur appartenance à la nation, détiennent le pouvoir et la responsabilité d’agir pour le bien de leur pays.
À chacun de ces groupes nous posons la même question : « Durant les vingt dernières années, car nous ne voulons pas remonter plus loin dans le passé, qu’avez-vous fait, à titre personnel, pour promouvoir et assurer le développement de votre pays au point de vue économique et social ? Êtes-vous en mesure d’affirmer sans réserve aucune que, grâce à votre participation et à vos efforts, le Liban possède aujourd’hui une économie plus solide et plus équilibrée et que la justice et l’équité sociales prévalent ? »
Je devine déjà la réponse unanime à une telle question : « Mais qu’ai-je à faire dans cette galère ? La responsabilité incombe aux responsables du pouvoir public. D’ailleurs, si rien n’a été fait, la cause provient du manque de volonté politique. »
Et voilà comment chacun dans notre pays se décharge de sa responsabilité propre en imputant les carences publiques à une mystérieuse « volonté politique » qui n’existe en réalité que dans leur imagination. Il n’y a pas de « volonté politique ». Il n’y a même pas de politiciens qui exercent un véritable pouvoir.
Il y a un peuple sans volonté authentique et sans ambition de parvenir au développement économique et social qu’il est en droit de réclamer. Un peuple qui serait réellement conscient de ses droits aussi bien que de ses responsabilités civiques ne devrait pas permettre aux politiciens, alliés ou outils des « monocraties », de disposer à leur gré des ressources du pays et de dicter leur loi à des citoyens et à des citoyennes dociles et soumis. Ce sont, en fait, surtout ces derniers qui sont sans « volonté politique » et non pas seulement les autorités de ce pays.
En acceptant un tel raisonnement, nous sommes amenés à voir le problème et sa solution sous un angle et dans une perspective entièrement différents. Plutôt que d’attendre indéfiniment un exécutif dont l’incapacité a été souvent démontrée dans le passé, il incomberait à présent à la « masse sociale » dans ce pays, toutes tendances politiques et toutes appartenances religieuses confondues, d’intervenir pacifiquement mais fermement en vue d’introduire ces fameuses réformes dont nous rêvons depuis des décennies sans y parvenir.
Mais il ne faudrait surtout pas s’y méprendre : je ne recommande en aucune manière des actions populaires violentes, des grèves, des rassemblements, des barrages routiers ou autres manifestations publiques du même genre.
Ce que je prône, en fait, c’est ce que le patriarche Raï avait invoqué dès le premier jour de son intronisation et ce qui, à présent, apparaît, à travers le monde entier, comme l’unique remède pour tous les maux dont souffre un pays. J’entends par là une participation active et sans réserve entre un peuple et les dirigeants qu’il se serait choisis. Cette participation, que les protagonistes du printemps arabe réclament à grands cris, que ce soit en Tunisie, en Égypte, en Libye, au Yémen ou même en Syrie, est la même qui sert d’objectifs aux protestataires du mouvement des « 99 pour cent indignés » qui a démarré à Wall Street aux États-Unis et qui est en train de se répandre comme une traînée de poudre à travers le monde. C’est aussi la même réclamation que formulent à présent des millions de Chinois qui voudraient avoir eux aussi leur mot à dire dans la gouvernance de leur pays. C’est ce même désir de participation qui anime les Grecs, les Italiens, les Portugais et les Espagnols, qui en ont marre d’être menés par leurs dirigeants par le bout du nez, surtout après avoir été témoins de leurs déconfitures.
Il est grand temps que nous devenions finalement conscients, dans ce pays, des responsabilités qui incombent à tous les Libanais et que nous décidions d’un commun accord de nous mettre tous ensembles à l’ouvrage pour refaçonner ce pays à l’image idéale que nous entrevoyons pour lui.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Contrairement à ce que le lecteur pourrait induire de ce titre, la question ne s’adresse pas uniquement aux gouvernements passés et présents, mais concerne en fait l’ensemble des quatre millions et demi de citoyens libanais qui vivent à l’intérieur des 10 452 kilomètres carrés du territoire national.
Chacun d’eux est responsable, à sa mesure, de l’état dans lequel nous nous trouvons à l’heure présente. Le chauffeur de taxi, l’agriculteur, l’employé de banque ou le commerçant sont, toutes proportions gardées, aussi coupables de négligence et de laisser-faire que le politicien, le député, le ministre ou les chefs de l’exécutif et du législatif.
Les partis politiques, les autorités publiques (les membres de l’exécutif et du législatif), les membres des institutions judiciaires et légales,...