Liban

Pour le gouvernement, l’heure du départ n’a pas encore sonné

Éclairage
30/11/2011
Ceux qui parient sur la chute imminente du gouvernement Mikati devraient attendre encore un peu. En dépit des divergences certaines entre les parties de la majorité, l’heure du départ du gouvernement n’a visiblement pas encore sonné. Le ton a d’ailleurs été donné hier par le général Michel Aoun au cours de sa conférence de presse hebdomadaire après la réunion du bloc parlementaire du Changement et de la Réforme, lorsqu’il a affirmé que nul n’a parlé de démission.
L’alerte provoquée jeudi dernier par les propos du Premier ministre dans le cadre de son entretien à la LBCI a pourtant été chaude. Des sources ministérielles précisent à cet égard qu’en affichant son intention de démissionner si le financement du TSL n’est pas voté en Conseil des ministres, Nagib Mikati a pris ses partenaires de court. Il avait d’ailleurs soigneusement gardé le secret au sujet de cette position, puisque ses proches s’étaient ingéniés tout au long des jours précédant l’entrevue à démentir toute intention de démission. Mikati voulait visiblement ménager ses effets et lancer sa bombe par le biais des médias.
Pourtant, au cours des concertations qui avaient précédé sa désignation pour former le gouvernement, le Premier ministre avait promis au Hezbollah de laisser la décision de financer ou non le TSL au Conseil des ministres réuni, s’engageant ainsi à respecter la décision collective. C’est pourquoi, en prenant cette initiative spectaculaire en direct jeudi dernier, Mikati a donné à ses partenaires l’impression de revenir sur une entente préalable tacite. Toute la journée de vendredi et les jours suivants, les personnalités de la majorité ont tenté de comprendre les motifs de ce changement dans la position du Premier ministre. Certains l’attribuent aux propos fermes qu’il aurait entendus de la part de ses interlocuteurs occidentaux aux Nations unies et ailleurs, et d’autres laissent entendre que son neveu Azmi lui aurait transmis des propos qui ressemblent fort à des avertissements de la part de certaines instances occidentales.
D’autres encore pensent plutôt que l’élément décisif a été l’évolution de la situation en Syrie qui a contraint Mikati à adopter des positions en contradiction avec son respect déclaré de l’unanimité arabe. En effet, le Premier ministre avait à plusieurs reprises affirmé que le Liban devait toujours se positionner en faveur de cette unanimité et le voilà transformé en l’un des éléments qui la brisent à cause du dossier syrien. Cette situation est inconfortable pour Mikati, d’autant que le Liban s’est retrouvé en opposition avec la décision de 18 pays arabes, dont l’Arabie saoudite que Mikati ne désespère pourtant pas de gagner à sa cause. Enfin, et c’est peut-être le plus important, le Premier ministre est convaincu qu’il reste indispensable à la majorité actuelle et par conséquent il peut se permettre de lancer ce genre de bombe en sachant que cette majorité n’a pas d’autre alternative.
D’ailleurs, la réaction officieuse du Hezbollah n’a pas tardé et les sources qui lui sont proches ont commencé à préciser que le refus du financement du TSL est pour ce parti une position à la fois morale et religieuse, et il n’est pas question d’y renoncer même si elle doit entraîner la chute du gouvernement. Même son de cloche du côté du général Michel Aoun. Mais après des concertations intensives entre ses membres, la majorité semble convaincue que le maintien de l’actuel gouvernement reste préférable à son départ. D’abord, parce qu’il est difficile dans le contexte actuel de pouvoir former un autre gouvernement, et ensuite parce que sa transformation en gouvernement chargé de gérer les affaires courantes pourrait provoquer un pourrissement de la situation assez risqué en cette période d’instabilité régionale. C’est sans doute la raison pour laquelle le leader druze Walid Joumblatt s’est déclaré ouvertement pour le maintien du gouvernement et pour le financement du TSL. Mais comment aboutir à cette équation ? Telle est la grande question.
La parade a été trouvée en décidant de calmer un peu les esprits et en confiant au président de la Chambre la mission de trouver une issue acceptable à cette crise. Selon des sources de la majorité, le Hezbollah aurait donné carte blanche à Berry à ce sujet. Mais ce dernier ne s’est pas privé de critiquer Mikati pour son initiative non concertée, et au cours de leur rapide entretien de vendredi, il lui aurait clairement rappelé qu’il fait partie d’une coalition, et par conséquent il ne devrait pas agir seul. Cette attitude ne l’a toutefois pas empêché de s’activer pour chercher des solutions. Le président de la Chambre reste convaincu qu’il ne faut pas se hâter et il rappelle à ses interlocuteurs que la lettre adressée par le secrétaire général de l’ONU au gouvernement libanais ne comporte pas de délai précis, même si le TSL, par la voix de son porte-parole, a parlé, lui, de début décembre. Le président de la Chambre prône donc le report de toute décision, et Mikati, qui semblait pressé la semaine dernière, souhaitant démissionner avant le grand meeting du 14 Mars à Tripoli, serait désormais plus ouvert au report, ayant constaté que sa popularité reste importante dans sa ville natale et qu’en dépit des moyens déployés par le courant du Futur, la mobilisation tripolitaine n’était pas aussi considérable que prévu.
Le gouvernement a donc gagné ainsi un léger répit, mais l’issue de la crise reste difficile à imaginer. D’autant qu’en plus du dossier du financement du TSL, les médiateurs ont un autre problème à régler : Mikati est convaincu que plus il s’oppose à Aoun et plus il gagne en popularité sur la scène sunnite, alors que Aoun a des exigences sociales et économiques car il estime avoir des comptes à rendre aux Libanais. Il a toutefois mis une sourdine à ses revendications, faisant du maintien de la stabilité sa priorité. Un pas vers une sortie de crise ?

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GEDEON Christian

Ok Kamel,OK..mais tu n'étais pas obligé de dire à tout le monde que je vois des blondes à forte...euh..respiration partout,et des cocktails par milliers...dans un Liban enfin en paix.Il suffit de peu pour être heureux.De toute façon ,tu vois bien que la donne a complètement changé en quelque heures...pour notre bien à tous,probablement.Inchalla ou inchallapas!On se détend,le pire est passé...Youpi!

Jaber Kamel

Des gouvernements se font et se défont tous les jours, et il y en même qui ne se font plus comme en Belgique, mais pourquoi diantre quand il s'agit de CE gouvernement , le seul fait d'invoquer sa fin déclenche des passions d'hystérie collective dans CE forum ? Pourtant on est au courant que ce genre de chose arrive dans la vie d'une société démocratique, et avec ça Christian en lisant ma réaction me fait le reproche de voir des sio/yanky partout, et toi mon ami bâtisseur de société tu voudrais que je te dise ce que tu vois partout ? non, tu sais déjà ce que je veux insinuer.

Pierre Hadjigeorgiou

M. Jabbour pas de réactions sur "le refus du financement du TSL est pour ce parti (Le Hezbollah) une position à la fois morale et religieuse, ..." Mais vous en faite vite fait une lorsque quiconque d'autre en mentionne le caractère religieux. Je ne fait que relever une de vos multiples inconsistances et dans le fonds et dans la forme. Scarlette a raison le gouvernement chutera et ne reviendra plus car c'est le 14 Mars qui prendra les rennes du pouvoir en 2012 et par après les élections de 2013! Maintenant nous n'en sommes plus a quelques jours ou mois près! Le TSL continuera, jugera, et les criminels, tous les criminels cette fois, ceux du devant de la scène ou les tireurs de ficelles paieront. Avoir décidé de protéger les exécutants atteindra les donneurs d'ordre! Suivez mon regard vers la banlieue!

GEDEON Christian

mais Kamel...arrête d'être obsédé par le TSL et les "sio-yanki"...ton intelligence constructive,les conseils que tu pourrais donner,la pierre que tu pourrais apporter à la construction de notre édifice commun,c'est çà qui nous intéresse...tu es de la race des bâtisseurs...alors...bâtis,nom d'un cocktail!

Halim Abou Chacra

Libanais, soyez tranquilles. Votre sort est bien garanti entre les malabarismes politiques (infaillibles) du président à vie de "votre" Parlement et l'humeur (que le Hezbollah a réussi à apaiser) de "votre" général des généraux et de tout l'Orient. Le coeur est pour le sort, la raison pour ces deux grandes personnalités. Ainsi soit-il.

Jaber Kamel

On ne peut pas se faire une idée exacte de l'avenir du gouvernement, même avec les explications détaillées de Scarlett. Toutefois, ce gouvernement sur le fil du rasoir qu'on dit moribond à longueur de journée, vit des heures cruciales et on pré sent des intelligences qui s'agitent, qui se concertent malgré tout et qui se partagent les rôles pour la survie de celui ci. Malheureusement trop d'énergie est dépensée pour le financement d'un machin que tout le monde sait être maléfique par son orientation, mais tout le monde s'accorde à en faire un point de fixation pour finalement rien d'autre que le financement de quelque chose qui ne résoudra pas le véritable problème dans notre région.C'est comme pour soigner un fièvreux on se pose la question de savoir s'il faut casser le thermomètre ou pas.

GEDEON Christian

Ainsi font font font,les petites marionettes,ainsi font font font,trois ptits tours et puis s'en vont....mais Scarlett a raison,s'en vont...un jour...mais pas tout de suite...ce serait trop grave pour le Liban,et surtout le Hezb perdrait son bouclier légal....en attendant,ils jouent tous aux Pinnochio,avec un nez,mais alors un nez....

Anastase Tsiris

On prolonge l'agonie à coup d'injections fortifiantes et de pilules pénibles à avaler. Mais, survie oblige !
Anastase Tsiris

Saleh Issal

Le Hezbollah et le général se sont partagés les rôles de nouveau. Le Hezbollah va voter Non au financement, et le Général , pour ne pas paraître se contredire, va voter Pour le financement sous contrainte internationale, car il va donner comme raison qu'il veut éviter des sanctions contre le Liban. Mikati, pris entre le marteau du Hezbollah et l'enclume du 14 mars et du poids international, n'avait d'autre choix que d'avoir recours au chantage de la démission, mais c'était bien pour que le hezb dise à Aoun : tu votes "oui mais...." et je vote non. Le hezb tient le général en laisse, mais c'est une laisse extensible.

JABBOUR André

- - Je suis désolé de vous contredire Madame Scarlett Haddad , sur la conclusion de votre excellent article , quand vous dites que le général Aoun a toutefois mis une sourdine à ses revendications ! Ce n'est pas quelqu'un qui fait des concessions , et n'a pas plus important que les intérêts des Libanais , pour lesquels il ne transigera pas . ILS ne l'auront plus par des belles paroles et par des promesses , cela a suffisamment duré et monsieur Berry le sait , et bien d'autres concernés dans cette crise aussi .. Aucun pays n'est mort sans gouvernement , nous étions resté sans gouvernement pendant plus de 7 mois du temps de Rachid Karamé et bien d'autres , la Belgique civilisée et Démocratique vit toujours sans gouvernement depuis plus de 18 mois !! Si monsieur Mikati veut partir , qu'il parte .

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