Le campus de l’AUB en pleine campagne électorale. Photo Jad Rahmé
C’est une compétition des plus serrées qui s’annonce donc dans une atmosphère d’organisation extrême, loin des tensions malsaines, malgré une mobilisation importante et des campagnes électorales qui ont démarré en force il y a quelques semaines. Ainsi, l’AUB peut se prévaloir d’un esprit de compétition fair-play. Pourtant, ici encore, le 14 et le 8 Mars sont au
rendez-vous, s’opposant dans les sept facultés de l’AUB. L’année dernière, après six années de victoires consécutives, le 14 Mars a subi une lourde défaite, accédant à 27 places du conseil estudiantin contre 43 places pour le 8 Mars et 39 pour les indépendants, le vice-président élu étant du mouvement Amal. Une défaite qui, pour certains, serait due au ralliement du PSP au camp du 8 Mars et qui a fait toute la différence. En cette saison électorale, le PSP a décidé de se présenter en tant qu’indépendant, brisant en quelque sorte le clivage vertical des années précédentes.
Hezbollah, courant du Futur et PSP
Pour Mohammad Baker Komati, responsable Hezbollah au sein de l’AUB, les résultats des élections « reflètent toujours les affiliations politiques malgré les plateformes académiques ». Selon lui, « il serait inutile de nier le rôle du PSP dans la victoire de l’an dernier », affirmant qu’il sentait « une proximité entre le 14 Mars et le PSP cette saison malgré la campagne indépendante des joumblattistes ».
« Les listes du 14 Mars dans certaines facultés sont restées ouvertes aux candidats du PSP. Cela prouve qu’il y aurait une sorte d’alliance tacite entre les deux camps », assure Komati. Quant au responsable du courant du Futur, Abed Dabbous, il estime que « les chances du 14 Mars sont plus importantes pour 2011 ». « L’indépendance du PSP nous est sûrement favorable, même si nous ne faisons pas partie du même camp », ajoute-t-il.
Le responsable du PSP à l’AUB, Abdallah Ayache, a soutenu l’indépendance de ses candidats. « Il est temps pour nous de nous dissocier du 14 et du 8 Mars, et de nous occuper des affaires étudiantes, dit-il. Nous voulons exprimer aujourd’hui notre volonté de présenter un programme purement académique, loin des divisions politiques. » Il semblerait pourtant que les étudiants joumblattistes ont conclu des alliances avec les deux autres camps dans d’autres universités. « Nous ne recevons pas d’ordre du PSP pour les élections universitaires, explique Ayache, mais plutôt un souhait général de rester indépendants. Chaque université a des spécificités que nous devons respecter. » Pour ce qui est de la victoire du 8 Mars en 2010, il soutient fermement qu’elle a été « entièrement le fruit de l’alliance du PSP avec les forces du 8 Mars », qualifiant la manœuvre du 14 Mars de laisser leurs listes ouvertes aux candidats du parti de « très intelligente ».
Forces libanaises et CPL
Farès Trad, responsable au sein des Forces libanaises, interprète pour sa part la défaite de l’an dernier d’une tout autre manière. « En 2010, explique-t-il, les élections n’avaient pas vraiment une importance capitale et l’atmosphère politique du pays n’avait pas suscité une mobilisation électorale comme il se devait. Il y a un an, Saad Hariri s’apprêtait à visiter la Syrie, et nous nous attendions à gagner plutôt facilement contre le camp adverse après 6 années consécutives de victoire. Cela s’est traduit par un faible taux de participation au scrutin, 35 % environ. Cette année, nous sommes beaucoup plus optimistes, surtout que les candidats du PSP se présentent en tant qu’indépendants. Nous ne pouvons pas assurer que le parti votera pour nos candidats, mais nous le souhaitons. »
Située au cœur de Beyrouth, l’AUB semble être pour beaucoup un pôle universitaire où les élections refléteraient plutôt les échos du quartier musulman entre courant du Futur et Hezbollah. Pourtant, ce n’est pas le cas, le Courant patriotique libre et les Forces libanaises étant présents en bonne et due forme au sein du campus. « Le Social Club (FL) et le Freedom Club (CPL) sont les clubs les plus actifs », affirme Élias Khalil, responsable CPL. Pourtant, pour Farès Trad, les étudiants des Forces libanaises seraient « moins soutenus par leurs alliés sunnites que le CPL par ses alliés chiites », une affirmation rejetée par Khalil qui assure que « le courant du Futur surpasse en nombre et de loin les Forces libanaises à l’AUB ». Pour ce qui est des pronostics du CPL, il affirme qu’ « il est impossible d’établir des pointages exacts comme à l’USJ par exemple. Ici, on peut juste soupeser l’atmosphère générale, et nous sommes très optimistes pour cette saison électorale 2011 ».

