Faut-il s’en étonner ? Bien sûr que non ! Depuis la mainmise du Hezbollah sur le gouvernement Mikati à travers des complicités avilissantes, depuis le coup d’État perpétré contre une justice qui s’employait à annuler le terme impunité du lexique des criminels, la voie menant au reniement et au déni était largement ouverte.
Pour un pays qui se flattait d’avoir donné le coup d’envoi au printemps arabe, du moins dans ses composantes souverainistes, l’ardoise, aujourd’hui, est lourde à assumer, elle sera lourde de conséquences quand l’heure des redditions de comptes frappera aux portes. Et ce ne sont pas les explications et autres justifications avancées par Michel Sleiman et Nagib Mikati, au lendemain de la bévue commise au Caire, qui redoreront le blason flétri.
En retirant sa couverture au régime de Bachar el-Assad, en incitant, implicitement, l’armée syrienne à se rebeller contre le pouvoir politique, la Ligue arabe vient de frapper le pouvoir baassiste d’ostracisme, vient d’ouvrir la voie à une phase de transition dont l’aboutissement sera inévitablement la chute de la dictature, celle-ci dut-elle, entre-temps, noyer le pays dans un bain de sang.
Que le Hezbollah s’obstine à nier les évidences, que Hassan Nasrallah clame, haut et fort, que les évènements en Syrie ne sont que le reflet d’une « conspiration occidentale », il n’y a là rien de surprenant, une telle attitude s’inscrivant dans la continuité de celle adoptée à l’égard du Tribunal spécial pour le Liban : un rejet catégorique de tout ce qui pourrait affaiblir le Hezbollah ou le placer au banc des accusés.
Mais là où l’incompréhension la plus totale s’installe, c’est au vu de la position adoptée par le général Michel Aoun et de ses partisans, le Courant patriotique libre se faisant le chantre d’un régime autrefois honni sous prétexte qu’il assure la protection des chrétiens de Syrie, ramenés, dans cette optique, au statut de dhimmis.
Au rythme où les choses évoluent, un tel positionnement est le pire service que le CPL puisse rendre à ces mêmes chrétiens qui se retrouvent, aujourd’hui, en situation de faux témoins par rapport à la révolte populaire et qui gagneraient à rattraper le train en marche avant son arrivée à bon port.
Triple interrogation pour finir : que fera le Hezbollah quand la Syrie de Bachar basculera dans le camp libertaire, celui qui considère le parti de Dieu comme le complice du tyran ? De quelle marge de manœuvre continuera-t-il de bénéficier alors que l’Iran se débat dans de graves problèmes internes et qu’il est aujourd’hui la cible de toutes les menaces externes ?
Quelle explication pourrait alors donner le général Aoun pour expliquer son pari sur la pérennité du régime baassiste, celui-là même qui l’avait expulsé du palais de Baabda en cette infamante journée du 13 octobre 1990 ?
Des questions évidentes en attente de réponses hypothétiques : le Liban, lui, n’a pas fini de payer le prix de multiples aventures divines, de calculs erronés taillés à la mesure d’ambitions personnelles...


Quand certains de nos hommes politiques se disent soudain réalistes avec la Syrie de Bachar , on peut parier qu’il s’apprêtent à faire quelque chose dont ils ont honte secrètement.Feuilleton noir à suivre . Antoine Sabbagha
02 h 05, le 14 novembre 2011