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À La Une - L'orient Littéraire

Dix choses à savoir... sur la révolution arabe

L’autoritarisme des régimes arabes n’est pas une exception de la modernité politique.

L'écrivain et historien Henry Laurens.

L’historien, quand il est spécialisé sur l’histoire du monde arabe contemporain, est immédiatement saisi par l’actualité. Des événements comme ceux regroupés sous l’intitulé « printemps arabe » provoquent une avalanche de demandes de commentaires et d’éclaircissements de la part des médias, mais aussi de diverses institutions. Son expertise est perpétuellement sollicitée. La tentation est alors de répondre par des ouvrages écrits dans la rapidité des événements en cours.

Les résultats sont alors très inégaux. Le livre de Jean-Pierre Filiu est selon toute certitude l’un des meilleurs d’une littérature en pleine expansion. C’est qu’il s’appuie sur une vraie connaissance approfondie de la région, sur un suivi remarquable des événements et sur la volonté de répondre point par point aux questions les plus habituellement posées.

 

Les Arabes ne constituent pas une exception dans le monde contemporain. L’autoritarisme des régimes politiques était combattu par des mouvements citoyens, la seule vraie exception est la façon dont ces régimes se sont si rapidement effondrés. Les musulmans ne sont pas que des musulmans, ce sont aussi des individus qui aspirent à la liberté. La foi reste un facteur de mobilisation éthique, mais a perdu sa vocation globale.

La jeunesse a été au premier plan à la fois pour des raisons démographiques (surabondance des jeunes adultes) et par son niveau d’éducation. Sa colère peut être contenue, elle ne peut pas être étouffée. Les réseaux sociaux ont joué un rôle essentiel dans le déclenchement des événements et ont contribué à mettre fin à la peur, mais l’organisation du mouvement lui a échappé. On peut gagner sans chef, ce qui exprime un rejet supplémentaire de la figure du leader. Une combinaison de pressions de la rue, d’agitation syndicale et de militantisme associatif est ensuite parvenue à conforter une transition démocratique, couplée à un changement constitutionnel.

 

Contrairement à la perspective commune, la dictature conduit au chaos car elle ne permet pas l’alternance. Les dictateurs pour se maintenir face au mouvement populaire ont recours au désordre, voire à la guerre civile. En Tunisie comme en Égypte, l’armée l’a bien compris en basculant dans le camp révolutionnaire. Les islamistes ont été les principales victimes des répressions de ces dernières décennies, mais le mouvement révolutionnaire s’est fait sans eux, même s’ils ont pu apporter ponctuellement leur soutien. Ils ne contrôlent plus ni le calendrier ni les termes de référence de la vague démocratique. Le monde autour d’eux a changé. Ils sont au pied du mur. Ils doivent déjà affronter leur propre pluralisme, passer d’une culture d’opposition à celle de gouvernement.

 

 

Lire la suite de cet article et d’autres articles de l’édition de novembre de l’Orient littéraire.

 

L’historien, quand il est spécialisé sur l’histoire du monde arabe contemporain, est immédiatement saisi par l’actualité. Des événements comme ceux regroupés sous l’intitulé « printemps arabe » provoquent une avalanche de demandes de commentaires et d’éclaircissements de la part des médias, mais aussi de diverses institutions. Son expertise est perpétuellement sollicitée. La tentation est alors de répondre par des ouvrages écrits dans la rapidité des événements en cours.
Les résultats sont alors très inégaux. Le livre de Jean-Pierre Filiu est selon toute certitude l’un des meilleurs d’une littérature en pleine expansion. C’est qu’il s’appuie sur une vraie connaissance approfondie de la région, sur un suivi remarquable des événements et sur la volonté de répondre point par point aux...
commentaires (2)

Personne ne comprend ni ce qui se passe ni l'aboutissement des évènements. Les printemps arabes, "automnes arabes" ressemblent à des navires surchargés, à la dérive, sur des mers courroucées. Les vagues de l'anarchie, salafistes, extrémistes et autres, les mènent à leurs caprices. Pourraient-ils s'abriter dans quelque paisible port ? Accosteraient-ils à quelques île du salafisme ou de l'extrémisme ? où se briseraient-ils sur des écueils invisibles ? Dans aucun des trois pays, Tunisie, Egypte et Lybie, dont les changements sont supposés survenus, ou au Yémen et la Syrie en cours de développement, rien n'est plus vague et plus inconnu encore. C'est de l'anarchie qu'on parle et qu'on prétend être l'accès à la démocratie. De quelle démocratie ose-t-on rêver ou promettre dans les pays du M.O. ? Celle des Salafistes ou des extrémistes, deux faces opposées de la même monnaie ? Les Chrétiens, éternels otages, sont déboussolés. Leur existence même est en jeu. Les paroles et les promesses ne garantissent pas leur devenir... Anastase Tsiris

Anastase Tsiris

00 h 44, le 06 novembre 2011

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Commentaires (2)

  • Personne ne comprend ni ce qui se passe ni l'aboutissement des évènements. Les printemps arabes, "automnes arabes" ressemblent à des navires surchargés, à la dérive, sur des mers courroucées. Les vagues de l'anarchie, salafistes, extrémistes et autres, les mènent à leurs caprices. Pourraient-ils s'abriter dans quelque paisible port ? Accosteraient-ils à quelques île du salafisme ou de l'extrémisme ? où se briseraient-ils sur des écueils invisibles ? Dans aucun des trois pays, Tunisie, Egypte et Lybie, dont les changements sont supposés survenus, ou au Yémen et la Syrie en cours de développement, rien n'est plus vague et plus inconnu encore. C'est de l'anarchie qu'on parle et qu'on prétend être l'accès à la démocratie. De quelle démocratie ose-t-on rêver ou promettre dans les pays du M.O. ? Celle des Salafistes ou des extrémistes, deux faces opposées de la même monnaie ? Les Chrétiens, éternels otages, sont déboussolés. Leur existence même est en jeu. Les paroles et les promesses ne garantissent pas leur devenir... Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    00 h 44, le 06 novembre 2011

  • "Les islamistes ont été les principales victimes des répressions de ces dernières décennies, mais la révolution s'est fait sans eux, même s'ils ont pu apporter ponctuellement leur soutien. Ils ne contrôlent plus ni le calendrier ni les termes de référence de la vague démocratique. Le monde autour d'eux a changé. Ils sont au pied au mur. Ils doivent déjà affronter leur propre pluralisme, passer d'une culture d'opposition à celle de gouvernement". Oh combien souhaite-t-on que ces affirmations de M Henry Laurens soit à 100% vrai ! Que les Frères musulmans d'Egypte, par exemple, comprennent que la révolution égyptienne ne peut pas aboutir à l'inspiration des théories de cheikh Youssef el-Qardawi, guide d'al-Jazeera. Ce serait son pire avortement. Idem et surtout pour le révolution syrienne, qui doit rejeter sans hésiter l'inspiration des cheikhs salafiste wahhabites, garante de sa propre perdition. Tout en reconnaissant que la chaîne al-Jazeera a un mérite à relever dans le déroulement des révolutions arabes. Les islamistes de tous les pays arabes ont le devoir de comprendre qu'ils doivent être de leur temps, et non des temps archaiques cent fois révolus, s'ils veulent accompagner l'évolution de l'humanité. Sans plus pour le moment.

    Halim Abou Chacra

    08 h 07, le 05 novembre 2011

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