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Économie - Liban - Enquête

Quand la religion est aussi un business

À des fins lucratives ou sociales, de plus en plus d’activités à caractère commercial gravitent depuis quelques années dans l’orbite de la religion. Une tendance qui concerne essentiellement le secteur privé mais qui n’épargne plus les wakfs chrétiens et musulmans.

Dans le pays des 18 communautés, le tourisme religieux s’est largement développé au cours des dernières années.

De nos jours, la religion n’est plus uniquement l’expression d’appartenance à un groupe, un ensemble de rites et de traditions, ou encore un mode de vie, mais aussi un moyen pour des agents privés, tout comme pour les wakfs (biens appartenant aux communautés), de générer des revenus, que ce soit à but lucratif ou social.
Depuis plusieurs années, ce nouveau créneau « commercial », non des moins alléchants, attire en effet de plus en plus de petits comme de moyens commerçants. Ventes de statues, de livres sacrés, de cierges et d’autres accessoires religieux, les business qui gravitent dans l’orbite de la religion prolifèrent dans un pays où les convictions et les croyances religieuses continuent de façonner le tissu social.
Pour les opérateurs touristiques, désireux d’exploiter de nouvelles opportunités de croissance, il s’agit en tout cas d’une aubaine. Le Liban, terre des 18 communautés et de nombreux sites religieux – dont certains sont cités dans la Bible –, constitue pour eux un marché idéal.
L’agence Wild Discovery, l’une des plus grandes du pays, propose ainsi des tours religieux s’adressant essentiellement aux étrangers mais aussi aux Libanais. « Nous proposons différents programmes portant notamment sur des visites de sites religieux comme Baakafra, Miziara, etc. accompagnées, dans certains cas, de logement dans des monastères (...) », raconte Ghenwa Sannouh, responsable du département incoming au sein de la compagnie. L’agence Nakhal, quant à elle, ne propose pas de tours exclusivement religieux, mais une combinaison entre les différents sites, « le principal site religieux visité étant Harissa », selon José Nakas, un responsable des tours organisés par l’agence. « Nous offrons des tours en fonction de la demande des clients (...) Nous avons pour cela des guides spécialisés (...) », ajoute-t-il.
Si ce créneau a gagné du terrain, il ne représente néanmoins qu’une part modeste du chiffre d’affaires de ces agences, précisent les deux responsables. Quant à sa croissance, elle suit celle de l’activité touristique en général, laquelle est actuellement affectée par la précarité de la situation politique sur le double plan local et régional, ajoutent-ils.

Monastères et wakfs musulmans
À côté du tourisme religieux, une autre tendance a pris de l’ampleur au cours des dernières années : l’exploitation par les wakfs de sites ou de biens leur appartenant et la diversification de leurs activités génératrices de revenus.
« Nous disposons de plusieurs projets dont le but unique est de contribuer au développement socio-économique de la région et de soutenir les plus démunis. Nos ressources sont de petits snacks, des usines de lait (...), indique l’économe du monastère Saint-Charbel, le père Louis Matar. « Nous produisons également du charbon et du bois. En ce qui concerne les alcools, nous mettons à la disposition de nos visiteurs des vins et des liqueurs issus de nos terres cultivables (...) Nous proposons, en parallèle, des chambres à des prix différents, qui varient entre 35 000 et 75 000 livres la nuitée, petit déjeuner inclus. » Si le prix de certains produits et services offerts par le monastère ont augmenté, « pour suivre l’inflation », l’objectif final reste social, insiste le père Louis Matar. « Nous employons des gens de toutes confessions (...). En outre, nous aidons près de 300 personnes à acquérir des médicaments ou à payer les frais de scolarité de leurs enfants. Par mois, nous débloquons quelque 40 millions de livres à cette fin. »
À 700 mètres d’altitude, sur une colline surplombant Beyrouth dans la localité de Beit-Mery, un autre monastère, baptisé Saint-Jean, est également impliqué dans des activités génératrices de revenus. Celles-ci concernent avant tout les mariages. Le monastère loue un espace, dans un cadre idyllique, à un prix variant entre 1 500 et 5 000 dollars (selon les options), dédié à la soirée organisée après la cérémonie religieuse. À cela s’ajoutent des frais supplémentaires liés au dîner (ou déjeuner), l’éclairage de l’espace loué, la musique, les feux d’artifice ou encore le service de voituriers – des activités sous-traitées par des sociétés privées. Le monastère, qui commercialise également certains produits agricoles cultivés dans les terres qui lui appartiennent, utilise « tous ces fonds pour aider les pauvres et organiser des activités à but social », souligne le président du monastère, le père Nagib Baaklini.
Même son de cloche du côté de la basilique Notre-Dame de Harissa, l’un des sites les plus convoités par les Libanais et les touristes. Ce monastère ne dispose pas de terres, mais compte sur la collecte et l’achat de souvenirs. « Nous avons commencé à mettre nos articles en vente auprès de la boutique à partir de 1954 », indique le président du site, le père Khalil Alwan. L’argent recueilli est également utilisé pour le développement, le soutien de certaines familles et le paiement de salaires des personnes travaillant pour le compte de la basilique. « Nous sommes en relation avec 70 familles. Nous leur fournissons des médicaments mais aussi des repas quotidiens grâce à une équipe dédiée à cette activité. »
Du côté musulman, les biens appartenant aux wakfs sont également de plus en plus exploités. « Les terrains dont nous disposons sont soit loués, soit cultivés (...) Lorsque nous louons, nous le faisons au prix du marché (...) », indique Cheikh Mohammad Nokkari, ancien secrétaire général de Dar el-Fatwa. « Mais les biens sont invendables, ils sont retirés du commerce (...) », ajoute-t-il. Selon ce haut dignitaire musulman, les bénéfices engendrés par ces activités sont alloués au financement des organismes religieux ainsi qu’à des activités sociales ou de bienfaisance : construction d’appartements, d’hôpitaux, d’écoles, ou encore aménagement de routes et aides financières directes aux plus défavorisés.
L’islam et ses lieux de pèlerinage font en outre l’objet d’une exploitation de la part d’agents privés au Liban, notamment les agences touristiques, qui organisent des tours aussi bien dans le pays qu’à l’étranger. Avec la hausse du nombre de pèlerins libanais qui se rendent chaque année à la Mecque pour le grand pèlerinage, le marché du haj s’est en effet considérablement développé au cours des dernières années. Le chiffre d’affaires de ce segment du tourisme religieux est estimé à plus de 30 millions de dollars. D’autres activités commerciales complémentaires se développent en parallèle... le but étant de joindre l’utile au... religieux.
De nos jours, la religion n’est plus uniquement l’expression d’appartenance à un groupe, un ensemble de rites et de traditions, ou encore un mode de vie, mais aussi un moyen pour des agents privés, tout comme pour les wakfs (biens appartenant aux communautés), de générer des revenus, que ce soit à but lucratif ou social.Depuis plusieurs années, ce nouveau créneau « commercial », non des moins alléchants, attire en effet de plus en plus de petits comme de moyens commerçants. Ventes de statues, de livres sacrés, de cierges et d’autres accessoires religieux, les business qui gravitent dans l’orbite de la religion prolifèrent dans un pays où les convictions et les croyances religieuses continuent de façonner le tissu social. Pour les opérateurs touristiques, désireux d’exploiter de nouvelles opportunités de...
commentaires (4)

Madame Sabbagha, vous mélangez Europe avec Israël, bien sûr. Anastase Tsiris

Anastase Tsiris

12 h 15, le 03 novembre 2011

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Commentaires (4)

  • Madame Sabbagha, vous mélangez Europe avec Israël, bien sûr. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    12 h 15, le 03 novembre 2011

  • Beau de lier toujours tradition avec les sites religieux et garder ainsi la foi dans ces endroits sacrés , alors qu' en Europe certaines Eglises ont été converties en boites de nuit . Nazira. A. Sabbagha

    Sabbagha A. Nazira

    07 h 33, le 03 novembre 2011

  • André,je doute fort que les patrons du cac aient des préoccupations très chrétiennes...eux,ce n'est pas aimez vous les uns les autres,mais plutôt charité bien ordonnée commence par soi-même!

    GEDEON Christian

    07 h 26, le 03 novembre 2011

  • - - Une retraite spirituelle dans un monastère ou une Abbaye d'une semaine ou plus , pour faire le point sur sa vie , dans un silence total , est conseillé à nos hommes politiques . D'ailleurs en France , cela est monnaie courante chez les grands patrons de sociétés du Cac 40 et bien d'autres , de le faire régulièrement . Se ressourcer , être soi même et proche du créateur et de la vie ..!! est essentiel dans la vie de chaque jour , pour pouvoir connaître et être plus proche des autres . Je suis personnellement tenté par le Monastère de Lérins , que je visite chaque été dans les îles face à Cannes , rien que de prendre le bateau pour s'y rendre , vous êtes déjà entre ciel et terre et non plus sur terre ! Chez nous dans nos Monastères aussi , je pense que la ferveur et plus dense ainsi que les prières et le silence , hormis le chant des oiseaux . Je vous le dirai quand je décide de le faire , comme ça , j'épargnerai à certains ICI , mes commentaires quotidiennes qui les dérangent , pendant une bonne semaine .

    JABBOUR André

    03 h 09, le 03 novembre 2011

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