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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Les bourreaux, leur gloire

Le courageux documentaire de Fadia Amara sur la Syrie, diffusé mardi soir sur Arte, avait surtout le mérite de restituer leur cohérence aux images fragmentaires que nombre d’entre nous découvrent au quotidien sur la Toile. On n’ y apprend rien de vraiment nouveau sur la cruauté des forces de sécurité, leur détermination bestiale à tuer pour tuer, leur acharnement sur les ambulances (« Nous les tuons et vous voulez les sauver ! » dit un homme armé au secouriste), la transformation de certains hôpitaux en centres de torture, les raffinements, d’ailleurs, de la torture pratiquée par les sbires du régime comme un des beaux-arts. Mais on y palpe la déchirure profonde occasionnée par plus de quarante ans de pression sécuritaire sur le tissu social syrien.
Ce que les opposants semblent craindre le plus, ce ne sont pas les tirs des loyalistes mais la délation des voisins. Ainsi le sentiment d’insécurité – et le danger réel – viendraient des plus proches, ceux avec qui vous partagez un carré de jardin, un mur mitoyen, qui sait, un café en rentrant du travail. C’est cela au final qui vous étouffe et vous donne envie de hurler, comme cet homme aux funérailles d’un jeune officier dissident : « Nous voulons être libres. Libres de parler, d’agir, de penser, de nous exprimer, de vivre sans rendre de comptes, sans montrer patte blanche, sans payer de pots-de-vin, sans mettre notre intégrité en jeu sous la menace. »
Sans doute l’invention la plus cruelle du régime est-elle cette armée sans uniforme, sans signalement, qui rend le danger aussi anonyme qu’imprévisible. Les responsables des prisons, les chargés de l’ordre semblent droit sortis de l’académie des Abattoirs. Ces hommes d’élite sont admirables. Car il est admirable de pouvoir écraser de sang-froid sa cigarette sur la peau d’un être sans défense. Il est admirable de pouvoir le terroriser, lui briser les os, l’émasculer, lui trancher la gorge, pour enfin, comme à regret, l’achever avec une balle dans le cœur ou dans la tête. Comment expliquer cet acharnement ? À quelle haine immense prend-il sa source, ou à quelle perversion ? Dans quel état d’esprit rentre-t-on chez soi après avoir ainsi martyrisé son semblable ? Comment aborde-t-on sa femme, que dit-on à ses enfants ? Mais non, ces bourreaux n’ont pas de famille. Sans doute vont-ils en meute et ricanent-ils de concert en se racontant leurs hauts faits. Car ce n’est qu’entre soi que l’on peut évoquer ces choses. On sait bien, au fond, qu’être regardé par ses supérieurs comme une bête, même avec admiration, même avec des galons, ce n’est pas très valorisant.
Ainsi va la répression dans la Syrie silencieuse et la majorité des Syriens ne savent qu’en penser. Pour la plupart d’entre eux c’est le régime ou le chaos, la répression ou la guerre civile, l’obéissance ou l’opprobre. La veille, passait sur Canal + le premier épisode de la série des Borgia. Voici l’histoire de 30 ans de terreur, de meurtres, de carnages que le passage du temps a transformée en fiction. Superposer cela avec un documentaire tourné il y a deux mois donne froid dans le dos. Mais laisse espérer une Renaissance.
Le courageux documentaire de Fadia Amara sur la Syrie, diffusé mardi soir sur Arte, avait surtout le mérite de restituer leur cohérence aux images fragmentaires que nombre d’entre nous découvrent au quotidien sur la Toile. On n’ y apprend rien de vraiment nouveau sur la cruauté des forces de sécurité, leur détermination bestiale à tuer pour tuer, leur acharnement sur les ambulances (« Nous les tuons et vous voulez les sauver ! » dit un homme armé au secouriste), la transformation de certains hôpitaux en centres de torture, les raffinements, d’ailleurs, de la torture pratiquée par les sbires du régime comme un des beaux-arts. Mais on y palpe la déchirure profonde occasionnée par plus de quarante ans de pression sécuritaire sur le tissu social syrien. Ce que les opposants semblent craindre le plus, ce ne sont pas...
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