Des graffitis anti-américains à Téhéran. Morteza Nikoubazl/
"La charge de la preuve est accablante et montre clairement la responsabilité officielle de l'Iran", a déclaré aujourd'hui le prince saoudien Turki al-Fayçal. Hier soir, le ministre américain de la Justice, Eric Holder, avait annoncé l'inculpation de deux ressortissants iraniens accusés d'avoir projeté d'assassiner l'ambassadeur d'Arabie saoudite, Adel al-Jubeir, dans le cadre d'un complot "conçu, organisé et dirigé" par l'Iran. L'un des deux hommes a été arrêté le mois dernier et le second se trouverait en Iran. "Quelqu'un en Iran va devoir en payer le prix", a ajouté le prince Turki, ancien chef des services de renseignement saoudien.
Selon un responsable non identifié, cité par l'agence officielle saoudienne SPA, "le royaume condamne avec force la tentative odieuse et immorale d'assassiner l'émissaire saoudien aux Etats-Unis", sans nommer l'Iran. Le gouvernement saoudien "salue les efforts déployés par les autorités américaines, qui ont été suivis par le royaume, dans la découverte du complot", a-t-il ajouté.
De son côté, le chef du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Abdellatif al-Zayani, a condamné le complot présumé iranien en affirmant qu'il nuirait aux relations entre les deux camps, toujours selon SPA. "Cela constitue une violation flagrante de toutes les lois et conventions", a-t-il dit.
Le CCG regroupe l'Arabie saoudite, Bahreïn, Oman, le Koweït, les Emirats arabes unis et le Qatar.
Les autorités iraniennes ont toutefois démenti en bloc et exprimé leur indignation face à ces accusations. "Scénario ridicule fabriqué de toutes pièces" pour créer des tensions entre l'Iran et ses voisins arabes du Golfe, a rétorqué Téhéran en faisant valoir qu'il n'avait aucun intérêt à aggraver des relations déjà compliquées avec Riyad. "Les relations entre l'Iran et l'Arabie saoudite sont basées sur le respect mutuel et une telle accusation sans fondement ne mènera nulle part", a affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Ramin Mehmanparast. Washington cherche à la fois à "détourner l'attention de ses problèmes domestiques" et à créer des divisions au sein des pays musulmans afin de "sortir Israël de son isolement actuel", a-t-il également estimé.
Téhéran a toutefois laissé transparaître son inquiétude quant aux suites possibles des accusations américaines en alertant immédiatement, par une lettre officielle, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon et le Conseil de sécurité sur les "conséquences dangereuses" qu'elles pourraient avoir sur la stabilité dans le Golfe et au Moyen-Orient.
Dans ce document, l'ambassadeur d'Iran à l'ONU, Mohammad Khazaee, a également appelé "ses voisins musulmans à se montrer vigilants contre les campagnes vicieuses (des Etats-Unis) visant à ébranler la paix et les relations d'amitié entre les pays de la région".
"Cette procédure solennelle et la rapidité inhabituelle des réactions iraniennes montrent que l'Iran prend l'affaire très au sérieux", relevait mercredi un diplomate occidental à Téhéran.
De son côté, le général Hossein Salami, l'adjoint du chef des Gardiens de la révolution, a démenti mercredi toute implication de membres de l'armée d'élite du régime islamique dans le complot présumé, a rapporté l'agence Fars.
"C'est un scénario sans fondement. Il s'agit d'une tentative pour détourner l'attention de l'opinion publique mondiale du mouvement anti-Wall Street et des échecs des Etats-Unis dans leur politique dans la région et dans le monde", a déclaré le général Salami.
"Ce genre d'accusation vise à créer des divisions entre chiites et sunnites dans le monde islamique et montre l'incapacité des Etats-Unis à sortir de la crise crée par le mouvement de réveil islamique au Proche-Orient", a-t-il affirmé en ajoutant que ce complot serait "neutralisé comme tous les complots américains" contre l'Iran.
Cette affaire intervient alors que les relations de la République islamique avec Riyad se sont fortement détériorées ces derniers mois, après l'intervention militaire saoudienne à Bahreïn en mars pour réprimer une révolte de la population majoritairement chiite, comme en Iran, contre la dynastie sunnite de l'émirat. Téhéran a vivement critiqué cette intervention, s'attirant en retour l'accusation, par les monarchies arabes du Golfe, de s'ingérer dans les affaires intérieures de ses voisins pour chercher à les déstabiliser. Riyad a également accusé l'Iran d'être derrière des manifestations violentes qui ont fait 14 blessés la semaine dernière dans l'Est chiite de l'Arabie saoudite, laissant entendre que l'affaire ne resterait pas sans suites.
"L'Iran semble recourir à de basses manœuvres pour porter atteinte aux relations saoudo-américaines", a estimé mercredi un responsable saoudien s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. "Il recourt pour cela à des cellules dormantes comme il l'a déjà fait à Bahreïn et en Irak", assure-t-il.
Washington a clairement annoncé mardi son intention d'utiliser le complot iranien présumé contre l'ambassadeur saoudien pour faire monter la pression internationale contre Téhéran, déjà soumis à de sévères sanctions de l'ONU et des pays occidentaux pour son programme nucléaire controversé ainsi que pour ses violations des droits de l'Homme. Les Etats-Unis vont demander à leurs alliés de "coopérer plus étroitement pour envoyer un message fort à l'Iran et l'isoler encore plus de la communauté internationale", a averti la secrétaire d'Etat Hillary Clinton qui a réaffirmé, mercredi, que l'Iran s'est engagé dans "une escalade dangereuse".
Washington a cependant écarté des représailles militaires, optant pour une réponse diplomatique. "L'armée américaine nourrit depuis longtemps des inquiétudes sur la mauvaise influence iranienne dans la région. Mais pour ce qui concerne cette affaire, c'est un problème diplomatique et judiciaire", a déclaré le porte-parole du Pentagone, John Kirby, à des journalistes.
L'Union européenne a, de son côté, mis en garde l'Iran contre des "conséquences très graves" si les accusations contre Téhéran sont avérées. Cela constituerait "une claire violation" du droit international et aurait des "conséquences en droit international pénal", a averti la porte-parole de Catherine Ashton, la haute représentante de la diplomatie de l'UE. "Nous sommes en contact avec les autorités américaines et nous appelons le gouvernement iranien a coopérer avec la justice américaine", a déclaré la porte-parole de Mme Ashton. "Nous voulons obtenir le maximum d'informations et nous espérons que toute la clarté sera faite sur cet acte qui serait punissable", a-t-elle ajouté.
Paris a également dénoncé "une violation scandaleuse du droit international, dont les auteurs et les commanditaires devront rendre compte", a affirmé mercredi le ministère français des Affaires étrangères. "Pour la France, c'est une affaire extrêmement sérieuse", a déclaré dans un communiqué le porte-parole du ministère, Bernard Valero, en précisant que les autorités françaises avaient été informées par les Etats-Unis de l'inculpation de deux ressortissants iraniens, dont un a été arrêté.
Selon un responsable non identifié, cité par l'agence officielle saoudienne SPA, "le royaume condamne avec force la tentative odieuse et immorale d'assassiner l'émissaire saoudien...


Avant tout, je tiens à dire l'effet néfaste que ces deux ombres noires, dans la photo de l'article, se dandinant avec fierté dans les rues de Teheran, ont laissé sur moi. Quelle démocratie Ayatollatiste ! Quand aux accusations des US et AS, s'ils s'avérent justifiées, l'acte projeté de Tehran est bien condamnable, dans tout le terme du mot. Anastase Tsiris
16 h 23, le 12 octobre 2011