Liban

Préserver le modèle libanais, objectif de la Fondation maronite dans le monde

Émigration La Fondation maronite dans le monde veut rétablir les liens entre les émigrés chrétiens et la mère patrie.
Fady NOUN | OLJ
06/10/2011
SAINT LOUIS, de Fady NOUN

À l’heure où, à Beyrouth, des panneaux publicitaires vantent les avantages d’avoir des « racines » à Washington, la Fondation maronite dans le monde, sous l’appellation « Project Roots », œuvre pour une « reforestation » humaine du Liban, grâce au rétablissement des liens entre les émigrés chrétiens et la mère patrie.
À « Project Roots », il existe un sous-titre : « Sauvegarder notre fierté dans nos racines libanaises », souligne la directrice de « Project Roots », Nada Abisamra, que nous rencontrons à Washington à l’occasion de la visite du patriarche Raï aux États-Unis.
Ils sont aux États-Unis quelque 215 000 maronites possédant la nationalité libanaise, mais en réalité, ils sont bien plus nombreux si l’on compte avec eux leurs descendants de la deuxième et de la troisième génération.
« Quelles sont vos racines ? » leur demande-t-on, et particulièrement aux États-Unis, une nation qui est une fédération de peuples d’origine, un « melting pot », de tous horizons. Ils devraient pourvoir répondre : « Nous sommes du Liban », même s’ils savent qu’au Liban, tout n’est pas idéal.
La Fondation maronite dans le monde s’est donné pour tâche de rétablir ce lien et, à cette fin, s’est mise au service de tous les chrétiens des deux Amériques (grecs-orthodoxes, melkites, syriaques, arméniens), et pas seulement des seuls maronites. La présence du patriarche maronite Béchara Raï aux États-Unis lui donne l’occasion de multiplier ses contacts à cette fin.

Avantages
« Il y a certainement beaucoup d’avantages à être libanais », souligne Antonios Andari, inlassable défenseur de la Fondation maronite dans le monde, qui se trouve aux États-Unis pour l’occasion. Et de citer « les avantages patrimoniaux et fiscaux », sans oublier le droit de vote, une fois que ce droit pourra être exercé dans les ambassades du Liban à l’étranger.
« Mais outre tous ces avantages, il en est un, le plus inestimable, c’est celui de préserver le modèle libanais du vivre-ensemble, ajoue Nada Abisamra. Or si, comme le montrent certaines statistiques, le nombre des chrétiens du Liban doit aller diminuant, au point qu’ils ne représenteront plus que le 1/10e de la population totale, c’est le modèle libanais lui-même qui sera compromis. Il faut donc réagir pour le bien de tous et non des seuls chrétiens. »
L’effort pour rétablir le lien des chrétiens du Liban avec leurs racines s’est heurté, tout au long de ces dernières années, aux complications bureaucratiques. Beyrouth exigeait des documents originaux, que les émigrés avaient des réticences à donner. Par ailleurs, des problèmes se posaient au niveau de l’orthographe des noms américanisés, des dossiers s’égaraient ici et là.
Pour surmonter ces obstacles, affirme Nada Abisamra, un grand effort a été déployé au Liban et aux États-Unis. « Ici, précise-t-elle, neuf coordinateurs ont été nommés pour assurer le suivi des dossiers présentés auprès des consuls du Liban. Grâce à cette mesure, le processus de transmission des dossiers a été considérablement amélioré. Ainsi, assure-t-elle, près de 500 dossiers ont été transmis au Liban depuis le mois de mai dernier. Pour empêcher qu’ils s’égarent en route, ils ont été numérotés ainsi que les valises diplomatiques partant au Liban.
Au Liban même, ajoute Antonios Andari, les contacts et le suivi avec le ministère des Affaires étrangères ont été considérablement améliorés, et des facilités octroyées.
« D’abord, précise-t-il, les documents originaux ne sont plus exigés. Des copies sont acceptées. Par ailleurs, chaque dossier transmis existe désormais en deux copies. Enfin, il n’y a plus de frais de formalités. »
Reste, souligne Nada Abisamra, un grand obstacle à vaincre : la vie trépidante que mènent les Américains. Beaucoup de Libanais parfaitement convaincus de la justesse de la démarche ne passent quand même pas à l’action. Il est donc nécessaire de les motiver, et les médias, sur ce plan, sont indispensables.
Par ailleurs, enchaîne-t-elle, il nous faut les listes des Libanais résidant dans les diverses villes des États-Unis afin que nous puissions les joindre au téléphone et les informer de notre projet. Hélas, ces listes n’existent pas et nous devons les former à partir de quelques noms dont nous disposons. Un travail considérable, mais qui a commencé à Los Angeles et au Michigan.
Enfin, même si les listes étaient formées, il reste un grand obstacle : l’absence d’une loi octroyant la nationalité libanaise aux descendants d’émigrés libanais.
Dans l’État de Michigan, explique-t-il, nous disposons de 500 dossiers de chrétiens souhaitant la nationalité libanaise. Mais seuls 85 de ces dossiers répondent aux critères légaux requis pour que cela se fasse, les autres attendent une loi.
Selon Andari, une proposition de loi en ce sens devrait être approuvée en Conseil des ministres incessamment. Une telle loi est indispensable si le projet Roots doit vraiment prendre corps. « Ne rentrez pas au Liban, souligne Nada Abisamra à l’adresse des Libanais de l’étranger, mais donnez de la visibilité à vos racines libanaises. Il faut empêcher le Liban du vivre-ensemble de disparaître. » Un énorme réservoir humain est là, dans les deux Amériques, au sein duquel il suffit de savoir puiser.

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