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Nos lecteurs ont la parole

Interdit de fumer

Lina EL-KADI RIFAAT
À lire l’article paru dans L’Orient-Le Jour du 23 septembre 2011 sous le titre « La loi antitabac : le chiffre des restaurateurs partira-t-il en fumée ? », je ne pouvais m’empêcher d’être scandalisée par les tentatives de certains propriétaires de restaurants de susciter la pitié de l’opinion publique sur les aléas d’une perte de chiffre d’affaires lorsqu’une perte de vies humaines en raison du tabagisme passif est une réalité.
Qu’on soit concerné par l’aspect économique de la loi n’a rien d’anormal ou de scandaleux, les restaurants n’étant pas des associations caritatives. Mais de là à s’inquiéter uniquement du chiffre d’affaires, et oublier tout ce qui compte le plus, allant des libertés personnelles à l’hygiène de l’endroit en passant par la santé publique et la responsabilité du citoyen, cela est honteux.
On a beau crier que le tabagisme passif tue, on a beau citer des études montrant que les dépenses liées au tabagisme dépassent largement toute rentabilité au niveau national, on a beau plaider la compassion pour nos enfants, rien n’y fait. Parlons donc d’argent, chez nous l’argent étant roi, pas le client et surtout pas sa santé !
Je vais m’appuyer sur des chiffres et des recherches économiques pour apaiser les inquiétudes des restaurateurs. La manière la plus efficace de le faire est de puiser dans les expériences des pays ayant déjà appliqué la loi.
En Floride, une étude publiée en juin 2004 par l’université de Floride, un an après la mise en vigueur de la loi antitabac en juillet 2003, montre que les revenus des restaurants étaient en hausse de 7 %.
À New York, et contrairement à la propagande organisée par les compagnies de tabac, le nombre de bars a augmenté de 3,5 % entre avril 2002 et mai 2004, la loi interdisant le tabagisme dans les lieux publics fermés étant entrée en vigueur en juin 2003.
En Californie, où la loi antitabac a été mise en application en 1994, les ventes des établissements offrant de l’alcool sont passées de 8,64 milliards de dollars en 1997 à 11,3 milliards en 2002.
En Irlande, trois mois après l’application de la loi, le secteur hospitalier a augmenté en taille grâce aux visites multipliées des non-fumeurs.
Je me contenterai de ces quelques exemples, bien que les études et les recherches à l’appui de ce résultat abondent.
Au Liban, « on » s’attend à ce que la loi soit rangée dans les tiroirs de l’oubli (?), prétextant le caractère indiscipliné des Libanais et le laxisme des autorités. Cependant les pénalités prévues à l’encontre des établissements et des clients contrevenants, et la détermination des non-fumeurs, armés de la loi, à se protéger du tabagisme passif rendent l’application inévitable.
De plus, quand le fumeur a le choix entre rester enfermé à la maison ou sortir sans fumer au restaurant, n’ayez aucune crainte, il sortira ! Surtout le Libanais, bon viveur, et toujours impatient de montrer sa nouvelle voiture, sa nouvelle montre et les nouvelles améliorations apportées au corps de sa femme. Seul changement, il se passera de frimer avec son cigare. Pas la fin du monde.
Du côté des restaurateurs, bien que convivialité et une légendaire hospitalité les empêchent de le confesser, il est évident qu’ils se réjouiront de nous apporter la note immédiatement après avoir servi le dessert pour pouvoir réaménager la table et la remplir de nouveau. Avec l’interdiction de fumer, ils vont pouvoir le faire tout en sauvegardant la face, les fumeurs ne s’attarderont plus après avoir fini leur repas pour fumer une cigarette ou deux. Résultat : une rotation de tables qui augmentera leurs rentrées quotidiennes et leur fera oublier et les fumeurs et la loi.
Pour apaiser encore plus les restaurateurs, parmi les avantages qu’offre notre pays figure un climat incomparable. Tous les restaurants munis de terrasses pourront faire plaisir à leur clients fumeurs pendant au moins neuf mois, et récemment, grâce au changement de climat (considéré ailleurs comme une catastrophe), ils pourront aussi se réjouir d’ouvrir leurs terrasses en plein hiver.
N’oublions pas qu’il est établi que la fumée du tabac altère le goût des aliments. Avec l’entrée en vigueur de la loi, leurs chefs auront la chance de nous éblouir encore plus avec les saveurs de leurs plats, et non pas nous faire fuir pour échapper à l’horrible odeur des cigarettes et cigares.
En ce qui concerne l’applicabilité de cette loi, la société civile qui, malgré tout le scepticisme qui a entouré le sujet, a pu l’obtenir, avec le même enthousiasme, le même engagement et dorénavant munie de la loi, veillera à ce que celle-ci soit appliquée.
Cela dit, plusieurs institutions ont décidé d’interdire la cigarette dans leurs locaux aussitôt que la loi a été publiée au Journal officiel : je cite des banques, des restaurants, des cafés, des salons de coiffure, des épiceries, ce qui prouve que la citoyenneté responsable existe et que, pour beaucoup, la santé publique vient avant l’argent, les libertés avant les intérêts personnels, et la loi avant tout et tous.
Avec l’espoir de voir les autres suivre ces « supercitoyens », et la certitude qu’au cas où certains ne le feront pas, la loi les obligera sous peine de sanctions, j’attends impatiemment le jour où je pourrai enfin prendre mes enfants manger dans un lieu public fermé où il sera interdit de fumer. Ce jour arrivera, dans quelques mois, dans quelques heures, en un clin d’œil.

Lina EL-KADI RIFAAT
À lire l’article paru dans L’Orient-Le Jour du 23 septembre 2011 sous le titre « La loi antitabac : le chiffre des restaurateurs partira-t-il en fumée ? », je ne pouvais m’empêcher d’être scandalisée par les tentatives de certains propriétaires de restaurants de susciter la pitié de l’opinion publique sur les aléas d’une perte de chiffre d’affaires lorsqu’une perte de vies humaines en raison du tabagisme passif est une réalité. Qu’on soit concerné par l’aspect économique de la loi n’a rien d’anormal ou de scandaleux, les restaurants n’étant pas des associations caritatives. Mais de là à s’inquiéter uniquement du chiffre d’affaires, et oublier tout ce qui compte le plus, allant des libertés personnelles à l’hygiène de l’endroit en passant par la santé publique et la...
commentaires (1)

Le mieux serait de faire des etablissements fumeurs et d'autres non fumeurs....avec un quota strict...

GEDEON Christian

06 h 42, le 06 octobre 2011

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Commentaires (1)

  • Le mieux serait de faire des etablissements fumeurs et d'autres non fumeurs....avec un quota strict...

    GEDEON Christian

    06 h 42, le 06 octobre 2011

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