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Des princes et des tours abolies

Un chef arabe est par définition un chef fâché. Fâcheux. Tendance fasciste. Bref, il faut un sacré capital de mauvaise humeur pour remplir la fonction. Il y a dans la colère des vertus viriles qui en imposent aux masses. On a tendance à croire que les gouvernements formatent les peuples à leur image. Que les administrés des dictateurs reproduisent chez eux ces attitudes et discours qui semblent réussir au modèle : rhétorique de la menace, chorégraphie de l’index, prêt à penser de la haine ordinaire. Cela se faisait au siècle dernier. C’était même courant chez les foules ingénues, soigneusement tenues à l’écart de toute instruction. L’entraînement militaire et les travaux agraires ayant achevé d’étouffer en chacun toute velléité de réflexion, on s’en allait, l’esprit léger, simplement vivre et acclamer, car acclamer c’était vivre.
Avec ou malgré sa colère structurelle, le dictateur se devait cependant de prouver au monde qu’il était capable de projeter son pays dans la modernité et d’en faire une puissance qui compte. Or, il est impossible de moderniser avec les seuls bras des militaires et des agriculteurs, ou la placidité des commerçants. Et comme il est exclu de recourir à l’étranger, cette absolue incarnation du mal, il a fallu instruire. À l’école, le portrait du chef trônait dans chaque classe pour que nul n’ignorât à qui il devait son alphabet. Nul ne l’a ignoré bien sûr. Merci le chef, pour satisfaire son orgueil les enfants ont mordu le fruit de la connaissance. Ils ont découvert qu’au fond, le mal, c’était lui.
Drapé de ce dont un tyran se drape, tantôt d’un complet cravate pour bien montrer qu’il fait partie du concert des nations, tantôt d’un vêtement folklorique pour bien souligner son pedigree et son appartenance, le dictateur, bien que fâché, est toujours probe et candide. Tant qu’il détient le pouvoir, il est persuadé qu’il est jeune, sain et beau, et rien ne lui enlèvera de l’idée qu’il est aimé par-dessus tout. Parfois, comme Ben Ali, sa jeunesse ne tient que par la teinture. Parfois, comme Moubarak, à peine éjecté de son trône, il pique un cancer létal. C’est que l’illusion est leur fonds de commerce. Celle qu’ils entretiennent pour leurs ouailles comme celle dont ils se bercent pour dormir. Dans leurs tours d’ivoire, derrière les murs épais de leurs forteresses, au fond des sous-sols de leurs bunkers inviolables, ils n’ont d’ailleurs aucun accès à la réalité. À quoi leur servirait celle-ci, persuadés qu’ils sont de ne voir que ce qu’il leur plaît de voir. Kadhafi n’a-t-il pas prétendu, lundi soir, avoir joué les princes mendiants dans les rues de Tripoli ? Qu’a-t-il vu ? « Des jeunes prêts à défendre leur ville », la ville étant l’écrin de sa légitimité. Décidément, le millénaire n’est pas propice aux autocrates. Le temps n’est plus où les courtisans les gavaient de sang et d’âme. Ils auraient dû changer de régime. Trop tard.
Un chef arabe est par définition un chef fâché. Fâcheux. Tendance fasciste. Bref, il faut un sacré capital de mauvaise humeur pour remplir la fonction. Il y a dans la colère des vertus viriles qui en imposent aux masses. On a tendance à croire que les gouvernements formatent les peuples à leur image. Que les administrés des dictateurs reproduisent chez eux ces attitudes et discours qui semblent réussir au modèle : rhétorique de la menace, chorégraphie de l’index, prêt à penser de la haine ordinaire. Cela se faisait au siècle dernier. C’était même courant chez les foules ingénues, soigneusement tenues à l’écart de toute instruction. L’entraînement militaire et les travaux agraires ayant achevé d’étouffer en chacun toute velléité de réflexion, on s’en allait, l’esprit léger, simplement vivre et...
commentaires (4)

mangnifique!

tony rodman

06 h 13, le 26 août 2011

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Commentaires (4)

  • mangnifique!

    tony rodman

    06 h 13, le 26 août 2011

  • - Madame Fifi Abou Dib, de quelle modernité ces despotes ont rêvé ? Ils ont tous propulsé leur pays respectif, à vitesse astronomique, au moyen âge et au delà, pour pouvoir fouler les populaces asservies. La griserie du pouvoir ! Et, quand vient la dégriserie, ils se cramponnent avec mains, pieds et griffes à leur trône, sur les cadavres des sujets qu'ils voulaient, soi-disant, moderniser. Salutations amicales. Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    04 h 04, le 25 août 2011

  • oui ,chère Fifi,mais il y a des dictatures combien plus perverses qui se cachent derriere des écrans de télévision pour masquer les salades politiques de chefs soit disant ennemis jurés dont les seuls interets sont de se partager les richesses du monde;pour cela ,ils n'hesitent pas a sacrifier n'importe qui et n'importe quoi.bien à vous.J.P

    jacqueline petmezakis

    03 h 58, le 25 août 2011

  • Une dictature au parfum de dollars tel est le grand mal des pays arabes ou princes ,militaires ou rois demain probablement chuteront à cause d’ un barbarisme débile dans un monde ou tout change en espérant que dans ces pays la tyrannie actuelle ne sera pas remplacée par une autre plus intégriste cette fois . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    00 h 40, le 25 août 2011

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