Les rebelles exultent, après être entrés dans le quartier général de Kadhafi à Tripoli. Zohra Bensemra/
Les rebelles libyens ont pris mardi le contrôle du quartier-général de Mouammar Kadhafi à Tripoli, portant un coup de massue au régime libyen déjà chancelant. « La transition commence immédiatement », a annoncé mardi soir Mahmoud Jibril qui dirige l'exécutif de la rébellion et numéro deux du Conseil national de transition (CNT). « Nous construisons désormais une Libye nouvelle, avec tous les Libyens comme des frères pour une nation unie, civile et démocratique », a poursuivi M. Jibril, qui se trouve actuellement à Doha. « Il y aura la première élection constitutionnelle, mais en attendant nous vous demandons d'être dignes de la révolution et de construire un nouveau pays », a-t-il ajouté.
La « déclaration constitutionnelle », la dernière feuille de route élaborée par les rebelles en prévision de la chute du colonel Mouammar Kadhafi, prévoit dès « la libération » le transfert du CNT de Benghazi à Tripoli, puis la nomination, dans un délai maximum de trente jours, d'un bureau exécutif temporaire - ou gouvernement intérimaire - chargé de la conduite des affaires du pays.
"Les rebelles ont défoncé les murailles en béton de l'enceinte et ont pénétré dedans. Ils ont pris Bab al-Aziziya (QG de Kadhafi), entièrement. C'est fini", a indiqué le correspondant de l'AFP qui se trouvait à l'intérieur avec les rebelles. A l'intérieur du complexe, d'une superficie de plusieurs centaines de mètres et composé de plusieurs bâtiments les quelques centaines de rebelles se sont empressés de pénétrer dans les bâtiments. Ils se sont emparés dans l'un d'entre eux d'un stock d'armes munitions, fusils mitrailleurs et pistolets.
Six mois après le début de la révolte en Libye, les rebelles criaient leur victoire. Et de s'empresser de détruire tous les symboles du régime honni. Un rebelle juché sur une sculpture représentant un poing empoignant un avion (symbole des attaques aériennes américaines sur le complexe en 1986) criait sa joie d'être enfin dans le complexe de Kadhafi. Il tâchait de briser cet emblème du pouvoir. Un autre paradait et brandissait fièrement un fusil qui semblait être en plaqué or. Un autre piétinait d'autres symboles du régime.
Aux alentours de la résidence, l'ambiance était également à l'euphorie. Les combattants célébraient la prise de la résidence hurlant leur joie et scandant "Allah akbar" (Dieu est grand). A la vue d'étrangers, ils s'empressaient de les remercier et criaient aussi leur gratitude à l'Otan, a indiqué un journaliste de l'AFP.
Mais cet assaut s'est accompagné également de nombreuses victimes. Plusieurs corps jonchaient le sol dans l'enceinte de la résidence, apparemment des soldats pro-Kadhafi, a indiqué le correspondant faisant état également de nombreux blessés.
Quant à la situation du dirigeant libyen le mystère restait entier. Les rebelles libyens ont reconnu ne pas avoir trouvé trace du dirigeant libyen ou de ses fils. "Bab al-Aziziya est entièrement sous notre contrôle, le colonel Kadhafi et ses fils n'étaient pas sur place", a déclaré à l'AFP le porte-parole militaire de la rébellion le colonel Ahmed Omar Bani, qui s'exprimait depuis Benghazi, la capitale rebelle dans l'est du pays. "Personne ne sait où ils sont", a-t-il dit. Certains croient même qu'il a quitté Tripoli.

A Benghazi, des petites filles brandissent l'ancien drapeau libyen, remis au goût du jour par les rebelles. Gianluigi Guercia/AFP
Dans la nuit de mardi, un des fils de Kadhafi Seif Al-Islam qui avait été donné comme prisonnier par les rebelles s'était présenté devant quelques journalistes à Tripoli, fanfaronnant et indiquant que son père était toujours dans la capitale. "Je suis là pour démentir les mensonges", avait déclaré Seif al-Islam, tout sourire, à des journalistes emmenés à bord d'une voiture blindée à Bab Al-Aziziya. "Kadhafi et toute la famille sont à Tripoli", avait-il dit.
Mardi soir à Tripoli, le commandant militaire des rebelles a clairement affirmé que ses hommes avaient "remporté la bataille" de la capitale. "Nous avons remporté la bataille militaire. Ils ont fui comme des rats", a déclaré Abdelhakim Belhaj en direct sur la chaîne arabe Al-Jazira depuis Bab al-Aziziya peu après sa chute aux mains des rebelles. Les rebelles, entrés samedi soir à Tripoli, ont décidé en milieu d'après-midi de lancer l'assaut contre la résidence de Mouammar Kadhafi après avoir reçu le renfort de combattants venus de l'enclave de Misrata qui les ont aidés à s'attaquer au fief du dirigeant libyen.
Sur le front Est, les rebelles avançaient vers le port pétrolier de Ras Lanouf, en direction de Syrte, ville d'origine de M. Kadhafi, a indiqué mardi la rébellion. "Nos combattants ont avancé de plus de 40 kilomètres au-delà de Brega. Nous avons dépassé la localité de Bishr, nous serons ce soir à Ras Lanouf". Située à environ 240 km au sud-ouest de Benghazi, fief des rebelles, la cité pétrolière de Brega marquait jusqu'à présent le front Est du conflit.
Au plan international, le président français Nicolas Sarkozy et son homologue américain Barack Obama sont convenus de "poursuivre leur effort militaire" jusqu'à ce que "Kadhafi et son clan" déposent les armes, a affirmé la présidence française dans un communiqué. Les premières aides financières arrivent également. Les Etats-Unis ont indiqué travailler à débloquer dans les prochains jours "entre 1 et 1,5 milliard de dollars" d'avoirs libyens gelés pour venir en aide aux rebelles libyens. L'argent sera versé au Conseil national de transition pour "répondre aux besoins humanitaires et pour aider à établir un gouvernement sûr et stable", a annoncé le département d'Etat. Dans le même temps, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a appelé le chef des rebelles Moustapha Abdeljalil et lui a demandé d'oeuvrer pour la "réconciliation" en Libye.
Le groupe de réflexion International crisis group a de son côté appelé à une transition pacifique après la chute du régime. "Alors que les Libyens se préparent à une chute imminente du régime, le pays fait face à un moment crucial d'une importance historique (...) il ne doit pas sous-estimer le défi de demain", souligne l'ICC dans un communiqué. Les nouveaux dirigeants de la Libye doivent tenir compte de trois questions principales : "la légitimité politique", "la sécurité, la loi et l'ordre" et "la réconciliation et la justice pendant la transition", ajoute le ICC.
Le numéro deux de la rébellion libyenne, Mahmoud Jibril, a annoncé de Qatar la tenue mercredi à Doha d'une réunion internationale, avec la participation des Etats-Unis, sur une assistance humanitaire urgente de 2,5 milliards de dollars au peuple libyen. Outre les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, la Turquie, le Qatar et les Emirats arabes unis doivent prendre part à cette réunion, a affirmé M. Jibril. L'objectif de cette rencontre, « c'est de réunir au profit du CNT la somme de 2,5 milliards de dollars avant la fin du ramadan pour pouvoir payer les salaires de Libyens » et pour répondre aux besoins humanitaires urgents dans son pays, a-t-il ajouté.
La « déclaration constitutionnelle », la dernière feuille de route élaborée par les rebelles en prévision de la chute...


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