Il porte tout l’héroïsme du monde dans son nom. Dans ses gènes. Dans son ADN. Kamal el-Batal est né pour servir la cause d’autrui, surtout celle des plus démunis, des plus désespérés, tous ceux que le monde entier oublie, par commodité, par manque d’intérêt ou tout simplement pour absence de profit. Les causes perdues, Kamal el-Batal n’a lutté que pour elles. En dépit des embûches, des dangers et des pièges qu’on lui tendait, il s’est toujours battu pour que sa cause, celle des droits les plus élémentaires de l’homme, soit entendue. Kamal el-Batal voulait toujours aller plus loin, au-delà des lignes rouges qui ne l’effrayaient pas. Bien au contraire, son adrénaline battait des records inégalés à chaque fois que la difficulté rencontrée sur le terrain semblait insurmontable. Idéaliste et pur, il ne pouvait tolérer la médiocrité et les mesquineries entre amis. Kamal el-Batal est décédé le 3 juin 2011, à 49 ans, des suites d’une dissection de l’aorte. Kamal qui volait au secours de tous ceux qui en avaient besoin est mort sans que personne ne se mobilise pour lui, en simple anonyme qui a eu la grande malchance de débarquer en pleine nuit aux urgences d’un hôpital où un médecin n’a pas jugé utile de se déplacer et a préféré guider les opérations à distance, par téléphone, en optant de transférer « le cas » à un collègue... alors qu’il était cliniquement intransportable. Avant d’arriver à l’heure officielle de son décès, il y a eu quelques longues heures qui sont restées floues. Quelques précieuses heures durant lesquelles on aurait pu intervenir, quelle que soit la gravité de son état pour tenter au moins de lui porter secours. Ce qui n’a pas été le cas. Entre l’heure de son arrivée (23 heures) dans une ambulance de la Croix-Rouge aux urgences du grand établissement hospitalier qui ne l’a accueilli que transitoirement par « manque de place » (alors qu’après enquête, il s’est avéré qu’il y avait non pas un mais trois lits disponibles) et son départ vers un autre hôpital (5 heures du matin) pour y subir enfin une intervention après qu’on eut fait (téléphoniquement) le tour des hôpitaux de la ville pour trouver un lit vacant, des heures, des minutes et des secondes cruciales ont passé.
Au cœur de ce sordide drame, on découvre, dans une horreur mêlée à un profond dégoût, que Kamal a été parqué dans un chariot, qu’il a vomi dans une poubelle qu’on lui a tendue lorsqu’il a été pris de grandes nausées, qu’il se mourait tout simplement à petit feu dans l’indifférence générale. Pas de lit disponible, mais un aller simple au paradis ! Lorsqu’au bout de longs préambules, on avait enfin trouvé le médecin qui avait accepté de s’occuper de son cas mais qui, conscient de la gravité de la situation, avait demandé à l’opérer sur place, sa requête lui avait été refusée par ce même hôpital toujours par « manque de place » ! Il a fallu alors le déplacer. Dans l’ambulance qui le transporte enfin vers le chirurgien qui l’attend pour le sauver, Kamal pense que son problème sera réglé. Il est confiant, quoique très faible. Il est surtout resté tout ce temps-là conscient, envoyant des SMS à ses amis pour leur demander du sang, parce qu’on lui en avait réclamé « à gogo », communiquant avec sa sœur Lina qui était à ses côtés et avec ses parents qui se trouvaient à l’étranger par téléphone. À son arrivée au bloc opératoire mobilisé à l’extrême pour l’accueillir, Kamal dit à sa sœur avant qu’on ne referme les portes sur lui : « Je te vois tout à l’heure. » Ce seront ses derniers mots. Sa vaillante aorte qui luttait pour le maintenir en vie explose. On tente l’impossible, mais la réanimation s’avère vaine. Le grand cœur de Kamal a lâché après avoir longuement agonisé.
Malheureusement, Kamal el-Batal n’a pas été capable de défendre sa propre cause, lui qui était disponible 24h sur 24, 7 jours sur 7, pour tout son entourage. Ses amis ont lu ses appels au secours par SMS le matin à leur réveil. Il était déjà trop tard pour Kamal qui n’était plus de ce monde. Ils ont même pensé qu’il les sollicitait comme de coutume pour autrui... Le jour de ses obsèques, ses « camarades » porteront son cercueil avec une rage mêlée de culpabilité de ne pas avoir été là pour lui. Certains portables resteront sans doute marqués à jamais par son ultime message : « Begging for a place in a hospital »...
Belinda IBRAHIM
* « Je supplie pour trouver une chambre dans un hôpital », le SMS que Kamal el-Batal a envoyé la nuit à ses amis.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il porte tout l’héroïsme du monde dans son nom. Dans ses gènes. Dans son ADN. Kamal el-Batal est né pour servir la cause d’autrui, surtout celle des plus démunis, des plus désespérés, tous ceux que le monde entier oublie, par commodité, par manque d’intérêt ou tout simplement pour absence de profit. Les causes perdues, Kamal el-Batal n’a lutté que pour elles. En dépit des embûches, des dangers et des pièges qu’on lui tendait, il s’est toujours battu pour que sa cause, celle des droits les plus élémentaires de l’homme, soit entendue. Kamal el-Batal voulait toujours aller plus loin, au-delà des lignes rouges qui ne l’effrayaient pas. Bien au contraire, son adrénaline battait des records inégalés à chaque fois que la difficulté rencontrée sur le terrain semblait insurmontable. Idéaliste et pur, il ne...
Article bouleversant dans un pays ou toujours la mort est si gratuite , et ou le piston joue aussi un grand rôle dans nos hôpitaux et ou enfin après minuit les urgences fonctionnent mal sauf pour les plus chanceux . Nazira.A.Sabbagha
02 h 09, le 30 août 2011