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Le franco-libanais Ziad Takieddine, homme orchestre du rapprochement entre Paris et Damas

Dans la presse

Depuis juillet, le site d’information français Mediapart multiplie les révélations sur l’homme d’affaires et marchand d’armes franco-libanais Ziad Takieddine. L’un des derniers articles en date porte sur son rôle dans les relations diplomatiques entre Paris et Damas.

olj.com
12/08/2011

Depuis juillet dernier, Ziad Takieddine est dans le collimateur de Mediapart. Un bon client, puisque Takkiedine est soupçonné d’avoir joué un rôle de premier plan dans plusieurs négociations de contrats d’armement avec la Libye, le Pakistan ou encore l’Arabie Saoudite, empochant au passage des commissions bien grasses et bénéficiant, selon Mediapart, d’exonérations d’impôts et autres avantages. Mediapart s’est également attardé sur les relations de ce Franco-libanais à la réputation sulfureuse avec le cercle rapproché de Nicolas Sarkozy.

Cette semaine, Mediapart s’est concentré sur le rôle qu’aurait joué Ziad Takieddine dans le rapprochement entre la France et la Syrie, opéré moins d’un an après l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République française.

Les deux journalistes de Mediapart, Fabrice Arfi et Karl Laske, décrivent Ziad Takieddine comme « l'homme-orchestre du rapprochement entre la France et la Syrie et l'introducteur du président français auprès du chef de l'Etat syrien », entre 2007 et 2009. « Le point culminant de ce travail de l'ombre aura été la visite, en juillet 2008, de Bachar el-Assad à Paris, suivie de celle, en septembre de la même année, de Nicolas Sarkozy à Damas. Ziad Takieddine a été le principal organisateur de ces déplacements », affirment les journalistes, qui expliquent que Ziad Takieddine y trouvait son intérêt car « en contrepartie, [il] a pris part à des négociations menées par le groupe français Total en Syrie, avec l'appui politique de Nicolas Sarkozy ».

 

 

Le travail facilité après l’élection de Sleiman

Les journalistes de Mediapart affirment que l’homme d’affaire franco-libanais a commencé son travail de contact entre Paris et Damas dès janvier 2008, Ziad Takieddine se faisant alors « le porte-voix direct de Nicolas Sarkozy [auprès du gouvernement syrien] ». La période n’est initialement pas propice aux négociations car la situation politique est tendue au Liban, dans l’attente de l’élection présidentielle.

Le 1er janvier, Ziad Takieddine rencontre des responsables syriens. L’objet de la visite, tel que rapporté dans un compte rendu publié par Mediapart : « Signifier aux responsables syriens l'amertume du président Sarkozy vis-à-vis de l'échec des initiatives successives que la France a entamées. Cette amertume est à la dimension des espoirs et de la confiance qu'avait mis le Président dans la crédibilité de la Syrie ». La note continue ainsi : « Il est évident que toute chose qui se passe est imputée à la Syrie et que la France a tout fait malgré ceci pour éviter de les tenir responsables de tout ». Dans cette note, poursuit Mediapart, M. Takieddine parle au nom du président français et dit: « Le Président Sarkozy souhaite qu'il n'y ait aucune ambiguïté. Il veut absolument faire élire un Président de la République au Liban. Il souhaite élire un Président consensuel choisi par les Libanais. Il souhaite aussi que ce Président de la République puisse être un homme d'envergure et un homme qui n'a pas d'animosité avec la Syrie, qui sera approuvé par les Syriens et leurs alliés».

Dans une note datée du 12 février, Ziad Takieddine souligne la difficulté de sa mission : « Les dernières déclarations ont instauré une situation laissant croire à une ambiguïté sur la position de la France, notamment à travers les interventions répétées du ministre des Affaires étrangères (Bernard Kouchner, NDLR), qui seraient sujettes à des interprétations remettant en cause les démarches avec la Syrie ».

Le travail de contact de Ziad Takieddine est grandement facilité après l’élection de Michel Sleiman, le 28 mai 2008 : « C'est le début du réchauffement des relations entre Paris et Damas », écrit Mediapart.

Ziad Takieddine rapporte ainsi dans une note consacrée aux « relations France-Syrie après l'élection du Président au Liban » que se sont également procurés les journalistes de Mediapart, que « la Syrie souhaite que la France entre par la grande porte dans la région après une longue absence ». Un peu plus loin dans le texte, il souligne que « la confiance du Président Assad est totale, vu la qualité, le dynamisme, et la volonté du Président Sarkozy à assumer ce rôle pour la France. Il trouvera en Syrie un partenaire efficace jouant son rôle d'acteur très important dans cette région ».

Son statut d’« homme de l’ombre » met Ziad Takieddine au cœur de l’action. Dans une note datée du 30 mai 2008, le Franco-libanais rapporte une conversation téléphonique entre MM. Sarkozy et Assad, « une conversation à laquelle le marchand d'armes a, de toute évidence, assisté personnellement », selon Mediapart. « Le Président Sarkozy, par égard pour la Syrie et le rôle qu'elle a tenu dans le dénouement de la crise libanaise, a souhaité confirmer son estime pour la Syrie et donner à sa visite à Damas un caractère exclusif et officiel, en la dissociant de sa visite éclair prévue au Liban », peut-on lire dans cette note, selon le site français. Après avoir confirmé à Bachar el Assad qu’il est invité au défilé du 14 Juillet, « il est question de marchés, de contrat, d'argent », note Mediapart. Deux domaines sont concernés, selon Mediapart : l'aviation et le pétrole.

Le rôle de Ziad Takieddine irrite au plus haut point la diplomatie française, tenue en dehors de ces contacts, comme le soulignent à plusieurs reprises les journalistes de Mediapart. C’est qu’il s’agit de « court-circuiter la diplomatie officielle du Quai d'Orsay très peu pro-syrienne – le ministre des affaires étrangères était alors Bernard Kouchner ». Fait significatif, c’est le marchand d’armes franco-libanais qui organise l’intégralité du voyage de Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée, à Damas. « Emissaire exclusif de l’Elysée pour la Syrie, [Ziad Takieddine] mépris[e] tous les canaux officiels en la matière », notent les deux journalistes.

C’est donc naturellement lui aussi, qui, à travers ses notes, rapporte à l’Elysée (aussi bien à Nicolas Sarkozy qu’à Claude Guéant) les remerciements de Damas qui suivent la visite de Assad à Paris le 14 juillet 2008. Dans une note, Ziad Takieddine écrit que « le Président Assad estime qu'une nouvelle page des relations entre la France et la Syrie est désormais ouverte. Il estime que cela implique des actes forts des deux côtés ». En septembre 2008, c’est au tour de Nicolas Sarkozy de se rendre à Damas. « Aux yeux des Syriens, le déplacement du président français à Damas sera un ‘succès’ », rapporte Mediapart suite à la lecture des notes de Ziad Takieddine.

 

Accords pétroliers

Pour l’homme d’affaires, la visite est aussi un succès à titre personnel explique Mediapart. « Les présidents Sarkozy et el-Assad ont scellé, début septembre à Damas, des accords pétroliers entre les deux pays […] ». Entre alors en scène un nouvel acteur : le groupe Total, avec lequel « Ziad Takieddine est en relation ». Une semaine avant le déplacement du président français en Syrie, l’homme d’affaires « avait reçu d'un dirigeant de Total un document confidentiel sur les perspectives du groupe français en Syrie », document qui laissait entendre que Total espérait signer plusieurs accords, précisément répertoriés par le groupe pétrolier. « Huit jours seulement après le passage de Nicolas Sarkozy en Syrie, le 12 septembre 2008, M. Takieddine reçoit du directeur d'une compagnie pétrolière dénommée Gulf Regal Corporation, Hani Salam, une proposition de partage 50/50 des bénéfices d'une coopération avec... Total en Syrie ». Puis, précisent les deux journalistes de Mediapart, « le 24 novembre de la même année, le directeur général de Total, Christophe de Margerie, écrit à l'associé de Takieddine, Hani Salam, pour lui proposer un large partenariat en Syrie. Une copie de la lettre est même envoyée à Ziad Takieddine par un dirigeant de Total ».

« La boucle est bouclée », concluent les journalistes.

 

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Paul Edde

Quelle magouille?? ce n'est point du nouveau ? La politique et les affaires vont de paire. Cependant, vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tue? et de quel Ours? Le Liban. Un animal incontournable; et de cause? Personne ne peut s'en passer de l'utiliser pour gagner des faveurs...ailleurs? C'est la poule aux oeufs d'or ? Mais, par contre pour compter sur soi meme sans avoir recours ailleurs, il faudra que le soi meme existe. Une unite de front ? Elle existe uniquement a travers les diatribes des politiciens, harangueurs et manipulateurs. Que Dieu ait pitie de ce pays convoite , meme par ses siens.

Mohamad Batal

Si on avait un gouvernement fort et independant, la Syrie n'aurait pas pu utiliser la carte Libanaise dans ses rapports avec l'occident. Voila pourquoi le regime Syrien, pas plus que l'Iranien, ne voudrons jamais lacher un pays comme le Liban qui leur apporte tellement d'opportunites.

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