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Nos lecteurs ont la parole

I.- Au revoir, monsieur « anticancer »

Élias R. CHEDID
La nouvelle m’a fait l’effet d’un coup de massue. Un choc terrible. David Servan-Schreiber, médecin et chercheur en neurosciences français, formé aux États-Unis, charismatique auteur des best-sellers Guérir et Anticancer, est mort. Je ne voulais pas en croire mes oreilles. Il y a plusieurs raisons à cela. Le choc fut terrible d’abord à cause du moment auquel son décès est survenu. Il venait en effet de me faire parvenir son dernier livre, On peut se dire au revoir plusieurs fois (Robert Laffont, 2011). Lorsque j’en avais lu le titre, un long frisson m’avait parcouru l’échine. Si le résumé au dos du livre laissait quelque place au doute, on ne pouvait pas en dire autant de la carte qui l’accompagnait, adressée à la famille et aux amis. J’avais très vite compris, mais je ne voulais pas y croire. David était atteint d’un cancer depuis si longtemps. On y était. La secousse finale tant redoutée, « the Big One ». Je gardai le livre précieusement sur ma table de chevet, signe indiscutable de la priorité que je souhaitais lui accorder. Des semaines passèrent pourtant, sans que je n’eusse le loisir de même le feuilleter. Dimanche 24 juillet, ayant un peu honte de mon retard, je m’attelai à sa lecture. Et quels moments fabuleux je passai ! Ce livre est un summum de message d’espoir, d’amour et de volonté de bien commun. Quelque chose m’intimait de continuer à le lire, jusqu’au bout, ambiance dernier souffle. Lorsque je l’achevai, le jour même, je me promis d’écrire un message le lendemain à David. Pour l’encourager. C’est en effet la seule chose qu’il nous demandait, au fond, en nous disant au revoir. Pour lui dire aussi que je me promettais un jour de continuer la lutte, de prendre part à ma manière à son combat « anticancer », moi l’avocat qui ne connaît rien à la médecine ni à la malbouffe. Je pensais que cela lui ferait plaisir aussi. Car s’il ne le demandait pas franchement, il s’y attendait tout de même un peu de la part de ceux d’entre ses amis qui sont les plus éveillés, « ceux qui ont des oreilles pour entendre », ceux qui pourraient véritablement aider. Ce message, je n’ai jamais eu le temps de l’envoyer. Et je le regrette amèrement. Lundi soir, j’apprenais avec stupéfaction la nouvelle de son décès. Il avait rendu l’âme la veille. Ce fameux dimanche où quelque chose m’avait ordonné de lire – d’un trait – son livre. Je ne suis pas superstitieux. Ni un grand adepte du symbolisme. Mais je ne puis m’empêcher de penser qu’il y a là quelque chose d’inhabituel, de frappant, de métaphysique. Je pense que David m’appelait, ce jour-là. Et que, malgré toutes les affaires par lesquelles j’étais absorbé, j’ai entendu son appel. Il était écrit que son message me parviendrait à ce moment précis. Et, vexation suprême, qu’il ne me serait pas donné, pour ma part, de lui en envoyer un dernier.
Le choc fut également terrible parce que David était un ami. L’amitié qui nous liait s’était nouée en France, en 2007. Cette année-là, Madame le Professeur Annie Sasco, spécialiste de l’épidémiologie et de la prévention du cancer et membre de l’association des anciens de l’université de Harvard en France dont j’étais le président, me proposa d’organiser une conférence sur le thème « Cancer, environnement et justice sociale ». David Servan-Schreiber, qu’elle connaissait bien, était prévu au programme, aux côtés d’autres éminents spécialistes qu’elle avait invités. Au cours d’un dîner que nous avions organisé pour faire la connaissance des conférenciers et dessiner les contours de leurs interventions, je m’étais lié d’amitié pour ce personnage passionnant, débordant d’humanité, de gentillesse et de détermination. Son regard bleu pacifique et pacifiant n’était que la synthèse de toutes ses souffrances, lui qui avait échappé de justesse au cancer, qui avait compris, qui voulait partager les enseignements qu’il en avait tirés avec la multitude. Sa modestie contrastait avec l’étendue de ses connaissances. Il avait un message à faire passer et c’est tout ce qui comptait. Les anciens de Harvard étaient certes pour lui une plate-forme parmi d’autres, car il multipliait alors conférences, articles et apparitions télévisées, mais il m’avait confié qu’il comptait beaucoup sur les élites, auxquelles il revenait selon lui en priorité de recevoir son message, d’en débattre et, surtout, une fois convaincues, de le retransmettre à leur tour. Les scientifiques attendent parfois trop longtemps avant de partager les résultats de leurs recherches avec nous, les profanes, les simples citoyens. Il y a de bonnes raisons à cela : il est souvent indispensable de soumettre les hypothèses au baptême de feu de l’expérimentation, de refaire l’exercice en sens contraire, histoire de le confirmer, de réessayer dans des environnements différents, de croiser les résultats, de faire subir aux conclusions l’épreuve du temps. Simplement, parfois, les profanes ont envie, ou besoin, d’aller plus vite.

(À suivre)

Élias R. CHEDID
La nouvelle m’a fait l’effet d’un coup de massue. Un choc terrible. David Servan-Schreiber, médecin et chercheur en neurosciences français, formé aux États-Unis, charismatique auteur des best-sellers Guérir et Anticancer, est mort. Je ne voulais pas en croire mes oreilles. Il y a plusieurs raisons à cela. Le choc fut terrible d’abord à cause du moment auquel son décès est survenu. Il venait en effet de me faire parvenir son dernier livre, On peut se dire au revoir plusieurs fois (Robert Laffont, 2011). Lorsque j’en avais lu le titre, un long frisson m’avait parcouru l’échine. Si le résumé au dos du livre laissait quelque place au doute, on ne pouvait pas en dire autant de la carte qui l’accompagnait, adressée à la famille et aux amis. J’avais très vite compris, mais je ne voulais pas y croire. David...
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